A l’épreuve de la pandémie, le sport suisse s’est découvert excellent lobbyiste. Fédérations, clubs et autres organisateurs sont parvenus à parler d’une même voix et à faire entendre leurs particularismes aux autorités fédérales. Un plan de soutien a été ficelé. Des aides à fonds perdu ont été versées. Les personnalités du milieu se félicitent aujourd’hui de la manière dont le sport parvient à faire écho à Berne.

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On aimerait bien en dire autant, au niveau cantonal, du côté de Neuchâtel. «Oui, il y a chez nous un manque de sensibilité politique au sport, dont les besoins et les préoccupations sont assez éloignés du milieu dans lequel évoluent les élus», témoigne Alexandre Houlmann. C’est pour y remédier que l’homme a créé, avec 11 autres passionnés, la Fédération neuchâteloise du sport (Fenespo).

Lancée officiellement mercredi à La Chaux-de-Fonds, l’instance a l’ambition de réunir tous ceux qui touchent de près ou de loin à l’activité physique entre lac et montagnes. Clubs professionnels et amateurs, fédérations, salles privées, athlètes individuels, organisateurs ou même journalistes sont susceptibles de devenir membres. «A ma connaissance, c’est une structure sans équivalent dans le pays», note son tout frais président Sven Engel. Le but? Œuvrer au sens le plus large possible dans l’intérêt du sport cantonal… qui en aurait bien besoin.

Tous bords

Durant la conférence de presse de présentation de la Fenespo, les exemples fusent. Neuchâtel serait le canton de Suisse attribuant la plus petite part des bénéfices de la loterie au sport. Le canton s’est désengagé de la question des infrastructures sportives, qui repose désormais uniquement sur les communes, tant en matière d’entretien que de renouvellement. «A cela s’ajoute le fait que nous vivons une époque où le bénévolat, sur lequel reposent beaucoup de clubs et de manifestations, s’épuise, souligne Sven Engel. Et le sport neuchâtelois a historiquement manqué de relais politiques.»

Les choses ont commencé à bouger grâce aux députés Alexandre Houlmann (Parti socialiste) et à Jean-Claude Guyot (Parti libéral-radical). Un homme de gauche, un homme de droite, comme pour montrer que les intérêts du sport transcendent les clivages classiques. «Quand le Grand Conseil traite de culture, de santé ou d’éducation, il y a 30 élus qui se lèvent pour prendre la parole, lance le premier cité. Sur le sport, il n’y a longtemps eu que Jean-Claude et moi…»

Ce n’est plus le cas. En amont de la création de la Fenespo, ils ont «recruté» parmi leurs collègues pour être capables de créer des majorités. Le travail paie. Ils ont d’ores et déjà fait accepter un amendement pour un rééquilibrage des subsides de la Loterie Romande en faveur du sport et des grandes manifestations ponctuelles, ainsi qu’une motion d’aide cantonale pandémique aux acteurs du sport. Ils ont pu se partager 1 million de francs bienvenu.

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Initiative populaire

Les prochains combats sont déjà entamés. Au Grand Conseil, les deux députés ont déposé un projet de loi destiné à donner une base légale à l’Etat pour soutenir le sport (un outil dont Neuchâtel est l’un des derniers cantons à manquer). Et dans la rue, les membres de la Fenespo vont tenter de réunir les 4500 signatures nécessaires pour faire passer leur initiative populaire législative cantonale «1% pour le sport».

Le texte, qui porte bien son nom, souhaite que l’équivalent d’au moins 1% du budget de l’Etat soit consacré au soutien des activités sportives. «Des militants des secteurs culturels demandent la même chose et cela nous a paru une bonne idée, appuie Alexandre Houlmann. Culture et sport sont les deux jambes d’un même corps qui fonctionne bien.»

Le 18 avril prochain, les Neuchâtelois sont appelés aux urnes afin de renouveler leurs autorités cantonales. Les députés Houlmann et Guyot ne se représentant pas, qui portera la voix sportive, celle des membres de la Fenespo? «Ces derniers mois, nous avons fédéré autour de la question, répond le second. Au sein de chaque parti, nous avons au moins un candidat qui s’est engagé à défendre le sport neuchâtelois au sein du Grand Conseil.»