Le sport recourt trop souvent aux tribunaux pour régler ses différends. La gestion de cet univers pyramidal et complexe mérite quelques réformes. Pour l’heure, cependant, des solutions concrètes et partagées se font désirer.

Une table ronde organisée dans le cadre de SportCity, congrès du sport suisse dont la deuxième édition se déroule à Lausanne, a confronté les avis de trois dirigeants et de deux hommes de loi. François Carrard, ancien directeur du Comité international olympique, Jorge Ibarrola, avocat spécialiste du domaine, Jean-François Collet, président du FC Lausanne-Sport, Christian Constantin, patron du FC Sion, et Patrick Trotignon, à la tête d’Evian Thonon Gaillard FC, équipe de football de Ligue 1 en France, ont discuté gouvernance sportive devant un auditoire d’une centaine de personnes.

Le sujet est d’actualité. Les difficultés des clubs de Neuchâtel et de Servette font jaser. Les tentatives de Michel Platini, président de l’UEFA, d’obtenir des clubs européens qu’ils maîtrisent leurs budgets suscitent la controverse. Le litige qui oppose Christian Constantin aux institutions qui gèrent le football en Suisse et sur la planète entière occupe les médias depuis des mois.

Du coup, l’espoir des organisateurs de dégager des propositions pour sortir le sport du marasme a justement buté sur l’actualité. La présence de Christian Constantin et de Jorge Ibarrola, représentant des adversaires du Sédunois, a passablement polarisé le débat. La substance et le rôle du Tribunal arbitral du sport (TAS) au cœur du litige ont nourri les échanges.

Cette cour, instituée par Juan Antonio Samaranch, défunt président du CIO, et façonnée par François Carrard, est destinée à supplanter les juridictions locales et à offrir au sport un prétoire ad hoc pour résoudre ses conflits. Or, Christian Constantin a répété, avec le sens du raccourci dont il a le secret, que «le TAS dit une justice sous influence et tarifée». Raison pour laquelle il ne reconnaît pas son autorité et fait appel aux juges ordinaires. Pour le patron valaisan du FC Sion, «les structures du sport doivent changer car elles ignorent les réalités du terrain». Jorge Ibarrola a, lui, défendu le TAS. «Le tribunal a évolué au fil du temps. Il mérite quelques ajustements, mais il est à même de répondre aux besoins du sport.» L’avocat a aussi souhaité que les composantes de la ­galaxie sportive collaborent davantage au lieu de privilégier leurs intérêts uniquement.

François Carrard a cherché à apaiser quelque peu la querelle très vive entre les deux hommes: «Les vicissitudes du tribunal le stimuleront à évoluer», a-t-il prédit.

Diplomate, Patrick Trotignon a évoqué «la sagesse des dirigeants qui évitent de recourir systématiquement à la justice même si les bonnes raisons ne manquent pas». Car, en réalité, personne ne veut de contentieux dévastateurs, a souligné l’ancien directeur général de Servette à l’époque de Canal +.

Quelque peu velléitaire, le pugilat verbal a illustré à merveille le mal qui menace athlètes, clubs et amateurs: la mainmise du droit, celui du travail notamment, sur le sport, alimentée par des avocats âpres au gain, a observé François Carrard. C’est que, a expliqué le Vaudois, «nous avons hérité de structures surannées. L’évolution du secteur les rend obsolètes.» En outre, les différences nationales compliquent encore davantage les enjeux et la résolution des conflits, a surenchéri Patrick Trotignon.

Au bout d’une heure de débat, la nécessité de fixer des règles communes a fait l’unanimité. Jean-François Collet a rappelé que «le sport n’est pas une exception où l’on peut faire n’importe quoi». Patrick Trotignon a néanmoins mis le doigt sur la difficulté de l’opération. «Le fair-play financier, promu par l’UEFA, est certes une mesure sensée, mais elle n’est pas pour demain. Allez l’imposer au Real Madrid!» s’est-il exclamé. D’ailleurs, François Carrard trouve le patron de l’UEFA, Michel Platini, «trop timide, alors qu’il devrait affirmer qu’il s’agit de normes impératives».

Bref, si le malaise est évident, les solutions le sont moins. Face au cocktail explosif de «passions, argent et pressions médiatiques» qui entoure le sport, Jean-François Collet voudrait «plus de contrôle». François Carrard plaide le bon sens: «Il suffit d’appliquer des règles simples de bonne gestion réclamées par la professionnalisation.» Ce n’est pas la justice qui va sauver le sport, mais «des hommes compétents et de bonne volonté».

Pour finir, Christian Constantin a fait l’éloge de l’ancrage local des clubs sportifs. Les mésaventures de Servette et de Neuchâtel Xamax prouvent que l’absence d’enracinement leur a été fatale. Atletico Bilbao, a défendu Jorge Ibarrola, «incarne le modèle à suivre: une association implantée dans la région basque et des joueurs formés sur place, loin des exagérations des Qataris ou des magnats russes».