Durant toute la semaine, Le Temps ausculte les nouveaux enjeux de société qui, quotidiennement, interpellent les mouvements sportifs et remettent en cause leur organisation, leurs valeurs, leur modèle économique et leur avenir.

Premier épisode: Des records au progressisme

Une piste d’athlétisme est découpée en couloirs concentriques, généralement huit. Pour que l’égalité des chances – principe fondamental du sport – soit respectée, les emplacements des départs sont décalés pour toute distance supérieure à 110 m, en compensation de la distance supplémentaire occasionnée dans les virages à mesure que l’on s’éloigne du couloir intérieur. Les couloirs sont séparés par une ligne blanche continue, qui a la même fonction que celle de nos routes. La franchir, ou même seulement poser le pied dessus – on dit «mordre» – entraîne une disqualification automatique et immédiate. Parce qu’il y a rupture d’égalité.

Cette organisation aux allures de vision du monde vacille aujourd'hui. La peinture blanche s’estompe, les lignes se font pointillés, les frontières deviennent floues. Des athlètes mordent dans le couloir d’à côté et se font disqualifier – puisqu’il y a rupture d’égalité – mais désormais protestent, contestent jusque devant les juridictions civiles, au nom de cette même égalité et avec le soutien de mouvements militants, d’Etats et d’une grande partie de l’opinion publique. Ces athlètes sont le plus souvent soit des transgenres, nés hommes mais s’identifiant comme femmes, soit des intersexes, nées avec des caractères sexuels qui ne correspondent pas aux définitions types des corps masculins ou féminins. Le genre, disent les spécialistes, n’est pas une réalité binaire mais un continuum entre deux pôles. Une piste sans couloirs.