La sortie en salles de «Free to Run» a été précédée - «préparée» serait le terme approprié - par de très nombreuses avant-premières. Toutes ou presque ont fait salle comble et atteint leur but: mobiliser la «communauté runnning» pour que le bouche à oreille porte le film comme le public porte le marathonien menacé d'essoufflement. La plus prestigieuse de ces séances s'est déroulée le 23 janvier à l'Institut Lumière de Lyon.

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Rue du Premier Film, dans le VIIIe arrondissement, la projection a lieu un samedi matin dans le hangar d'où l'on voit sortir les ouvriers sur le film fondateur des frères Lumière en 1895. Le maître des lieux, Thierry Frémaux, par ailleurs délégué général du Festival de Cannes et passionné de sport, a invité Pierre Morath à la troisième édition de son festival Sport, Cinéma et Littérature. «Free to Run» est à l'affiche, entre «Gentleman Jim», une nuit «Rocky» et «La légende du grand judo» de Kurosawa. Le cadre est prestigieux (chaque siège porte le nom d'un réalisateur, beaucoup ont une plaque à leur nom à l'extérieur), le parterre tout autant.

Frémaux présente le réalisateur «franco-suisse», puis «Free to Run», pour lequel «nous avons eu un coup de coeur. Philippe Torreton, que j'ai croisé à Paris récemment, était très fier d'y avoir participé». «Il a lui même fait pas mal d'athlétisme, du cross et des lancers», explique Pierre Morath, toujours soucieux de précision.

Moteur. Le public rit aux énormités assénées avec aplomb par les médecins des années 60, qui affirment que courir longtemps «réduit de vingt ans l'espérance de vie» ou «fait tomber l'utérus», et découvre avec étonnement les images d'archives de ces pionnières que des officiels tentent d'extraire des pelotons de Boston ou de Morat-Fribourg. Il tombe sous le charme du charisme incandescent de Steve Prefontaine et celui, tout de sagesse et de malice, de Noël Tamini. Il se prend en pleine face le souffle du Coliseum de Los Angeles en 1984 lorsque l'Américaine Joan Benoit y pénètre en tête du marathon olympique féminin, puis la puissance évocatrice de Boris Acquadro commentant vingt minutes plus tard l'arrivée zigzagante de Gabriella Andersen-Schiess.

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Lorsque la salle se rallume, Pierre Morath est très longuement applaudi. «Ce qui est formidable dans ce film, c'est qu'il raconte une histoire méconnue et qu'il la raconte dans toute sa dimension, y compris critique», s'enflamme Thierre Frémaux. «La conclusion est merveilleuse et donne encore plus d'intelligence au film», ajoute Benoît Heimermann, cofondateur de la revue Desport. L'ancien sélectionneur de l'équipe de France de football Gérard Houllier juge le film «instructif et émouvant». Les spectateurs veulent en savoir plus sur Noël Tamini, sur la fabrication du film, sur la collaboration des membres du New York Road Runners, club organisateur du marathon de New York. Thierry Frémaux se tourne vers l'assistance: «Combien d'entre vous sont venus ce matin par intérêt pour le running?» Les deux tiers de la salle lèvent la main. Autant de convertis qui vont aider à porter de «Free to Run» sur la route de son public.

Les dates des avant-premières (jusqu'au 28 février)