Adolf Ogi aime le sport. Sa carrière fut sportive avant d'être politique et tout porte à croire qu'elle retournera au sport, une fois quitté le Conseil fédéral. Cet amour l'a déjà pressé d'intégrer dans le giron du département militaire les affaires sportives. Il l'a fait dans un esprit louable, d'ailleurs. Plutôt que de militariser le sport, comme certains le craignaient au nom de souvenirs lugubres, il a plutôt suivi le mouvement inverse. Il s'est inspiré de la professionnalisation du sport de haute compétition pour professionnaliser l'armée.

La candidature de Sion 2006 est par ailleurs de première importance pour la Suisse. Il n'est rien de tel aujourd'hui qu'une manifestation d'une telle envergure pour la vitalité d'un pays et pour son image à l'extérieur. Une victoire du Valais dans la course aux JO de 2006 revêtirait donc une importance nationale. Les autres villes candidates ont depuis longtemps compris le caractère déterminant, pour leur réussite, des réseaux d'influence tissés dans le monde politique et dans la toile des grandes associations sportives. Toutes les conditions paraissent donc réunies pour qu'Adolf Ogi prenne la présidence des opérations, en sauveur applaudi de toutes parts.

Est-il pourtant permis de tempérer cet enthousiasme? Le premier embarras vient du caractère inédit de la confusion des genres. Sauf erreur, jamais une candidature olympique n'a été formellement présidée par un ministre en exercice. Que signifierait, dès lors, la défaite de Sion 2006, non seulement pour Adolf Ogi lui-même, mais pour sa fonction et pour le collège fédéral qu'il représente?

Le second malaise est plus lourd car il touche au fonctionnement du gouvernement. Depuis des années, les conseillers fédéraux se plaignent à juste titre de leur surcharge de travail. Dans le département d'Adolf Ogi lui-même, des échéances majeures se profilent, à commencer par le grand chantier ouvert par la Commission Brunner, dont le calendrier s'accélère (lire en page 9). Or, à se dédoubler apparemment sans peine, le conseiller fédéral donne des munitions aux populistes qui ne cessent de freiner la réforme des institutions. Après l'échec en votation populaire de l'augmentation du nombre des secrétaires d'Etat, il prépare les arguments de ceux qui voudront enterrer un futur projet d'augmentation du nombre des conseillers fédéraux.

En poursuivant son combat dans les coulisses, comme il l'a fait avec talent jusqu'à présent, Adolf Ogi n'aurait pas été moins efficace pour Sion 2006. Il aurait été en revanche beaucoup plus utile pour la modernisation de notre appareil d'Etat, que ses amis politiques s'évertuent à vouloir torpiller.