Ancien directeur du bureau NBA Europe à Genève (basket), vice-président des Canadiens de Montréal (hockey), président des Alouettes de Montréal (football américain) et membre du Comité olympique canadien, Ray Lalonde est consultant indépendant en management du sport. Il intervient régulièrement dans Le Temps sur le sport made in USA.

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Tandis qu’un mois après la mort tragique de George Floyd à Minneapolis des foules continuent de descendre dans les rues, de Los Angeles à Madrid en passant par Paris, pour protester contre les injustices raciales et les violences policières, Rayshard Brooks, un Noir américain de 27 ans, a été abattu par un policier à Atlanta juste à l’extérieur d’un restaurant Wendy’s. Les abus de pouvoir, l’absence de proportionnalité et un conflit mineur qui dégénère en meurtre sont des situations qui se répètent quasi quotidiennement. Plus ça change, plus c’est pareil.

Mais la mort de George Floyd marquera l’histoire du pays pour longtemps. Contrairement aux centaines de cas de profilage racial, d’injustice sociale et de brutalité policière chaque année aux Etats-Unis, ce cas-ci, probablement en raison des nombreux clips vidéo sur les médias sociaux, aura été le «tipping point», le cas de violence de trop. Le monde du sport s’est très vite mobilisé, en commençant par quelques grands noms comme LeBron James, Steph Curry, Michael Jordan, Magic Johnson et Patrick Mahomes. Des centaines d’autres athlètes américains sont également intervenus pour manifester et s’exprimer publiquement.

Ancien combat, nouvelles armes

Ces champions ont une énorme influence à l’échelle mondiale grâce aux médias sociaux, sur lesquels ils peuvent positionner leurs messages de manière percutante sur des sujets précis. Ils ont également contribué financièrement aux organismes de lutte contre les abus et d’aide aux familles des victimes. Jordan et son entreprise Jumpman23 contribueront pour 100 millions de dollars au cours des dix prochaines années. Nike, Adidas et plusieurs grandes marques ont confirmé des dons très généreux. Et la NFL investira 250 millions sur les dix prochaines années.

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Reste que ces inégalités et les évènements qui en découlent ne datent pas d’hier et ont déjà déclenché de nombreuses réactions de sportifs par le passé. De Jesse Owens, indifférent face à Hitler, raflant quatre médailles d’or aux JO de Berlin en 1936, à Tommie Smith et John Carlos levant leur poing ganté de noir aux JO de Mexico en 1968, en passant par Jackie Robinson, en 1947, devenu le premier Noir américain à évoluer au baseball MLB après des décennies de discrimination et d’oppression. En 1967, Mohamed Ali refusa de se joindre aux forces armées américaines pour la guerre du Vietnam. Il fut condamné par un juge fédéral et banni de la boxe pendant quatre ans.

Une influence dans les urnes

Plus récemment, Colin Kaepernick, le quarterback des San Francisco 49ers, manifestait déjà en 2016 contre l’injustice sociale et les agissements des policiers envers les Noirs américains. En début de saison NFL, il avait mis un genou à terre durant l’hymne national et avait expliqué son geste comme une forme non violente de protêt contre l’abus de pouvoir des policiers. Il fut littéralement le visionnaire de cette cause mais avait été immédiatement rejeté et isolé par la NFL pour son geste. Depuis la saison 2016, Kaepernick n’a plus jamais reçu d’offre de contrat. Aujourd’hui, le pays constate à quel point il avait vu juste en 2016. Aujourd’hui LeBron James crée More Than a Vote avec des joueurs anciens et actifs de la NBA dans le but que les Afro-Américains fassent entendre leurs voix et votent. Il ne fait aucun doute que lorsque les athlètes les plus iconiques prennent position et usent de leur influence, le grand public écoute.

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Les tragédies de ces dernières semaines sont emblématiques des problèmes palpables aux Etats-Unis. De nombreux sportifs de la NBA, NFL et NHL connaissent leur valeur et leur influence, ils assument leur responsabilité et veulent s’impliquer et contribuer à changer la société. C’est aussi pour eux l’occasion de s’humaniser, et même de raconter leurs propres histoires d’injustices ou de profilage racial.

Le défi de la société américaine est celui du pouvoir et de l’influence. Et la division est bien perceptible à commencer par la direction à la Maison-Blanche. Le leadership n’est pas présent. On cultive la discrimination et l’affrontement au détriment de l’unité et de la collaboration. C’est une culture de haine qui est mise en avant. On divise au lieu d’unir. Mais pas chez les sportifs. Ceux-ci veulent contribuer à une solution. Leur influence est contagieuse. Ils sont engagés dans cette cause. Ils parlent d’éducation et de changements, et leur message est fort.

Black Lives Matter.