Si Stève Ravussin était allé au bout de son épopée, il aurait empoché les 112 000 francs dévolus au vainqueur de la catégorie multicoques. Il aurait bouclé son budget, encore grevé de quelque 100 000 francs. Et il serait rentré de la Guadeloupe avec un début de pécule. Pas assez pour louer un appartement et renoncer à sa chambre dans la villa de ses parents. Mais peut-être les retombées médiatiques de sa victoire auraient-elles amélioré son ordinaire. Peut-être que, la prochaine fois, Stève n'aurait pas eu à se tourmenter jusqu'à la dernière minute – en l'occurrence jusqu'au 4 septembre – avant que l'intérêt d'un sponsor ne l'autorise à prendre le départ. Pudiquement, le Vaudois avouait trimer plus que de raison. Il l'a dit: si, à bientôt 34 ans, il doit continuer de vivre sans un sou en poche, il arrêtera. A titre comparatif, le revenu de Michael Schumacher, contrats de publicité inclus, culmine à plus de 100 millions de francs par année. Au dernier Masters de tennis, Thomas Johansson a perçu un cachet de 90 000 dollars pour disputer un match de liquidation face à Roger Federer. Il n'y a, logiquement, aucune relation de cause à effet entre le gain et l'intensité de l'effort. Par conséquent, qu'est donc cette Route du Rhum qui inonde les télévisions et qui n'a pas de quoi nourrir ses héros, ces smicards qui risquent leur peau pour quelque gloriole éphémère, sinon une folie? Une dernière et belle folie.