L’épidémie de coronavirus soumet depuis quelque temps le monde du sport à une pause forcée. Elle s’est en premier lieu imposée aux grandes compétitions, coupables d’agglutiner trop de monde. Puis à l’ensemble des pratiques réunissant des groupes de personnes, adversaires ou simples compagnons d’efforts. L’exercice accompli seul ou en respectant strictement les fameuses recommandations de distance sociale, dans une optique d’entraînement ou de simple plaisir, paraissait épargné.

Il faut répéter qu’une séance de sport à intensité modérée, même réalisée en extérieur, ne présente pas de risque particulier ni de contamination au virus, ni de transmission du virus. Comme dans l’ensemble des activités, il convient simplement de ne pas entrer en contact avec autrui. Mais quelques athlètes et institutions pointent depuis quelques jours un autre danger: celui de la blessure. Qui nécessiterait une prise en charge médicale. Et qui contribuerait donc à engorger un secteur actuellement sous haute tension.

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Le cycliste valaisan Sébastien Reichenbach, membre de l’équipe Groupama-FDJ, a ainsi cessé les sorties sur route et s’en est expliqué cette semaine au Nouvelliste: «J’aurais mauvaise conscience de chuter à l’entraînement et d’occuper bêtement un lit à l’hôpital. […] En Espagne, ils ont menacé les coureurs qui se blesseraient de ne pas être couverts par leurs assurances. En Italie, il n’y a pas de restrictions mais les professionnels qui roulent se font huer par les citoyens. C’est très mal vu.» En France, l’équipe AG2R La Mondiale s’est alignée tout entière sur la même position. Plus de route jusqu’à nouvel ordre; les home-trainers suffiront.

Double risque au grand air

La crainte de la chute et de l’hospitalisation n’a rien d’irrationnel. Selon des chiffres officiels, il se produit en Suisse chaque année quelque 18 000 accidents de vélo, dont 1300 entraînent un traumatisme crânien.

Le cyclisme n’est pas la seule activité vers laquelle les plus actifs des confinés sont tentés de se tourner en cette fin d’hiver ensoleillée. Les conditions météo appellent à profiter des étendues de neige qui scintillent en altitude, ou des parois de grimpe. Mais au grand air, le double risque existe: celui d’oublier les prescriptions de sécurité face au virus, et celui de la blessure.

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En Valais, plusieurs communes ont interdit la pratique des sports de montagne sur leur territoire, tandis que la police cantonale s’est associée aux professionnels des secours ainsi qu’à l’Hôpital du Valais pour «en appeler à la responsabilité ainsi qu’au devoir civique des participants de sports de montagne», car «compte tenu de l’évolution de la pandémie du coronavirus, il est indispensable de ne pas surcharger les urgences des hôpitaux». Ces institutions demandent ainsi à la population «de limiter au maximum certaines activités sportives comme le ski de randonnée, l’alpinisme, l’escalade, le canyoning… et de pratiquer d’autres sports avec prudence». La France a été plus loin, différentes organisations alpines brandissant une pure et simple interdiction d’aller en montagne.

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Rester mesuré

Dans ce cas encore, certains sportifs d’élite profitent de leur position privilégiée pour appeler à la prudence. Dans une série de petites vidéos compilées par le site spécialisé SkiActu, la freerideuse Elisabeth Gerritzen, la championne olympique de ski freestyle Sarah Höfflin ainsi que les skieurs de fond Jovian Hediger et Candide Pralong appellent à ne plus sortir le temps de l’épidémie.

Contacté par Le Temps, l’Office fédéral du sport (OFSPO) renvoie aux recommandations de l’Office fédéral de la santé publique, «appelle au bon sens et demande aux athlètes de pratiquer n’importe quelle discipline avec une certaine prudence». Mais il souligne aussi l’importance de la mesure: «Il y a statistiquement plus d’accidents domestiques que d’accidents sportifs. C’est pourquoi tout travail domestique devrait être interdit à l’heure actuelle. Si nous retirons maintenant aux gens les activités sportives qu’ils peuvent encore pratiquer dans une mesure très limitée, nous leur enlevons aussi la dernière possibilité de se distraire, en particulier pour les enfants.»

Ce message concorde avec celui de l’ensemble des spécialistes et des autorités politiques: sortir faire un peu d’exercice, de manière solitaire et prudente, reste une des rares échappatoires à un quotidien redéfini par l’épidémie.