Sports d’hiver

Skier en novembre pour ne plus attendre

A Saas Fee, à St-Moritz, aux Diablerets ou à Zermatt, on peut déjà dévaler les pentes (douces) le long des glaciers. «Le Temps» est monté à 3800 mètres d’altitude pour tester les pistes et la neige qui font face au Cervin

Ici haut, pas de chasse-neige. Ce n’est pas interdit, ce n’est simplement pas l’usage. Sur les pistes du Matterhorn Glacier Paradise, personne ne freine en joignant les pointes de ses skis.

Le ski d’automne, c’est pour les accros et les mordus. Du coup, sur les hauteurs de Zermatt, on skie vite et bien, voire très vite et très bien. On carve, on saute, on descend à toute allure et on freine en dérapant, enfants compris.

Lire également: A Zermatt, le bonheur fugace des premières neiges

Vous aussi, vous avez les lattes qui vous démangent? Cette sensation impossible de devoir attendre jusqu’à Noël avant de retrouver les joies de la glisse? Il y a des pistes pour ça. Dans la grande majorité des stations, la saison hivernale commence mi-décembre. Certaines, comme Davos ou Ovronnaz, prévoient d’ouvrir leur domaine un peu plus tôt. D’autres attendront la veille de la veille des Fêtes. Puis, il y en a quelques-unes qui sont déjà prêtes à l’usage. Dont celles de Zermatt, que Le Temps est allé tester mi-octobre.

Des shorts et des combinaisons intégrales

Sur le glacier du Théodule, un à un, les membres des clubs de ski enchaînent les slaloms ou les sauts acrobatiques en suivant les cris et les conseils de leurs entraîneurs. Sur son site internet, la célèbre station du Haut-Valais avait prévenu: les professionnels et leurs potentiels successeurs sont très nombreux à préparer leur saison sur le glacier. On y décompterait plus d’une centaine d’équipes par an.

Mais il n’y a pas qu’elles. Il y a aussi ceux qui viennent en groupe ou en solitaire, pour le simple plaisir de skier avant les autres, avant l’ouverture de la vraie saison. C’est le cas de Harald, un retraité autrichien qui, le temps d’une montée en cabine, passe d’une tenue short et t-shirt à une combinaison de ski intégrale. «Ça fait quarante ans que je viens à Zermatt. Mais je n’y skie plus l’hiver, il y a trop de monde. Maintenant, je suis ici en été et en automne, c’est plus tranquille. En hiver, je vais en Afrique du Sud.»

Skier en automne, c’est une impression bizarre. Le rouge, l’orange, le vert, le brun remplacent le manteau blanc. La dernière fois qu’il a neigé dans le village, c’était au printemps. Un soleil de plomb s’abat sur nous. La température atteint 15 degrés. On croise des randonneurs en short, des touristes asiatiques en pantalon, des VTTistes en équipement, et aussi quelques skieurs.

Lire également: Les Alpes inventent des solutions douces pour des hivers sans neige

Jusqu’à 3000 mètres d’altitude, point de neige à signaler. Mais c’est aussi l’argument de vente de Zermatt. «Le ski d’automne permet de vivre deux saisons en même temps et de pouvoir skier, randonner et profiter de températures clémentes», vante Valérie Perren, la porte-parole de remontée mécaniques.

En automne, pas de neige de printemps

Les pistes? Elles sont limitées en kilomètres et sont fidèles à la réputation des glaciers: assez peu pentues. Elles sont par contre de très bonne qualité. La neige d’automne n’est pas la neige de printemps. A plus de 3500 m d’altitude, en face du Cervin, elle est fraîche, agréable à fendre. Comme en hiver, il y a aussi les inévitables plaques de glace sur lesquelles on peut se faire piéger, car lorsque l’on part skier en octobre, on n’a généralement pas eu le temps de faire affûter ses carres…

Le panorama sur le Cervin, le Breithorn, la Dent Blanche et la Pointe Dufour est tellement unique que le ski en deviendrait presque un prétexte

Pas grave. L’automne, c’est aussi la saison des «ski tests». Des centaines de paires de nouveaux modèles sont gratuitement mises à disposition. Si l’on en parle ici, c’est parce que c’est un vrai petit événement, une autre manière d’attirer les skieurs avant l’hiver. C’est tellement vrai qu’à Zermatt, il existe un package «ski tests», qui inclut des nuits d’hôtel, un forfait et une offre pour tester quelque… 175 paires de lattes.

Ça en fait, des pistes à dévaler. D’autant plus que, contrairement à ce que nous avait expliqué Harald et ce que nous avait vanté la station, la poignée de pistes et d’arbalètes en service ce jour-là sont très fréquentées. L’attente n’est pas interminable, mais elle est suffisamment longue pour avoir l’impression de passer plus de temps à remonter qu’à redescendre.

«Trop de monde», c’est aussi l’avis de Raphael. Ce dimanche, ce père de famille a emmené femme et enfants pour la première fois sur les hauteurs de Zermatt «parce que mon fils voulait skier pour son anniversaire». Ses enfants sont ravis, lui se dit «à moitié» séduit par l’expérience.

Le prix de la précocité

Il n’a pas tort. Il y a quand même quelques désavantages à venir chercher la neige aussi tôt dans la saison. D’abord, la distance. Comme la famille zurichoise de Raphael, il nous a fallu trois heures de train pour arriver à Zermatt depuis Lausanne. Ce à quoi il faut ajouter une heure supplémentaire pour traverser le village et se faire transporter par les trois télécabines successives qui montent jusqu’au Matterhorn Glacier Paradise. Sur ce point, la proximité de Glacier 3000, aux Diablerets, a de quoi séduire les Romands.

Ensuite, le privilège de la précocité a un prix. A Zermatt, la journée automnale coûte 84 francs pour les adultes, 71 pour les jeunes et 42 pour les enfants. C’est bizarre, mais c’est plus cher qu’en plein hiver (79, 67 et 49 francs). «Il faut beaucoup plus de travail et de ressources pour exploiter un domaine de ski en été et en automne qu’en hiver», justifie Valérie Perren.

Lire aussi: Un forfait à 359 francs pour redonner envie de skier

Enfin, comme on l’a déjà évoqué plus haut, le domaine skiable est plutôt limité. C’est un peu frustrant. On pourrait presque se croire dans une station de l’Arc jurassien. Mais à Zermatt, mieux vaut garder les yeux grand ouverts. Les panoramas à 360 degrés sur le Cervin, le Breithorn, la Dent Blanche et la Pointe Dufour sont absolument superbes! Tellement uniques que le ski en deviendrait presque un prétexte.

D’ailleurs sur ces pistes, il y a deux sortes de skieurs d’automne: les jeunes à l’entraînement, qui n’ont d’yeux que pour leur chrono. Et ceux qui, comme Raphael, smartphone en main et skis au pied, s’arrêtent plusieurs fois par descente pour immortaliser le décor.

Ici, c’est ainsi que l’on distingue les habitués et les novices. Pas à leur niveau de ski.


La glisse d’automne sur quatre sites

Si les pistes de Zermatt sont accessibles toute l’année, la saison d’automne a véritablement commencé le 14 octobre. La station promet 21 km de pistes. Une promesse qui dépend évidemment des précipitations. Prix: 84 francs pour les adultes, 71 pour les jeunes et 42 pour les enfants.

Non loin de là, dans la vallée de Viège, Saas Fee propose aussi de commencer la saison dès maintenant. Mais les 20 km de pistes glaciaires appartiennent à ceux qui se lèvent tôt. A partir du 1er novembre, les pistes sont ouvertes jusqu’à 14 heures la semaine et jusqu’à 15 heures le week-end, précise la station. Les adultes paient 72 francs pour la journée, les jeunes entre 5 et 16 ans, 46 francs.

Dans les Grisons, il y a aussi le sommet du Diavolezza, perché à 3000 mètres d’altitude, sur les hauteurs de St-Moritz. Il est possible de rejoindre les neuf pistes sur névé depuis le samedi 21 octobre pour un tarif un peu inférieur de 67 francs pour les adultes, 44 francs pour les jeunes et 22 francs pour les enfants. Le domaine promet de s’élargir nettement à partir du 25 novembre. Les prix aussi.

Mais pour les Romands impatients, il y a Glacier 3000, au-dessus des Diablerets: à 25 kilomètres de pistes situées à 1h15 de voiture de Lausanne et ouvertes depuis le 28 octobre. Le forfait d’une journée coûte 63 francs pour les adultes, 57 francs pour les jeunes et les séniors et 42 francs pour les enfants.

Publicité