Pas de compétition sans entraînement, et pas de séance d’entraînement sans exercices de stretching. La reprise de l’activité sportive en Suisse dépendait donc d’abord des mesures d’assouplissement du Conseil fédéral. Leur annonce, mercredi après-midi, a immédiatement relâché la tension qui pesait sur les épaules de nombreux pratiquants, mais surtout des dirigeants du secteur professionnel.

Dès le 11 mai, la pratique libre et les entraînements organisés pourront reprendre dans le pays pour tous les sports (individuels et collectifs), dans toutes les installations sportives et à tous les niveaux (amateur et professionnel), mais toujours dans le respect des nouvelles normes sanitaires: par petits groupes de cinq au maximum, sans contact physique et dans le respect des règles d’hygiène et de distance. Les guides de montagne seront autorisés à reprendre leurs activités. Pour le détail, «chaque fédération sportive devra avoir son propre concept de protection», indique la conseillère fédérale Viola Amherd, cheffe du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS).

Validation obligatoire

Cette annonce a réjoui les milieux sportifs. «Le Conseil fédéral montre la grande importance qu’il attache au sport pour la santé physique mais également mentale de la population, ainsi que pour l’économie», a souligné Jürg Stahl, président de Swiss Olympic. Qui nuance: «Les perspectives sont très réjouissantes [mais] les défis restent également importants.» Le premier d’entre eux sera pour chaque fédération de faire valider son concept de protection par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et celui des Sports (OFSPO). Sans validation, pas d’activité sportive dans un club.

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Le prolongement au 30 août de l’interdiction de manifestations réunissant plus de 1000 personnes pose des problèmes plus immédiats au meeting Athletissima (20 août) et au Masters de golf de Crans-Montana (27 août).

L’exploitation des installations sportives est également soumise à protocole et à validation. Pour le cas des piscines, des communes ont ainsi déjà annoncé qu’elles resteraient fermées. Grandes oubliées du confinement (le débat se focalisait sur l’arrêt des championnats et la pratique du jogging), les installations sportives représentent pourtant le premier pôle du sport suisse en termes de revenus et d’emplois. Pour de nombreux athlètes professionnels, leur réouverture est la nouvelle la plus importante. «Actuellement, on peut se maintenir en forme mais on ne progresse pas. Les entraînements sont trop limités, trop répétitifs pour faire du qualitatif», regrette la sprinteuse vaudoise Sarah Atcho, confinée près de Saint-Gall.

«Sauver le football suisse»

Le Conseil fédéral a également entendu l’appel du football professionnel, qui lui avait remis un plan de 34 pages pour finir sa saison et «sauver son existence», selon l’aveu de Heinrich Schifferle, le président de la Swiss Football League (SFL). Le Conseil fédéral autorise ainsi des groupes d’entraînement de plus de cinq personnes dans les sports de compétition. «Les mesures de protection peuvent y être garanties plus facilement», justifie Viola Amherd. Cela ouvre la voie à une possible reprise des ligues professionnelles, sans public, à partir du 8 juin. Le hockey, qui a déjà tiré un trait sur la saison 2019-2020, n’est plus concerné, mais le football espère disputer les 13 journées restantes en Super League et en Challenge League. Le Conseil fédéral donnera son feu vert définitif le 27 mai.

Cela permettra de résoudre la question des promotions, relégations et qualifications pour les ligues européennes, mais ne réglera pas la crise financière. «La perspective d’événements à huis clos jusqu’à la fin août [place] les fédérations, les organisateurs de grands événements et les athlètes de haut niveau devant un énorme défi, note Jürg Stahl. Sans les contributions du public, les liquidités de nombreux clubs sont en danger.» Swiss Olympic dit «collaborer avec les groupes directement concernés pour veiller à ce que cette situation particulière soit dûment prise en compte» par le Conseil fédéral.

Le sport pris au sérieux

Jusqu’ici, le sport avait plutôt l’impression de n’être pas pris au sérieux. Des entraîneurs, notamment d’athlétisme, regrettaient que des athlètes professionnels ne puissent bénéficier de dérogation pour utiliser les installations sportives, et soient ainsi mis sur le même plan que des adeptes de sport-loisir. Mardi, l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi estimait que le lobby du sport se défendait bien mal dans la Berne fédérale et réclamait la tenue d’un sommet du sport. «Dans le groupe parlementaire du sport, il y a 120 députées et députés. Où sont-ils actuellement?» se demandait l’ancien directeur de Swiss-Ski.

Le Conseil fédéral a balayé ces doutes. Dans son communiqué, il souligne l’importance psychique, sociale et économique du sport. «Les activités physiques et sportives sont un loisir important pour beaucoup de gens en Suisse. Près de 80% de la population de plus de 15 ans pratique un sport de façon régulière. Plus de 2 millions de personnes sont actives au sein d’associations sportives et environ 100 000 places de travail dépendent directement ou indirectement de ce secteur.»

L’impact économique du sport en Suisse a été mesuré dans un rapport publié en début d’année par l’OFSPO. Son chiffre d’affaires global est estimé à 22,2 milliards de francs pour l’année 2017. Il apporterait une valeur ajoutée brute de 11,4 milliards de francs et un volume de 97 900 emplois en équivalents plein-temps (2,4% des emplois en Suisse, autant que l’agriculture). Le sport fournit dans l’ensemble une contribution de 1,7% au produit intérieur brut, ce qui le situe au niveau de secteurs tels que la fabrication de machines ou la fabrication de produits métalliques. S’il croît un peu moins vite que le reste de l’économie, le sport croît grâce au «boom persistant des centres de gymnastique et de fitness» ainsi qu’à la hausse soutenue des droits de licence et de sponsoring perçus par les fédérations sportives internationales établies en Suisse.