Le Lausanne-Sport tient son nouveau directeur sportif en la personne de Souleymane Cissé. Cet Ivoirien de 42 ans, ancien footballeur professionnel reconverti dans la formation des jeunes et la détection des talents, succède au Vaudois Pablo Iglesias, dont l’éviction au début du mois de juin avait provoqué un petit séisme à la Pontaise: Ineos projetait-il de s’attaquer aux racines locales du club dont il est propriétaire depuis 2017? Voire de le diriger depuis la Côte d'Azur, où le groupe britannique possède également l’OGC Nice?

Dans ce contexte, la présentation du nouveau visage du LS, ce mercredi, a un peu tourné au test de loyauté. Il a d’abord été indiqué que celui qui vient de quitter un poste de directeur technique aux Girondins de Bordeaux était sur le point de s’installer avec sa famille au centre-ville de Lausanne. Puis Souleymane Cissé a insisté sur le fait qu’il entendait «valoriser la formation maison», c’est-à-dire les produits de la structure Team Vaud. Et il a aussi soutenu qu’il travaillerait «à 100% pour le Lausanne-Sport». Donc: pas pour Nice.

Compétences mises en commun

Les destins des deux clubs sont pourtant liés, et Ineos n’en fait pas mystère. Présent à Lausanne pour la première fois depuis le début de la crise du nouveau coronavirus, le président du club, Bob Ratcliffe, a ainsi souligné qu’il ne fallait plus voir «les 25 joueurs du LS d’un côté et les 25 de l’OGC Nice de l’autre, mais les 50 du projet global», dans une perspective «fédérale» où les clubs sont «indépendants» mais tout de même connectés.

«C’est ainsi que fonctionne Ineos, a décrit le frère du big boss de l’empire Jim Ratcliffe. Il y a de nombreuses sociétés, actives dans différents domaines, qui ont toutes des objectifs propres. Mais nous cherchons à établir des synergies et à optimiser notre fonctionnement, en évitant les doublons et en échangeant des idées. Nous avons l’intention d’appliquer cette façon de faire au football également.»

En clair: un joueur qui explose au LS sera susceptible d’avoir sa chance à Nice, tandis qu’un jeune talent français encore un peu tendre pour la Ligue 1 pourrait venir s’aguerrir en Super League, où le club vaudois devrait évoluer dès la saison prochaine. Et les compétences, notamment en matière de recrutement, pourront être mises en commun.

Nice-Lausanne-Abidjan

Ineos entend bien organiser ses activités dans le football en une galaxie comparable à ce que peuvent faire le Football City Group (Manchester City et neuf autres clubs dans le monde) ou Red Bull (Leipzig, Salzbourg, Liefering). D’ailleurs, s’il fallait faire l’acquisition d’un club supplémentaire, ce serait à un niveau inférieur à celui où évoluent Nice et Lausanne, a relevé Bob Ratcliffe, cela afin de favoriser l’éclosion des jeunes prometteurs.

Lire aussi: Le club de football comme pièce de puzzle

Le puzzle actuel comprend déjà une troisième pièce: le RC Abidjan, un club ivoirien dont l’OGC Nice est partenaire depuis 2018 et qui a été créé sur le socle d’une académie fondée par un certain… Souleymane Cissé. C’est notamment son travail en Afrique qui a convaincu Bob Ratcliffe de le débaucher à Bordeaux. L’intéressé, «pas adepte de grands discours», est resté sobre dans ses déclarations. Mais il a promis qu’il voulait, «avec le temps, de manière apaisée, aider le Lausanne-Sport à retrouver les sommets».