«Il faut changer dans la tête.» C'est un Pirmin Zurbriggen pratiquant le schuss plutôt que le slalom spécial qui a égrené hier, comme président de Ski Valais et à l'occasion d'un partenariat signé avec Valais Tourisme, ses idées pour effacer «la débâcle de Bormio». Les recettes de l'ancien champion tiennent en deux mots: professionnalisation et décentralisation. Ski Valais va ainsi créer dix centres de formation régionaux, avec 12 postes à plein-temps et 20 postes temporaires d'entraîneurs et d'entraîneurs assistants. Ce qui permettra, entre autres, d'éviter aux jeunes talents des déplacements irrationnels et des «coupures trop brutales avec l'école et le milieu familial», tout en leur offrant des possibilités permanentes d'entraînement sur place: «Pourquoi un jeune de Morgins devrait-il aller s'entraîner à Zermatt? Juste pour être avec les autres? C'est une perte de temps, d'argent et d'énergie.»

Au système trop cloisonné d'aujourd'hui – clubs, OJ, juniors, Swiss Ski – Pirmin Zurbriggen oppose une structure de vases communicants: une grande bulle de base regroupant toutes les bonnes volontés du canton (parents, écoles, clubs, remontées mécaniques, sponsors, Etat, milieux touristiques), d'où émergeraient, dans la deuxième bulle – celle de Ski Valais – entre 400 et 450 athlètes, contre 180 aujourd'hui, destinés pour les meilleurs à alimenter ensuite la bulle de Swiss Ski.

600 000 francs de plus

La professionnalisation de Ski Valais fait passer son budget de 1,3 à 1,9 million, essentiellement grâce au sponsoring. Valais Tourisme met à disposition désormais ses structures marketing. Un accord a été passé avec le Département de l'éducation pour un système souple de conciliation sport-études, à même de «procurer aux parents et athlètes la garantie que toutes les portes restent ouvertes en matière de formation, parallèlement au sport de compétition».

Concrètement, l'entraîneur régional organisera avec les écoles du lieu le difficile coulissage entre sport et études. Concrètement aussi, le projet équivaut à la mise à la disposition des athlètes de dix stades d'entraînement permanents, utiles non seulement aux jeunes mais aux champions désireux de se ressourcer chez eux, avec la garantie d'un entraîneur. Pirmin Zurbriggen a cité le cas de l'Autrichien Rainer Schönfelder qui, après s'être entraîné chez lui les jours précédant les Mondiaux de Bormio, avait réussi à sauver une saison très moyenne en remportant la médaille d'argent du slalom. Autre forte conviction «pirminienne»: lancer plus tôt les meilleurs dans le grand bain de la Coupe du monde: «J'ai lu récemment l'interview d'un jeune espoir valaisan, qui disait espérer vers 22 ou 23 ans être dans le cadre C. Entendre ça, ça fait mal au cœur.» Le cœur, la tête: c'était, hier, le diagnostic du docteur Zurbriggen.