Télévision

Le sport suisse dit non à «No Billag»

Swiss Olympic et les grandes manifestations sportives organisées en Suisse estiment que la suppression de la redevance porterait un coup fatal à la diversité de l’offre sportive dans le pays

Le sport est l’un des piliers des programmes de la SSR. Durant le premier semestre de l’année 2018, les retransmissions de grands événements sportifs se succèdent pratiquement sans interruption: Open d’Australie de tennis, Jeux olympiques d’hiver, Ligue des Champions, Tour de Romandie, Roland-Garros, Coupe du monde de football, Wimbledon, Athletissima, Tour de France. Sans parler des championnats du monde de hockey, de motocyclisme, de Formule 1, des championnats de Suisse de football et de hockey. L’offre est pléthorique, quasiment unique au monde.

Les années paires (olympiques), le sport à la télévision publique suisse totalise 2500 heures de programmes, des droits sportifs pour un montant estimé entre 60 et 80 millions de francs, un budget total de 200 millions de francs, représentant 12 à 13% du budget global de la SSR (chiffres 2016). Le sport est donc important pour la télévision suisse. L’inverse est également vrai, et plusieurs acteurs clés du secteur ont tenu à le rappeler vendredi à Lausanne, à un mois de la votation sur l’initiative populaire dite «No Billag».

Lire aussi notre article de 2016: La SSR, le plus grand terrain de sport du monde

Le premier d’entre eux est Jürg Stahl, président de Swiss Olympic et président du Comité de candidature Sion 2026. «Nous devons envoyer un signal clair contre «No Billag» qui fait courir un grand risque sur la diversité du sport en Suisse, souligne le Zurichois. La Suisse est un petit pays qui brille dans de très nombreux sports, en partie parce que tous ces sports ont une visibilité sur les chaînes de télévision nationales. Tout prochainement, les images des Jeux olympiques puis des Jeux paralympiques vont créer dans les foyers suisses une atmosphère propice à la pratique du sport. Des chaînes privées se focaliseraient uniquement sur les quelques sports déjà très médiatisés et les autres sports perdraient ainsi une plateforme extrêmement importante.»

Jürg Stahl rappelle également que la loi prévoit que les grandes finales ou grands matches doivent être diffusés sur des chaînes nationales et met en garde contre les fausses économies: un seul abonnement à une chaîne thématique (il en faut souvent plusieurs) coûte plus cher que la redevance à 365 francs.

Produire c’est bien, diffuser c’est mieux

Si la SSR devait, sinon disparaître, du moins considérablement réduire son train de vie, les grandes manifestations sportives organisées en Suisse trouveraient sans doute un autre moyen de produire les images. «En golf, l’European Tour fournit la production, ce ne serait pas un problème», reconnaît Christian Barras, vice-président de l’Omega Masters de Crans-Montana. A Athletissima, Jacky Delapierre, qui vient de signer pour quatre ans avec la SSR mais qui s’est quand même renseigné, se tournerait vers des privés, «des Suédois font ça très bien, pour 200 000 à 250 000 francs».

Le problème se situerait plus tard, dans la diffusion de ces images. «Nous ne serions plus du tout sûrs d’être diffusés en Suisse, ce qui poserait problème à plusieurs de nos sponsors», prévient Christian Barras. Même risque pour les tournois de tennis de Gstaad et le meeting Athletissima. Actuellement, la SSR produit les images des grandes manifestations sportives suisses. Elle en détient l’exclusivité sur le territoire suisse (y compris sur Internet) et valorise cette exclusivité avec une large diffusion sur ses chaînes. Elle doit en outre offrir le signal international, ce qui garantit aux grands événements sportifs suisses une exposition massive et de très bonne qualité à l’étranger.

Même le foot a besoin de la SSR

«Si mes charges augmentent de 250 000 francs, je serai obligé d’essayer de revendre ces droits, calcule Jacky Delapierre. Et ce n’est pas facile. En 2016, le meeting de New York a disparu pour 450 000 dollars de coûts de production que les organisateurs n’arrivaient pas à trouver.»

C’est la première fois en dix-huit ans que je suis vraiment contre mon parti, je peux vivre avec ça. Je trouve que sur «No Billag», la position de l’UDC est trop dogmatique

Jürg Stahl, président de Swiss Olympic et conseiller national UDC

Jean-François Collet, organisateur des tournois de tennis ATP et WTA de Gstaad, souligne «la très grande qualité de la production télévisuelle suisse. Ce n’est pas un hasard si la SSR est régulièrement mandatée par le CIO pour filmer les courses de ski alpin des Jeux olympiques.» L’ancien président du Lausanne-Sport, toujours vice-président de la Swiss Football League (SFL), juge le cas du football suisse intéressant: «La SFL touche beaucoup plus d’argent de Teleclub mais a maintenu une diffusion sur la SSR pour garantir une visibilité à sa compétition.»

Jürg Stahl, l’UDC pour les Jeux et contre «No Billag»

Pour Jürg Stahl, si «No Billag» passe, les grands événements sportifs bénéficieront de «moins d’exposition, donc moins de sponsors, donc moins de moyens, donc moins d’attrait, donc moins d’exposition, etc.» Jacky Delapierre ajoute que d’autres manifestations sportives moins prestigieuses seraient également touchées. «En athlétisme, le meeting de La Chaux-de-Fonds s’est positionné deux jours avant Athletissima, et celui de Lucerne quelques jours après le Weltklasse de Zurich parce qu’ils peuvent faire venir les athlètes sans payer les billets d’avion. Si Athletissima tombe, La Chaux-de-Fonds tombe aussi.»

Ainsi donc, le sport suisse fait bloc contre «No Billag». Et Jürg Stahl se retrouve dans la peau d’un conseiller national UDC à la fois promoteur des Jeux olympiques à Sion en 2026 et pourfendeur de «No Billag». La remarque ne déstabilise pas le récent vainqueur de la course de ski des parlementaires. «C’est la première fois en dix-huit ans que je suis vraiment contre mon parti, je peux vivre avec ça. Je trouve que sur «No Billag», la position de l’UDC est trop dogmatique, alors que notre base est souvent très attachée au sport sur la SSR. Ma casquette de président de Swiss Olympic, qui regroupe 81 fédérations sportives, 19 000 clubs et 2 millions de membres nationaux, m’oblige à défendre un système satisfaisant pour le plus grand nombre. Tout n’est pas parfait mais chacun est libre de changer de chaîne.»

Notre dossier: La controverse «No Billag»

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