Le report de la signature du rachat de l'Olympique de Marseille (OM) par l'homme d'affaires canadien d'origine arménienne Jack Kachkar atteste l'existence d'interrogations sur l'origine des fonds devant lui permettre d'en devenir le propriétaire. L'enquête en cours au sein du service anti-blanchiment du Ministère des finances, Tracfin, sur cette opération, serait, en partie, selon l'un de ses membres, la cause du retard pris dans cette négociation.

D'après un proche conseiller de Nicolas Sarkozy au Ministère de l'intérieur, les banquiers du vendeur, Robert Louis-Dreyfus, ancien patron du groupe Adidas et actionnaire principal de l'OM, préféreraient attendre les conclusions de l'enquête de Tracfin avant de finaliser l'accord. Dans l'entourage de «RLD», on affirme que «si M. Louis-Dreyfus n'a pas encore vendu l'OM, c'est que M. Kachkar n'a pas encore finalisé son offre». Du côté du repreneur, on évoque de simples «détails techniques (qui) doivent être finalisés dans les prochains jours».

Les vérifications de Tracfin ne signifient pas nécessairement que la fortune de M. Kachkar soit d'origine frauduleuse ni que celui-ci porte des intérêts douteux. Elles sont, à ce jour, largement liées au caractère inconnu de son parcours dans le monde du football et des affaires internationales. Le premier ministre, Dominique de Villepin, a également sollicité les services de renseignement français, la DGSE, afin d'en savoir plus sur cet homme surgi de nulle part. La DGSE a répondu qu'elle n'avait aucun dossier mentionnant son nom.

Entourage louche

Pour sa part, Tracfin n'a pas, à ce jour, d'élément mettant en cause M. Kachkar. En revanche, le gendarme anti-blanchiment tente d'éclaircir ses liens avec un cercle de personnes ayant par le passé fait l'objet d'investigations financières. En 1996, Tracfin avait signalé à la justice des mouvements de fonds suspects entre des sociétés derrière lesquelles était apparu l'ex-associé de M. Kachkar, Alexandre Benkovitch, qui est aussi l'ex-époux de sa femme actuelle. Des liens entre M. Benkovitch et un mafieux russe, Semion Ioukovitch Moguilevitch, avaient été mis au jour. L'argent, provenant des Etats-Unis, transitait en France via des sociétés fantoches, telles que Kama Trade. Les fonds douteux, retirés en bout de course dans des paradis fiscaux, provenaient d'un compte établi à New York au nom de la société anglaise Benex.

Les comptes de la Benex, à New York, avant d'alimenter Kama Trade, recevaient des fonds de banques russes. Ce circuit de blanchiment était également utilisé par le crime organisé russe, dont les groupes mafieux de Solntsevo et celui lié à M. Moguilevitch. Cette filière de blanchiment aurait enfin servi dans le cadre d'un détournement d'argent du Fonds monétaire international destiné à la Russie. L'ex-associé de M. Kachkar, M. Benkovitch, fut un temps le dirigeant d'une filiale de YBM Magnex mais n'a, finalement, pas été poursuivi par la justice américaine. M. Kachkar a indiqué qu'il avait, à cette époque, été associé avec M. Benkovitch au sein de la société Amadeus.

L'examen de ces éléments et de leurs éventuelles répercussions actuelles expliquerait, en partie, le retard qui impatiente «RLD», soucieux de se séparer de l'OM depuis sa condamnation, en juin 2006, à trois ans de prison avec sursis et 375000 euros d'amende pour abus de biens sociaux dans l'affaire des transferts douteux du club. Dans l'entourage de M. Louis-Dreyfus, on se veut rassurant: «Nous n'avons aucun doute sur l'origine des fonds de M. Kachkar qui vont arriver en France: les 115 millions d'euros sont garantis par la banque américaine Goldman Sachs.»