Dimanche se terminera à Paris l’une des plus belles éditions du Tour de France de ces dernières années. A trois étapes de son épilogue, ils sont encore au moins cinq à rêver du maillot jaune. D’autres en sont à chasser leur humeur noire.

Peter Kennaugh et Marcel Kittel n’ont même pas pris le départ de la Grande Boucle. Rohan Dennis n’était pas blessé mais a dit stop lors de la douzième étape. D’autres luttent dans le peloton en même temps qu’avec leurs démons intérieurs. Le sujet est tabou, mais le cyclisme professionnel serait une machine à fabriquer des burn-out.

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La petite reine n’est pas la seule à faire danser ses champions sur un fil. La skieuse Lindsey Vonn a traîné une dépression pendant des années. Le boxeur Tyson Fury a plongé dans la cocaïne pour surmonter son mal-être. Novak Djokovic a mis des mois avant de balayer un profond coup de blues. Et il ne s’agit là que de cas qui concernent des athlètes au sommet.

De l’âme dans la mécanique

Le burn-out résulte souvent d’une perte de sens, d’un «à quoi bon?» qui taraude les méninges au quotidien. Vu d’un call center, d’un chantier ou d’une usine, il doit paraître inconcevable qu’un sportif puisse en souffrir alors qu’il a la chance de vivre de sa passion. Mais, en réalité, que les journées s’écoulent (lentement) en remplissant des tableaux Excel que personne ne lira ou en avalant des kilomètres d’entraînement qui ne déboucheront peut-être pas sur un quart d’heure de gloire ne change rien à l’affaire.

Les sportifs professionnels sont soumis à une pression énorme, à une concurrence extrême, parfois à une grande solitude sur le plan privé doublée de sollicitations insistantes pour leur personnage public. Il y a aussi la perspective menaçante de se retrouver les mains vides peu après la trentaine si ce n’est avant (en cas de blessure). C’est une carrière qu’ils ont choisie, qu’ils ont fantasmée. Mais elle a aussi ses vices, et elle ne les révèle qu’à ceux qui l’embrassent.

Avec préparateurs physiques, coachs mentaux, analystes et entraîneurs, le sport de haut niveau sait aujourd’hui «comment» construire une performance. Encore faut-il que l’athlète, qui doit insuffler son âme à la mécanique, ne perde pas de vue «pourquoi» il le fait.