Où va le sport mondial? Ces dernières années, il nous avait laissé espérer qu’il avançait dans la bonne direction, vers un plus grand sens des responsabilités, un retour à davantage de simplicité, une volonté plus affirmée et semble-t-il plus sincère d’ouverture et d’inclusion. La tenue en 2022 des Jeux olympiques d’hiver à Pékin en février puis de la Coupe du monde de football au Qatar en novembre-décembre s’apparente à un brutal retour en arrière.

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En 2021, le hockey sur glace a dû renoncer à ses Mondiaux en Biélorussie sur pression de ses sponsors, la Fédération internationale d’athlétisme a fait son aggiornamento sur l’appréhension des problèmes posés par les questions de genre, longtemps traités avec misogynie et brutalité, la WTA a mis fin à sa relation avec la Chine après la disparition de la joueuse Peng Shuai, une fronde sécessionniste de plusieurs grands clubs européens de football a été violemment rejetée par leurs propres supporters.

L’année précédente avait déjà marqué la fin sinon de certaines pratiques du moins de leur totale impunité: le mépris vis-à-vis du sport féminin, les abus et la maltraitance, le racisme dans les stades, l’usage irraisonné de l’avion. Sans doute sensibilisés à l’importance de leur rôle social par la pandémie qui perturbe nos vies depuis deux ans, les athlètes sont toujours plus les acteurs conscients d’un sport responsable.

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Restent le CIO et la FIFA. Le CIO a certes révisé l’an dernier sa Règle 50 pour offrir plus de liberté de parole aux athlètes, mais il s’est précipité pour relayer la propagande chinoise sur la disparition de Peng Shuai. La FIFA en a fait le moins possible lorsque le quotidien The Guardian a lancé le chiffre de 6500 morts sur les chantiers du Qatar, réservant son énergie à l’étude d’une Coupe du monde biennale. Sa petite sœur européenne, l’UEFA, n’est pas en reste, elle qui a offert en plein Euro une tribune politique à Viktor Orban et pondu en fin d’année un rapport «Stratégie 2030» sur les droits humains aussitôt qualifié d’«opération de relations publiques» par l’organisation Sport & Rights Alliance.

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Ces Jeux de la démesure, cette Coupe du monde de l’absurde seront les derniers, promettent en chœur le CIO et la FIFA. Certes, il s’agit de choix effectués en 2015 et 2010 qui ne seraient peut-être plus possibles aujourd’hui. Mais les deux organisations basées en Suisse ont perdu le bénéfice du doute. Il faut continuer de leur mettre la pression pour les obliger à avancer dans le sens de l’histoire.