La dixième saison de l’équipe cycliste Sky sera aussi la dernière. Le groupe de médias et de télécommunications qui lui donne son nom a décidé à la surprise générale de se retirer à la fin de l’année 2019. Cela pose d’ores et déjà la question de la survie d’une formation qui s’est imposée depuis plusieurs années comme la plus puissante du peloton, tant financièrement que sportivement.

L’histoire commune du groupe Sky et de la petite reine a commencé en 2008 par le biais d’un partenariat conclu avec la fédération British Cycling, dont l’objectif était de développer la pratique de la discipline – sur route et sur piste – au Royaume-Uni. En 2010, le projet est entré dans une seconde phase avec la création d’une équipe professionnelle «avec le but ambitieux d’amener un coureur britannique à remporter le Tour de France pour la première fois», rappelle la Team Sky dans un communiqué.

«Naming» très efficace

L’entreprise sera vite couronnée de succès. En 2012, Bradley Wiggins porte le maillot jaune sur les Champs-Elysées. Un an plus tard, Chris Froome décroche la première de ses quatre victoires sur la Grande Boucle. En 2018, Geraint Thomas ajoute son nom au palmarès. Des Britanniques roulant sous les couleurs de Sky ont gagné six des sept dernières éditions de la plus prestigieuse des épreuves. Rien n’indiquait que cette domination était appelée à s’étioler. Et pourtant, Sky tirera la prise après avoir investi quelque 150 millions d’euros sur dix ans. Les maillots noirs et blancs ne s’étireront plus en un train d’enfer pour contrôler les courses. Le cyclisme ne sera plus tout à fait le même.

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«Je ne pourrais pas être plus fier de ce que nous avons accompli, soutient Jeremy Darroch, CEO de Sky Group. Mais la fin de l’année 2019 est le bon moment pour nous d’avancer et de nous focaliser sur des initiatives différentes.» Il y a par exemple la campagne Sky Ocean Rescue, qui veut sensibiliser le grand public aux enjeux environnementaux liés aux océans, ainsi qu’encourager les entreprises et les privés à renoncer à l’utilisation de plastiques à usage unique. Reste à savoir si la plus redoutée des équipes cyclistes de ces dernières saisons survivra à ce départ. Toujours dans le communiqué officiel, le manager Dave Brailsford note qu’il n’y a «aucune garantie à partir de 2020. Si nous pouvons trouver un nouveau partenaire à long terme, capable d’ouvrir une nouvelle ère pour l’équipe, nous le ferons», précise-t-il.

En cyclisme davantage que dans tout autre sport collectif, une entreprise fait corps avec la formation qu’elle sponsorise. Le président de l’Union cycliste internationale (UCI), David Lappartient, le soulignait l’été dernier lors d’un entretien avec Le Temps: «Certains grands patrons qui croient tout savoir n’ont pas compris que c’était dans le vélo qu’il fallait investir, car c’est là que le naming fonctionne le mieux. Afficher son logo sur le maillot d’une équipe de football de premier plan coûte beaucoup plus cher que de soutenir une formation cycliste, et vous n’avez aucune garantie qu’on parle de votre entreprise. Alors que tout le monde sait quel est le sponsor de l’équipe de Chris Froome…»

Disparition d’équipe

Mais cette exposition extrême est à double tranchant. Les scandales qui frappent une équipe cycliste où ses coureurs deviennent aussi ceux de son sponsor. «Restaurer la crédibilité du cyclisme est une nécessité pour nous, déclarait encore David Lappartient. Avec tout ce qu’il s’est passé ces dernières années, le dopage reste un bruit de fond gênant qui freine les investissements.»

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L’équipe de Chris Froome trouvera-t-elle un repreneur? Sportivement, elle dispose d’une valeur sportive indéniable avec le quadruple vainqueur du Tour de France mais aussi Geraint Thomas, qui est parvenu à le battre à la loyale l’été dernier, ainsi que le petit prodige colombien Egan Bernal (21 ans) dont le contrat vient d’être prolongé jusqu’en 2023. Mais la Team Sky traîne également une réputation sulfureuse à la suite des différentes accusations de dopage à l’encontre de Bradley Wiggins puis de Chris Froome, même si les deux hommes n’ont pas été reconnus coupables, entre autres affaires louches.

En 2007, l’ancienne équipe de Lance Armstrong Discovery Channel (ex-US Postal) n’avait pas survécu au départ de son sponsor principal malgré dix années de domination du cyclisme professionnel. «Le climat actuel n’est pas propice aux investissements dans le cyclisme», regrettait à l’époque le manager général Bill Stapleton. Plus récemment, l’équipe BMC a réussi à trouver un repreneur avec le groupe polonais CCC. Ces prochains mois, la future ex-Team Sky devra à son tour chercher une nouvelle identité.