Droits sportifs

Le sport, future peau de chagrin de la SSR?

Les économies demandées à la télévision publique croisent dans l’ascenseur des droits de retransmission toujours plus élevés. A la RTS, Massimo Lorenzi se prépare à faire des choix

Dans le bureau de Massimo Lorenzi, le chef du département des sports de la RTS, traînent les stigmates de quelques passions éternelles: l’Ajax, Mohammed Ali, l’Ecosse. Il y a aussi au mur un article de mai 2016 du Temps. Sous le titre «La SSR, le plus grand terrain de sport du monde», un tableau recensait les détenteurs des droits de retransmission télé des principaux événements sportifs. Il fallait à l’époque en moyenne quatre ou cinq chaînes différentes par pays, souvent payantes, pour égaler l’offre de la télévision publique suisse.

Il en faut peut-être désormais cinq ou six, mais Massimo Lorenzi a commencé à tracer des croix au marqueur rose sur deux cases de la colonne RTS: Ligue des champions et football national, passés (pour une grande partie) chez Téléclub. Devra-t-il bientôt en biffer d’autres? La question se pose, d’autant que le directeur général de la SSR, Gilles Marchand, a annoncé le 23 septembre une baisse budgétaire de 50 millions de francs pour 2020, dont 12 millions pour la RTS. «Les directs ne seront pas touchés mais cela nous poussera probablement à renoncer à certaines émissions d’enrichissement autour des Jeux olympiques d’été à Tokyo et de l’Euro 2020», prévient Massimo Lorenzi.

Des courbes qui se croisent

Le vrai risque se situe à moyen terme, au moment de la renégociation des contrats en cours: la Ligue des champions en 2021; le football suisse, la formule 1 et les Jeux d’hiver en 2022; le hockey sur glace en 2023; les Jeux d’été et l’Euro en 2024. «A chaque renouvellement de contrat, explique le chef des sports, il faudra se demander si cela remplit réellement le mandat de service public, et si oui, jusqu’à quel prix est-il possible de poursuivre?» Depuis quelques années, les réponses sont des décisions stratégiques prises par la direction de la SSR. Mais de plus en plus, c’est le marché qui décide. «Notre marge de manœuvre se restreint toujours plus. L’époque est à la baisse des moyens des télévisions publiques et à l’augmentation des droits de retransmission. On nous dit que c’est une bulle, mais elle n’explose toujours pas. Et de nouveaux acteurs, les GAFA, s’invitent désormais à la table des négociations.»

Puisque la surenchère n’est pas près de s’arrêter, Massimo Lorenzi trouverait logique que l’on pose «la question politique de l’intérêt général, pour le public suisse» que Téléclub, filiale de Swisscom, société détenue majoritairement par la Confédération, se pose en concurrente de la SSR, avec des moyens incomparables. «Au bout du compte, le public est perdant. Et le sport aussi, parce qu’il perd en visibilité. La dernière finale de Ligue des champions [que la SSR n’a pas diffusée] a perdu la moitié de son audience dans les cinq grands pays européens.»

Coupe Davis ou Laver Cup?

Le mandat de service public de la SSR pose trois priorités: suivre les sportifs suisses en vue, couvrir les sports populaires en Suisse, diffuser les grands événements internationaux. Parfois, l’arbitrage est difficile. Ainsi, la RTS a diffusé la rencontre de Coupe Davis Slovaquie-Suisse (très peu regardée) mais pas la Laver Cup avec Federer à Genève. Sur le plateau du 19:30, Massimo Lorenzi est venu le 20 septembre expliquer que «trois jours de Laver Cup, superbe produit mais compétition non officielle, coûtent aussi cher que quinze jours d’Open d’Australie». «Il faut faire beaucoup de pédagogie, parce que le public romand a longtemps été très gâté, estime Massimo Lorenzi. Mais il commence à prendre en compte la situation.» Et le marqueur rose qui, sur le bureau du chef des sports, attend.

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