Éditorial

En sport, le futur n’est plus ce qu’il était

ÉDITORIAL. En 2014, au moment de leur attribution, les Mondiaux d’athlétisme au Qatar figuraient l’avenir du sport. Mais les préoccupations de la société ont changé depuis, ce dont les dirigeants sportifs ne semblent pas avoir pris conscience

Pour Mujinga Kambundji, première athlète suisse médaillée en sprint aux Championnats du monde (le bronze sur 200 m), Doha restera un merveilleux souvenir. Pour ceux que le bilan «métal» intéresse moins que le bilan carbone, les Mondiaux d’athlétisme organisés pour la première fois au Qatar figureront au contraire au panthéon de ce que le sport spectacle a pu produire de plus problématique.

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Catastrophique les trois premiers jours, avec des compétiteurs suffoquant devant des sièges climatisés mais inoccupés, le tableau a ensuite été nuancé par quelques grandes performances saluées par de respectables assistances, alors que, la même semaine, un déluge noyait les Championnats du monde de cyclisme en Angleterre, un typhon menaçait la tenue de certains matchs de la Coupe du monde de rugby au Japon, une rencontre de Coupe d’Europe de football se disputait devant des tribunes vides à Rome, rappelant que le Qatar n’a l’exclusivité ni des conditions dantesques ni des stades déserts.

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Le vrai problème n’est pas là. Ces Mondiaux, comme la Coupe du monde qui se prépare au Qatar pour 2022, avaient été présentés au moment de leur attribution (2010 pour le football, 2014 pour l’athlétisme) comme le futur du sport. Or, ils apparaissent aujourd’hui clairement comme les symboles d’une vision passée et dépassée. En cinq ans, beaucoup de choses se sont produites. Lamine Diack, l’ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme, attend son procès pour corruption. A la FIFA, 16 des 24 membres du comité exécutif qui avait fait le choix du Qatar ont été radiés, suspendus ou bannis. Le CIO a vu neuf fois des villes candidates à l’organisation des Jeux olympiques perdre en votation populaire. Il s’est aussi passé #MeToo et Greta Thunberg…

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Pourtant, sous les lumières artificielles de Doha, c’est comme si rien de tout cela n’avait jamais existé. Dans leurs déclarations publiques, les grands dirigeants du sport mondial, Sebastian Coe (athlétisme), Thomas Bach (CIO), Gianni Infantino (FIFA) – des hommes neufs pourtant – ont tous défendu le bilan de Doha, ressuscitant presque par leur manque de courage ou de vision le marquis de Samaranch qui, lui, décorait chaque édition des Jeux du titre de «meilleurs de l’histoire». Vingt ans plus tard, l’avenir du sport reste toujours à inventer.

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