Le Tour de France est terminé. Sa caravane, qui prend parfois des airs de parade interminable, a disparu pour ne laisser que des souvenirs et quelques objets de marchandisage: casquettes, drapeaux et autres porte-clés. A Neuchâtel, la semaine dernière, cette opération n'avait duré qu'une petite heure. Les sponsors du cyclisme, s'ils n'hésitent pas à faire précéder le peloton de longs arguments publicitaires, sont donc d'une rapidité déconcertante lorsqu'il s'agit de plier bagage. Cela préfigure-t-il l'après-Tour de France?

Les affaires de dopage ont porté un coup à l'image du cyclisme. Les contrats portent certes sur le long terme et engagent des sommes de plusieurs millions de francs suisses. Dans ces conditions, les sponsors ne prendront aucune décision précipitée. Le Temps a pourtant voulu savoir quelle était la réaction des sponsors les plus importants du pays face au problème du doping qu'il est aujourd'hui impossible de contourner.

Chronométreur officiel des championnats du monde de cyclisme sur piste et sur route, la firme Tissot est un des piliers du cyclisme en Suisse. Elle soutient naturellement les différentes courses ayant lieu dans le pays. Pour son président, François Thiébaud, ce Tour de France 1998 n'a été, pour les sponsors qui y étaient engagés, qu'un «échec momentané». «Le problème du dopage n'est pas nouveau dans le cyclisme mais il n'en reste pas moins intolérable, affirme-t-il. Cette prise de conscience tardive doit amener des mesures sévères que l'UCI, je n'en doute pas, va rapidement prendre. Au-delà de ces difficultés, le sport reste le vecteur de communication du prochain millénaire. Cette année, on a découvert de nouveaux champions. Avec eux, le sponsoring cycliste peut prendre un nouvel élan.»

Même optimisme au Credit Suisse dont le logo figure sur le maillot jaune du Tour de Suisse. Urs Wyss, responsable du sponsoring de la banque, tient d'ailleurs à souligner que les sponsors du Tour de France, comme le Crédit Lyonnais, ne sont pas directement touchés par les révélations sur le dopage, au contraire de ceux des équipes. «Il est vrai, concède-t-il, que ces événements ont fait naître chez nous une réflexion que nous voulons prendre le temps de mener à son terme. Mais le cyclisme reste un sport très attractif duquel le Credit Suisse ne se retirera pas.»

Selon Urs Wyss, les vraies décisions sont à prendre du côté des coureurs, des équipes et des fédérations: «Il est urgent que toutes les parties discutent ensemble puis communiquent clairement les résultats de leurs consultations. Les sponsors, eux, doivent rester à l'écart tout en faisant comprendre qu'ils veulent soutenir un sport plus propre. En ce sens, les révélations sur le doping sont une chance pour ce sport.»

Un souci de propreté retrouvée partagé par l'assureur Winterthur qui affirme ne pas vouloir abandonner le cyclisme. Il y a ainsi de fortes chances de le revoir parmi les quatre principaux sponsors du Tour de Suisse l'année prochaine. Le contrat liant les deux parties portait de 1996 à 1998. Les négociations pour sa prolongation sont en cours. De l'aveu de Markus Niederhäuser, du département sponsoring, les révélations du Tour n'auront que peu d'influence sur les discussions. Tout juste la Winterthur demandera-t-elle des mesures antidopage complémentaires. Des mesures que les coureurs attendent, selon Marc Biver, patron pour la Suisse d'IMG.

Pour le directeur du plus grand groupe mondial de marketing sportif, l'UCI, les fédérations nationales et les groupes sportifs doivent discuter ensemble au plus vite. Le patron d'IMG en Suisse a d'ailleurs une solution originale à proposer: «Comme pour les avocats et les médecins, une charte devrait marquer l'entrée dans la profession de cycliste. Elle déterminerait clairement les règles hygiéniques, médicales et sportives en vigueur. Le cycliste prêterait serment à ses débuts professionnels, ce qui permettrait à ses confrères de le punir très sévèrement en cas de manquement.»

Quant aux sponsors des coureurs qu'il représente, aucun n'a signifié qu'il rompait son contrat. «Tant que le cyclisme sera aussi populaire qu'aujourd'hui, les sponsors continueront à le soutenir, mais si rien ne change, le public va refouler ce sport», prévient-il. Ce soir, A travers Lausanne va certainement permettre de faire le point sur la question.