FOOTBALL

Soigné de sa dépression, Sebastian Deisler joue et gagne

Il est le plus grand talent allemand. Le plus fragile aussi. Le Bayern Munich récupère sa perle

Un timide sourire illumine son visage rond. Sebastian Deisler n'est pas un grand loquace. Aux reporters des télévisions qui l'assaillent de questions, il répond juste qu'il est «super heureux». Enfin, il vient de retrouver ses sensations de footballeur. Samedi soir, fin de partie dans les coulisses du Stade olympique de Munich. Pendant vingt minutes, Deisler a tenu son rang au milieu du terrain de la formation la plus titrée de Bundesliga, le Bayern Munich. Son club a terrassé Kaiserslautern et, pour la première fois depuis 47 parties de Bundesliga, l'équipe de Kahn et Ballack pointe en tête de son championnat national. «Basti» a des raisons de sourire: quelques minutes plus tôt, les fans du club massés dans le virage sud du stade l'ont ovationné. C'est qu'il revient de très loin.

La saison passée, une dépression a tenu Sebastian Deisler éloigné des pelouses de novembre 2003 à juin 2004. Pendant l'été, il semblait enfin remis. Début août, son médecin traitant, le psychiatre Florian Holsbör, croyait pouvoir annoncer, dans un communiqué définitif, que Deisler était «totalement guéri», qu'il avait «laissé sa maladie derrière lui». Le 8 septembre, pour la première fois depuis sa maladie, Deisler portait à nouveau le tricot national; il s'imposait même comme le moteur de la «Mannschaft» opposée au Brésil dans une partie amicale. Les espoirs les plus fous étaient permis.

Mais un mois plus tard, la rechute, quand personne ne s'y attend. Ce 18 octobre, Deisler est à Turin avec son équipe qui, le lendemain, rencontre la Juventus en Ligue des champions. A l'hôtel, le joueur se sent mal et sollicite le droit de rentrer immédiatement à Munich pour consulter son psychiatre. Tout est à recommencer, même si le trouble ne semble pas aussi profond que la première fois. Mais aussitôt surgit la question dérangeante: le plus grand talent du pays serait-il définitivement perdu pour le foot?

«Ce serait vraiment dommage», spécule le directeur de son club, Karl-Heinz Rummenigge. «Une guérison de Deisler, qui supposerait que l'on puisse exclure toute rechute, est impossible», annonce le manager du Bayern, Ueli Höness. Voudrait-on enterrer Deisler qu'on ne s'y prendrait pas mieux. Son médecin, de son côté, diagnostique une «petite péjoration» et parle d'«une réaction naturelle».

Un tabou brisé

Le cas de Sebastian Deisler a choqué l'Allemagne. «Basti» fait partie des rares espoirs sur lesquels le pays peut compter pour s'adjuger le titre mondial en 2006, à domicile. L'hospitalisation du joueur à la clinique psychiatrique universitaire de Munich n'a pas été cachée. Son traitement médicamenteux non plus. A sa sortie de clinique, le public a tout su de son excès pondéral dû à l'absorption de médicaments. Etalée dans les médias, sa dépression a déchaîné les passions. On veut bien tolérer qu'un joueur soit immobilisé pour une jambe cassée, mais une faiblesse de l'âme? Les doutes se sont exprimés sans pudeur. D'autres journalistes ont plutôt fait le procès des dirigeants du club, les accusant d'avoir écrasé leur perle en désavouant son entourage – son amie qui entretemps lui a donné un fils, son médecin. «L'argent dans le foot rend fou», signait un éditorialiste.

Ce déballage a brisé un tabou en Allemagne. Jamais, auparavant, la santé psychique d'un sportif d'élite n'avait ainsi été livrée en pâture au public. Sebastian Deisler, lui, essaie d'ignorer cette agitation. Il espère retrouver son meilleur niveau, dès ce soir en Israël où son club joue, contre Maccabi Tel Aviv, sa qualification pour les 8es de finale de la Ligue des champions. Ses mois de doutes lui ont appris à devenir zen. Désormais, il s'accroche à une sagesse simple: «Suis ton propre chemin.»

Publicité