«Good morning, Mr. Roy. Une formation hostile, Langnau, s'oppose aux ambitions de Fribourg-Gottéron. Votre mission, si vous l'acceptez, consiste à contrecarrer ses projets et à qualifier votre équipe pour les play-off de ligue nationale A (LNA) de hockey sur glace. Pour y parvenir, vous n'aurez droit qu'à une seule chance: samedi soir sur la glace de Saint-Léonard. Vous serez épaulé dans votre entreprise par vos équipiers habituels, à l'exception de Gil Montandon, toujours blessé. Comme d'habitude, si l'un des membres de votre IM (Impossible Mission) Force devait manquer à sa mission, la direction du club nierait avoir eu connaissance de vos agissements.»

Jean-Yves Roy, le «key-player» canadien de Fribourg Gottéron, n'a pas attendu la séance d'entraînement de ce samedi matin pour prendre connaissance de son ordre de mission. Son entraîneur lui a demandé dès vendredi de se «tenir prêt» à participer au grand rendez-vous de cette fin de tour qualificatif. «Et cela n'a rien à voir avec le fait que je fête mes 32 ans ce samedi», s'amuse le Canadien.

Le doute concernant son éventuelle participation était difficilement permis, si l'on en croit le sourire de Serge Pelletier, jeudi soir à Zurich. Après quatre matches de suspension, l'auteur de 25 buts cette saison (pour un total de 40 points) est d'évidence attendu comme l'un de ceux, si ce n'est celui qui peut propulser l'équipe au paradis, au terme du week-end de la dernière chance. L'objectif: donner à son équipe les quatre points qui lui manquent pour sauver ce qui peut l'être d'une saison sans gloire. Etant entendu qu'une défaite samedi serait synonyme d'élimination.

Le Canadien de retour, Serge Pelletier devra néanmoins choisir lesquels de ses trois autres étrangers il décidera d'aligner, samedi contre Langnau, puis dimanche à Rapperswil. Titulariser Thomas Ostlund dans les buts, donc exclure l'un des deux autres attaquants Craig Ferguson ou Craig Parks? Ou au contraire miser sur la créativité d'une triplette offensive au complet? «Cela fait quatre matches que Jean-Yves ronge son frein, commentait l'entraîneur fribourgeois jeudi soir. C'est sûr qu'il a envie de jouer. Il va falloir faire le bon choix.»

«Ces quatre matches en spectateur – Jean-Yves Roy a été suspendu pour un coup de crosse asséné au Zougois Patrick Sutter – ont été pénibles à regarder», confesse le Canadien. On a peu de mal à le croire: Gottéron les a perdus les quatre. «Ce n'a pas été facile de se sentir inutile, surtout à Coire.» Son sentiment de culpabilité vite ravalé, il insiste sur le fait que son geste contre Sutter n'était «pas intentionnel».

A la veille de ce week-end de la dernière chance, l'attaquant de Gottéron (il vient de resigner pour la saison prochaine) n'est pas du genre à trahir d'éventuels états d'âme. Pour lui, le rendez-vous contre Langnau est un match «comme n'importe quel autre». «Personnellement, je joue d'une seule façon, et ce n'est pas demain que je vais en changer. J'essayerai d'apporter ce que j'apporte à l'équipe d'habitude. Si c'est suffisant, tant mieux. Sinon, il faudra aller puiser un peu plus profond.»

L'ancien joueur de Villach et de Cologne sait de quoi il parle. Il est cette saison l'archétype du leader qui faisait tellement défaut à Gottéron les années passées: un technicien redoutable, rapide et déterminé; un joueur qui apporte son «punch offensif», selon sa propre expression, cultivé sur les patinoires de National Hockey League (une soixantaine de matches avec Boston, Ottawa et New York Ranger). Son début de championnat a été en deçà des espérances placées en lui. La faute à une blessure au coude qui l'a obligé à une certaine retenue. Mais l'homme est resté discret. Pas envie qu'on lui prête des excuses que lui-même ne se cherchait pas. Et puis, quand batailler dans les bandes ne lui a plus fait redouter une rechute, Jean-Yves Roy a donné toute sa mesure.

Ce samedi, jour de son anniversaire, le Canadien sera légitimé à ne pas faire de cadeau. Si ce n'est à lui-même: une place en play-off.