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Attendant la cérémonie protocolaire, Sloane Stephens (à droite) et Madison Keys plaisantent, oubliant que l'une vient de battre l'autre.
© Andres Kudacki

Tennis

Sloane Stephens, happy end à l’américaine

La finale du simple dames de l’US Open restera plus dans les esprits pour la personnalité de la lauréate que par la qualité du match. Sloane Stephens a battu son amie Madison Keys (6-3 6-0) et s’offre un destin hollywoodien

Après tout, pourquoi pas. Sloane Stephens, 83e joueuse mondiale au début de l’US Open, 934e un mois plus tôt, quasi inconnue au bataillon, fait à la réflexion une magnifique vainqueur de Grand Chelem. Sa spontanéité, son incrédulité heureuse, sa bouille farceuse ont sauvé une finale très décevante sur le plan du jeu, son adversaire et amie Madison Keys passant complètement à côté de son sujet (6-3 6-0, 61 minutes de jeu).

La longue accolade des deux jeunes femmes au-dessus du filet, leur connivence ensuite, assises côte à côte avant la remise des prix, leurs fous rires finalement, après les larmes: ces images resteront emblématiques d’une saison 2017 complètement folle.

En début d’année à Melbourne, le tennis féminin voyait 36 chandelles: l’âge moyen des demi-finalistes Serena et Venus Williams et Mirjana Lucic-Baroni. Neuf mois plus tard, Serena Williams a accouché d’une petite fille et la WTA de trois nouvelles championnes: Olana Ostapenko, 20 ans, vainqueur à Roland-Garros, Garbiñe Muguruza, 23 ans, titrée à Wimbledon et nouvelle numéro un mondiale. Et Sloane Stephens, 24 ans.

Amérique triomphante

En début de quinzaine, les organisateurs déroulaient le tapis rouge à Maria Sharapova, la seule à leurs yeux capable de mettre un peu de storytelling dans ce tournoi. L’US Open 2017 est au final celui de l’Amérique triomphante avec quatre joueuses en demi-finales, une première depuis 1981 dont pas même l’USTA n’osait rêver. Quatre joueuses, quatre profils: Coco Vandeweghe la «GI» bruyamment encouragée par sa mère; Venus «la grande dame», majestueuse; Madison Keys la métisse aux faux airs de nageuse (sa tenue, son port de tête, son chignon); Sloane Stephens la «gymnaste», sosie de Simone Biles, boule de muscles et d’énergie.

Avec les vainqueurs surprises, c’est toujours la même histoire. On redécouvre à chaque fois un talent réel mais gâché par les blessures. Comme le disait Tony Montana dans Scarface, des mains faites pour l’or restées trop longtemps à tremper dans la merde. Il y a toujours un long chemin, un déclic, une rédemption, un happy end. Sloane Stephens n’est pas n’importe qui. A 19 ans, elle battait Serena Williams à l’Open d’Australie. Cette année-là (2013), elle était déjà en demi-finale de Grand Chelem, déjà aux portes du top 10 (11e).

«La meilleure athlète du circuit»

Comme d’autres, qui actuellement se cherchent ou se soignent et surgiront sûrement un jour prochain (on pense d’abord à Belinda Bencic), la Floridienne a mis du temps à tout remettre dans le bon ordre. D’abord sa tête («J’étais un bébé lorsque j’ai battu Serena, je n’étais pas mûre pour digérer tout ça»), puis son jeu, que son entraîneur Kamau Murray a rendu plus défensif pour exploiter au mieux ses exceptionnelles qualités physiques. «C’est la meilleure athlète du circuit», prétend le coach freelance Roger Rasheed. Pas vraiment une surprise: son père était footballeur américain en NFL (il est décédé en 2009 dans un accident de voiture), sa mère une très bonne nageuse et son jeune frère hésite encore entre le baseball et le football.

Le corps a ensuite lâché. Absente onze mois en raison d’une fracture de fatigue au pied gauche, Sloane Stephens se faisait opérer le 23 janvier, au premier jour de l’Open d’Australie. Et tandis que les mamies triomphaient, Madison Keys (également blessée) et elle s’échangeaient des encouragements électroniques. «A ce moment-là, je n’aurais jamais pensé pouvoir être proche d’un titre à l’US Open. Je ne pensais même pas pouvoir être dans le top 100», a expliqué en conférence de presse celle qui est désormais 17e mondiale.

Plus rien à perdre

Cette longue inactivité lui a ôté toute forme de pression négative. Elle n’avait désormais plus rien à perdre, littéralement. A son retour, elle tombe au premier tour à Wimbledon et Washington mais conserve son beau sourire, entretenu par les bonnes ondes de son compagnon, le footballeur (soccer) Jozy Altidore. Samedi, c’est à la mi-temps de son match de MLS que l’attaquant de Toronto a appris la bonne nouvelle. Comme toujours dans ce genre d’histoire, il dit qu’il y a toujours cru.

Il manquait le déclic, cette partie du film toujours accompagnée d’une musique entraînante. Le moment où tout s’accélère. Sloane Stephens enchaîne deux demi-finales à Toronto et Cincinnati, gagne 800 places d’un coup et entre juste à temps dans le tableau principal de l’US Open, en pleine confiance. «Il n’y a pas de mots pour expliquer le processus jusqu’à aujourd’hui, avoue-t-elle. Si on racontait l’histoire à quelqu’un, il vous dirait que c’est complètement dingue.» S’il travaille à Hollywood, il est plus probable qu’il réponde: «J’achète!»

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