31 mai 2009. 17h54. Court Philippe-Chatrier. Rafael Nadal manque sa volée basse, la balle s’échappe, sort, et Robin Söderling exulte. Roland-Garros est sous le choc. Le Suédois, 25e mondial, élimine le quadruple tenant du titre en huitièmes de finale en quatre sets (6-2, 6-7, 6-4, 7-6) et 3h30. Première défaite Porte d’Auteuil pour l’ogre de Manacor, alors No 1 mondial. 371 jours plus tard, les deux hommes se retrouveront dimanche pour la finale de l’édition 2010. Mais c’est une autre histoire…

Le mental

L’état d’esprit de l’un et de l’autre n’est plus le même. L’an dernier, Rafael Nadal semblait surfer sur la vague de son invincibilité sur la terre parisienne. Mais sa défaite surprise révéla un moral friable, affaibli par le divorce de ses parents. Une blessure à l’âme plus profonde que celle de ses genoux.

Aujourd’hui, même s’il réfute le vocable, la rencontre sera inévitablement escortée de la notion de revanche pour le conquistador en reconquête de son titre, mais aussi de la place de numéro un mondial. La confiance colossale de celui qui vient de signer un triplé inédit (Monte-Carlo, Rome, Madrid), et qui n’a jamais eu de problème pour poser le pied sur la dernière marche, est pourtant fragilisée de manière fugace par une forme de nervosité. Comme si le spectre de la victoire l’effrayait. Contrairement à 2008, où il avait piétiné Federer en ne lui laissant que quatre malheureux jeux, le Majorquin laisse en effet transpirer des émotions surprenantes. En demi-finale, alors qu’il menait 6-2, 6-3, 5-3 et servait pour le match contre Jürgen Melzer, il n’a pu s’empêcher de se projeter deux jours plus tard, un peu plus proche de cette Coupe des Mousquetaires. Commettant une double faute de débutant. Il concède: «J’ai effectivement quelquefois cette peur de gagner.».

Pour Robin Söderling, le changement est radical. Son succès l’an dernier face à Nadal l’a métamorphosé. Comme le dit Wilander, il lui a servi de révélateur. Dans la raquette et dans la tête. Porté par la satisfaction de l’exploit renouvelé contre Roger Federer, le Viking n’a peur de rien. C’est cette confiance qui vendredi encore lui a permis de venir à bout de Thomas Berdych en cinq sets. Une victoire au forceps et au courage où l’ascendant psychologique a fini par faire la différence. Dimanche, le Suédois devrait aborder sa deuxième finale Porte d’Auteuil avec une sérénité accrue. «Ma première finale en Grand Chelem a été très délicate, avoue-t-il. Cette fois, je pense que ce sera plus facile. J’ai acquis de l’expérience, je me sens mieux et j’entrerais certainement plus relax sur le court. Même si le match sera long, au meilleur des cinq manches et que le scénario peut évoluer, l’entame conditionnera pas mal de choses. Contre Roger, je suis vraiment passé à côté en début de rencontre.»

Le physique

Pour gagner à Roland-Garros, la panne prohibée. Dans la tête, mais surtout les jambes. Et celles de Nadal sont en bien meilleur état en 2010. Pour la première fois depuis cinq ans, l’Espagnol, qui a mûri au niveau de sa gestion de l’effort, a renoncé à disputer le tournoi de Barcelone pour s’octroyer une semaine de repos. Il est d’autant plus frais qu’il accède à cette finale sans avoir concédé le moindre set en six matches. «Le plus insoutenable, l’an dernier, n’a pas été de perdre, mais d’arriver dans les pires conditions, mentalement et physiquement, au moment le plus important de ma saison. Aujourd’hui, je suis à 100% physiquement», confie-t-il, la gorge quasi nouée.

Robin Söderling est plus entamé physiquement que lors de son huitième de finale conte Rafa. Son visage crispé vendredi face à Berdych laissait filtrer des signes de souffrance. Lui rassure: «Je me sens bien physiquement. Il me reste de l’énergie.»

Le relationnel

Les rapports entre les deux hommes se sont détendus. Sans pour autant être atteint de cette aménité qui caractérise Rafael Nadal, Robin Söderling est désormais plus courtois envers ses congénères. «Avant, Robin n’était pas le plus sympa, rappelle le numéro deux mondial en se remémorant les tensions intervenues à Wimbledon en 2007. Il ne disait pas toujours bonjour. Mais, désormais, il fait partie des meilleurs et il s’est amélioré. Non seulement, au niveau de son tennis, mais aussi de sa personnalité. Peut-être qu’il était timide.»

Le jeu

Rafa, qui s’était mis à jouer plus vite et plus fort, est revenu à ses fondamentaux, aux bases de son jeu qui ont si longtemps fait sa force. Il mise sur un meilleur pourcentage au service grâce notamment au slice et a repris sa gestuelle «lasso» en coup droit pour magnifier l’effet dévastateur de son lift. Le numéro deux mondial a aussi affûté son sens de l’anticipation et son intelligence du jeu. «Mon niveau de tennis l’an dernier n’était pas très bon, rappelle-t-il. Le jeu de mon adversaire m’a poussé dans mes derniers retranchements. Mon caractère m’aide à progresser. Mon arme de prédilection, c’est que je travaille dur pour sans cesse m’améliorer.»

La seule manière de faire plier le meilleur joueur du monde sur terre battue est de l’agresser, encore et encore. De frapper fort. Très fort. De s’octroyer le maximum de points gratuits à la mise en jeu. Or, au panthéon des cogneurs, Robin Söderling a droit aux honneurs. Que ce soit avec son service – il détient la plus belle collection d’aces du tournoi – ou sa frappe de coup droit et de revers, le Suédois est capable de bombarder son adversaire. A cette puissance, il a su ajouter une qualité de placement qui lui faisait encore défaut l’an dernier. Nadal l’avoue: «J’aurais préféré jouer Thomas [Berdych]. Ça va être un match difficile contre Robin. C’est un joueur dangereux, agressif. Il a un très bon service, des coups frappés à plat. Il est impressionnant.»

La météo, dimanche, pourrait jouer un rôle important dans l’issue de la rencontre. Nadal, le latin, ne le cache pas: «Je veux toujours le soleil, c’est de l’énergie.» Et ça lui permet d’imprimer davantage de lift à la balle. La chaleur la rendant plus volatile et fragilisant les trajectoires rectilignes. D’où la réponse en contre-pied de Söderling: «C’est difficile de jouer lorsqu’il fait très chaud… Mais je peux m’adapter à toutes les conditions.» 2009, 2010, la même histoire?