«Mon objectif? Les Jeux olympiques de Salt Lake City.» Quelques minutes après la deuxième manche de qualification du slalom géant parallèle, disputée vendredi à Leysin dans le brouillard sur la piste de Berneuse, Gilles Jaquet (26 ans) affiche ses ambitions. Des ambitions légitimes, lui qui vient de prendre plus d'une seconde sur les deux manches à son dauphin, Ueli Kestenholz. «Gagner les qualifications, c'est bien, avoue-t-il. Mais pour la finale de ce samedi, les compteurs seront remis à zéro. Alors, si je veux confirmer mon titre mondial ISF (International Snowboard Federation) de géant acquis l'an dernier, je devrai à nouveau être devant demain.»

Déjà présent aux JO de Nagano 1998, le Chaux-de-Fonnier a la ferme intention de revivre l'expérience olympique. Même s'il doit pour cela surcharger son planning en participant à des courses FIS (Fédération internationale de ski). Car victimes de la «guéguerre» qui oppose les deux Fédérations, les «riders» ISF ont l'obligation d'obtenir un minimum de points FIS pour pouvoir représenter leur pays aux Jeux (lire Le Temps du 18 novembre 2000).

Mais il en faut plus pour décourager Gilles Jaquet, deuxième mercredi de la course FIS de Kronplatz, en Italie. «A Nagano, l'ambiance était extraordinaire. Les Japonais, inconditionnels du snowboard, s'étaient déplacés en masse. Un grand moment.» Malgré une élimination dans la première manche du slalom géant, alors qu'il était 3e au temps intermédiaire, le Neuchâtelois garde un excellent souvenir de sa première expérience olympique. «L'entraîneur m'avait dit de tout risquer… et je l'ai écouté, confie-t-il. De toute façon, aux JO, seules les médailles comptent. Il n'était pas question pour moi d'assurer.»

Tempérament de compétiteur

Un épisode qui résume bien le personnage. «J'ai toujours été un gagneur, raconte-t-il. Si tu me proposes de courir jusqu'au départ du télésiège, là-bas, je ferai tout, je dis bien tout, pour arriver premier.» Ce tempérament de compétiteur, indispensable pour réussir dans le sport professionnel, ne l'empêche pas d'accepter la défaite. «J'ai deux grands frères. Gamin, j'ai donc dû apprendre à perdre.» C'est d'ailleurs en compagnie de ces derniers qu'il a commencé à pratiquer le snowboard, en 1986. «A l'origine, on se bricolait des planches en bois pour aller faire de la poudreuse sur les hauts de la Chaux-de-Fonds. Puis, j'ai continué à me faire la main sur les pistes du Chapeau-Rablé, toujours à la Chaux-de-Fonds.» Peu à peu, il entre dans la spirale de la compétition. Et comme sa progression est linéaire, il gravit vite les différents échelons de la discipline. Et lors de la saison 1994/95, il fourbit ses premières armes en Coupe du monde ISF.

Cette passion pour le snowboard n'a jamais été exclusive. Il s'est toujours arrangé pour pratiquer en parallèle une multitude d'autres sports. Jusqu'à l'excès parfois. «Je pratique le judo, l'athlétisme, le tchouk-ball (n.d.l.r.: il a même fait partie de l'équipe nationale dans ce sport), la planche à voile, le wakeboard… Et à l'Université, j'ai choisi l'option sport en complément de ma licence en mathématiques et en physique. Cette hyperactivité sportive m'a d'ailleurs coûté cher. Blessé au dos, j'ai du faire une croix sur la saison 1998/99.» Mais le «rider» neuchâtelois a su rebondir, lui qui remporté sa première épreuve de Coupe du monde en décembre 1999 à Laax. «Assurément mon meilleur souvenir, raconte-t-il. Mais, pour moi, le snowboard ne s'arrête pas à la compétition. Je ne peux pas me passer du sentiment de liberté que procure le freeride.»

L'X-treme incognito

Le freeride, justement. Le public aura-t-il un jour la possibilité de voir Gilles Jaquet participer à l'X-treme de Verbier au Bec-des-Rosses? «Non. Je le ferais volontiers, mais pas à la vue de tous. Je préférerai y aller incognito avec comme guide mon pote Gilles Voirol (n.d.l.r.: qui fait partie des meilleurs freeriders de la planète).» Son amour pour son sport ne l'empêche pas de penser – déjà – à sa reconversion. «Je ne sais pas vraiment de quoi mon avenir sera fait, concède-t-il. Mais je ne me fais pas trop de souci. Il ne me reste plus qu'un examen à passer pour obtenir ma licence. J'aimerais bien la terminer, c'est toujours un plus. Mais je me vois très bien travailler dans l'univers du snowboard. Si on me fait une offre intéressante, je n'hésiterai pas une seconde.»