Depuis vingt ans, la pratique sportive et l’activité physique de la population résidente suisse âgée de 15 ans ou plus sont observées par l’Office fédéral du sport (OFSPO) dans le cadre d’une étude à grande échelle. Six ans après sa dernière édition, l’enquête «Sport Suisse 2020» a été présentée lundi à Berne par la conseillère fédérale Viola Amherd. Ce rapport confirme la place toujours plus grande accordée au sport, un essor que l’on doit surtout aux femmes et aux seniors.

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Les auteurs de l’étude, Markus Lamprecht, Rahel Bürgi, Hanspeter Stamm, n’hésitent pas à placer les Suisses parmi les plus sportifs d’Europe, puisqu’ils ne sont que 16% à prétendre ne jamais faire de sport. En comparaison européenne, seules la Finlande (13%) et la Suède (15%) comptent moins de sédentaires stricts. Si ces statistiques peuvent contenir un biais de perception basé sur une définition différente de ce qui relève ou non du sport, l’étude de l’évolution pour la Suisse est très pertinente. En 2008, 26% des Suisses disaient ne pas faire de sport. Ils sont au contraire 51% à en faire «plusieurs fois par semaine, trois heures ou plus au total», contre 44% en 2008 et 36% en 2000.

Les retraités aussi sportifs que les ados

Si les Suisses sont devenus plus sportifs, c’est grâce aux femmes et aux personnes âgées. Aujourd’hui, les femmes font pratiquement autant de sport que les hommes, surtout après 45 ans, même si leur parcours sportif est moins linéaire selon la période de vie qu’elles traversent. Les plus de 65 ans, et même les plus de 75 ans, comptent désormais parmi les catégories de population les plus sportives, quasiment au niveau des adolescents! Ainsi, 58% des 65-74 pratiquent trois heures ou plus par semaine, contre 42% il y a six ans.

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Voilà pour le quantitatif. Mais quel sport pratique-t-on en Suisse et pourquoi? D’abord, on en pratique plusieurs: 4,5 en moyenne. Il s’agit surtout de sport-santé, de sport-loisir, souvent hors de toute pratique encadrée. Cinq disciplines se détachent très nettement: la randonnée (pratiquée par 56,9% des gens, +12,6% rapport à 2008), le cyclisme (42%), la natation (38,6%), le ski (34,9%) et le jogging (27%). Ce «Big Five» constitue selon les auteurs de l’étude «le combiné helvétique». On pourrait y adjoindre un sixième sport si l’on associait le fitness (17,2%) et la musculation (13,3%).

La compétition perd du terrain

Le football (cité par 7,7% des sondés), le tennis (5,4%), le golf (2,3%) et le hockey sur glace (1,1%) arrivent très loin derrière. Le sport compétitif est d’une manière générale en recul. Les compétiteurs font certes plus de sport par semaine en moyenne que les autres (6,2 heures contre 4,7) mais ils ne représentent que 20% des sportifs. Le sport d’élite et l’actualité sportive passionnent moins qu’avant et concentrent les critiques. Les auteurs évoquent un phénomène de «saturation»: 28% de la population suisse suit l’actualité avec grand intérêt et 47% avec un intérêt modéré. Ce sont les chiffres d’il y a vingt ans que l’on retrouve. Les moins intéressés sont les femmes mais aussi les jeunes (15-34 ans).

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Les motivations désormais évoquées pour faire du sport sont prioritairement la santé, le plaisir de bouger, la détente ou le contact avec la nature. Ces arguments interviennent bien avant des notions comme «atteindre des objectifs sportifs» ou «se mesurer à d’autres». Malgré cela, 9% des pratiquants se sont blessés au cours de l’année écoulée en faisant du sport, des blessures sérieuses nécessitant plus de trois jours d’arrêt dans un tiers des cas.

Club des champs et fitness des villes

La pratique sportive augmente avec le niveau de formation et le revenu, ce qui explique qu’on lui consacre en moyenne 2000 francs par an. Elle varie de moins en moins selon les régions linguistiques (les Latins sont en passe de combler leur retard). Comme lors des votations, la césure s’opère désormais entre ville et campagne. Le monde rural continue de privilégier les sports classiques dans le cadre d’un club, les centres urbains favorisent les cours de gym divers et les abonnements de fitness.

Seuls 22% des gens sont membres d’un club sportif, et ce sont surtout des jeunes hommes de moins de 25 ans. Une proportion désormais quasi identique est abonnée à un centre de fitness. Ce n’est pas dit dans l’étude mais cette évolution n’est pas sans conséquence pour les clubs, qui constatent depuis longtemps un désengagement des membres et un rapport au club perçu comme une prestation commerciale. Le sport pour tous est aussi, de plus en plus, un sport pour soi.

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