Moins de six mois séparent Sydney et l'Australie de l'ouverture des Jeux de l'an 2000. Le bon moment, pourrait-on croire, pour jeter aux orties les trop nombreuses «affaires» charriées par l'événement, billetterie, fuite des sponsors, déficit budgétaire, et penser enfin au sport. Mais non, les nuages dont se couvre le ciel en ce début de printemps transportent encore leur lot de mauvaises nouvelles. Les dernières en date: un vent mauvais s'amuse à tourbillonner au-dessus de la piste du stade olympique, faisant craindre le pire pour les épreuves d'athlétisme, le toit du SuperDome, l'imposante salle de gymnastique et de basket-ball, menace de se rayer de longues fissures et le vent, encore lui, a perturbé les championnats d'Australie d'aviron, disputés récemment sur le bassin olympique de Penrith.

Le sport, l'Australie en parle peu. Le sujet, pourtant, semble de taille à laver le gris du ciel et ramener dans le public une douce euphorie. Herb Elliott, l'ancien champion olympique de demi-fond, aujourd'hui en charge des relations avec les athlètes au comité olympique australien, ne cache pas ses pronostics: «Selon nos calculs, notre équipe peut remporter une soixantaine de médailles, dont un bon tiers en or. Un résultat qui constituerait, de loin, la meilleure performance collective de notre pays aux Jeux d'été.»

Ambitieux, sans doute. Mais l'Australie n'a pas regardé à la dépense, ces dernières années, pour préparer ses athlètes. Dès les résultats du vote du CIO pour l'attribution des Jeux de l'an 2000, en octobre 1993, les autorités sportives ont puisé dans leur trésor de guerre. Une enveloppe annuelle de vingt millions de dollars australiens (un dollar australien vaut environ 1 francs suisse) a été allouée aux disciplines olympiques, dans le cadre de l'Olympic Athletes Program, somme portée à vingt-six millions pour l'olympiade 1996-2000.

«Pour un athlète de mon niveau, explique Rohan Robinson, le numéro un australien du 400 m haies, finaliste aux Jeux d'Atlanta, cette aide supplémentaire représente environ un millier de dollars mensuels.» Phil Rogers, le meilleur brasseur du pays, a profité de l'aubaine pour voler de ses propres ailes. «J'ai pris la décision de me consacrer exclusivement à la natation, raconte-t-il. Aujourd'hui, je suis nageur professionnel à plein temps, une situation impossible dans des circonstances normales.» Autre initiative: la mise en place d'une grille de primes à la performance. Pour l'année 2000, par exemple, un titre de champion du monde peut rapporter 11 250 dollars par trimestre à l'athlète et, détail inédit, 2500 dollars à son entraîneur.

Véritable usine à champions

Sa préparation olympique, l'Australie ne l'a pas seulement réduite à quelques millions supplémentaires accordés au budget des sports. Elle a également offert à ses athlètes les meilleures conditions d'entraînement. A l'AIS (Institut australien des sports) de Canberra, véritable usine à champions du sport australien, le centre de recherche médicale et scientifique a mené de front des études très poussées en biomécanique, préparation en altitude et récupération à l'effort. «Sans les Jeux à Sydney, nous aurions mis dix ans à obtenir les crédits nécessaires», avoue Peter G. Davis, le responsable du département. Les installations de gymnastique, natation, tir à l'arc et boxe ont été modernisées. Une nouvelle piste a été posée sur le stade d'athlétisme, comparable au détail près à celle du stade olympique de Sydney.

Mieux: l'Australie a lancé ses chasseurs de têtes sur la piste des entraîneurs étrangers les plus qualifiés pour transformer ses athlètes en futurs médaillés olympiques. «Nous manquions de compétences techniques dans plusieurs disciplines, explique John Boultbee, le directeur de l'AIS de Canberra. Alors, nous avons été les chercher dans les autres pays.» Résultat: l'encadrement des équipes nationales ressemble aujourd'hui à une improbable mosaïque de nationalités. Chinois et Russes dirigent la préparation des gymnastes, un Coréen a été recruté pour former à la va-vite un groupe de tireurs à l'arc, un Anglais a été embauché pour prendre en main les destinées du canoë-kayak en eaux vives, un Canadien d'origine italienne a été placé à la tête de l'équipe de volley-ball… «Sur les quatre entraîneurs de notre section natation, poursuit John Boultbee, un seul est Australien. Les trois autres viennent respectivement de Russie, Canada et Angleterre.» La recette du succès? L'Australie connaîtra bientôt la réponse.