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Andy Rihs sur les Champs-Elysées, en juillet 2011, au côté de son coureur, l’Australien Cadel Evans, vainqueur du Tour de France.
© DENIS BALIBOUSE/REUTERS

Carnet noir

Le sport suisse pleure la mort d'Andy Rihs

Son entrée dans le cyclisme a fait la renommée de sa société, Phonak, et contribué à sa fortune. Il possédait aussi l’équipe cycliste BMC et, avec son frère, les Young Boys de Berne

Il n’aura pas vu Young Boys champion de Suisse… Cette pensée a traversé l’esprit de beaucoup à l’annonce du décès d’Andy Rihs, survenu mercredi 18 avril à l’âge de 75 ans des suites d’un cancer. Alors que toute la capitale se pare de jaune et de noir pour le sacre annoncé de YB (11 points d’avance sur Bâle à six journées de la fin), l’homme qui aura permis de mettre fin à 32 ans d’échecs et d’humiliations ne vivra pas ce moment de gloire.

Avec son frère Hans-Ueli, Andy Rihs avait investi plus de 50 millions de francs depuis 2010 dans les Young Boys, via la société Sport und Event Holding AG, propriétaire du Stade de Suisse. Il était aussi le propriétaire de l’équipe cycliste BMC, l’un des poids lourds du World Tour.

Andy Rihs aimait le sport, et particulièrement le vélo, qu’il avait découvert un peu par hasard. «Un jour, un client américain passionné de cyclisme a laissé son vélo de course à Stäfa [siège de sa société, près de Zurich] et m’a demandé de le lui envoyer aux Etats-Unis, explique-t-il en 2003 à Dimanche.ch. Quand j’ai su qu’il en coûterait près de 500 francs, j’ai préféré lui faire un chèque et garder le vélo. Quelques jours après, je suis monté dessus et j’ai aussitôt attrapé le virus.»

Lire aussi: le portrait économique d’Andy Rihs

Il s’engage dans le peloton professionnel en 2000 lorsque sa société, le fabricant d’appareils auditifs Phonak (aujourd’hui Sonova) a besoin d’augmenter sa notoriété. On se souvient de son départ avec fracas à l’été 2006, après que son coureur Floyd Landis a été déclassé de sa victoire au Tour de France. «J’abandonne! Le cyclisme est désormais synonyme de dopage», s’emporte Andy Rihs.

Une notoriété mondiale

Avant cela, son attitude avait longtemps été ambiguë. Arrivé dans le milieu en jurant «sur l’honneur de ne jamais embaucher quelqu’un ayant eu affaire, de près ou de loin, au dopage», il reviendra plusieurs fois sur sa parole (engagements en 2003 d’Alex Zülle, cinq ans après l’affaire Festina, et du sulfureux docteur italien Daniele Tarsi, associé à Michele Ferrari dans plusieurs dossiers troubles) et devra avaler de nombreuses couleuvres: l’Américain Tyler Hamilton, l’Espagnol Santiago Perez et le Suisse Oscar Camenzind tombent pour dopage en 2004, l’Espagnol Santos Gonzalez en 2005, le Suisse Sascha Urweider en 2006.

Il était peut-être difficile pour Andy Rihs de quitter un milieu qui, malgré les scandales, offrait une vitrine extraordinaire à sa marque, dont les revenus dépassent désormais 2 milliards de francs par an. «Avant le cyclisme, seuls 2 à 3% des Suisses connaissaient le nom de Phonak et son domaine d’activité, expliquait-il en 2004. Aujourd’hui, nous sommes connus et identifiés partout dans le monde. Aucun autre sport ne permet de diffuser aussi largement le nom de votre entreprise.»

Un maillot jaune sans tache

Entre passion sincère et intérêt commercial bien pesé, Andy Rihs replonge aussitôt. Il sponsorise en 2007 l’équipe BMC, du nom de la marque de cycles qu’il a rachetée en 2001. Comme avec Phonak, il débute d’abord doucement, avec beaucoup de coureurs suisses, puis fait progressivement de BMC l’une des grosses écuries du peloton. En 2011, il remporte de nouveau le Tour de France, mais cette fois, le succès de l’Australien Cadel Evans est sans tache.

Sur les réseaux sociaux, les Young Boys et l’équipe BMC ont bien sûr exprimé leur tristesse et leur sympathie à la famille. D’autres personnalités du sport, suisses ou étrangères, coureurs ou organisateurs, ont remercié Andy Rihs pour son action souvent désintéressée. En 2013, il avait notamment financé une partie du vélodrome de Granges, un outil précieux pour le développement de la relève helvétique. Lors d’épreuves organisées en Suisse, il n’était pas rare qu’il mette à disposition son personnel ou son matériel.

En 2008, il avait fait un don de 50 000 francs au Tour de Romandie qui avait accueilli gratuitement sa jeune équipe BMC. «Le Tour de Suisse lui réclamait 50 000 francs pour l’inscrire, avait raconté Richard Chassot à Patrick Délétroz de La Première. Il avait préféré venir chez nous qui ne lui demandions rien et nous offrir cette somme…»

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