Football

La SSR récupère les restes de la Ligue des champions

Le service public diffusera finalement 31 matches de la plus prestigieuse compétition européenne de clubs lors de la saison 2018-2019. L’occasion pour la SSR de rappeler que son offre sportive reste, malgré tout, unique au monde

Il lui aura fallu une semaine pour répliquer. Après s’être fait ravir les droits de diffusion de la Ligue des champions et de l’Europa League par Teleclub, la SSR a annoncé jeudi être parvenue à limiter les pertes.

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Sur les 343 matches de football européen acquis par la chaîne sportive de Swisscom, certains ont été négociés en co-exclusivité avec TEAM Marketing, l’agence mandatée par l’UEFA pour commercialiser ces images. Une co-exclusivité qui a finalement permis à la SSR de récupérer quelques restes. Parmi eux, 31 matches de Ligue des champions.

Offre réduite

A partir de la fin de l’été 2018, le service public diffusera donc un match de la plus prestigieuse des compétitions européennes de clubs en direct le mercredi soir et un autre d’Europa League le jeudi. Le programme de ces deux soirées sera complété par les résumés des autres rencontres. La SSR sera libre de choisir l’affiche qui lui convient pour la rencontre du mercredi.

Après le passage de ces deux compétitions en main d’une télévision payante, cette annonce s’apparente à une bonne nouvelle pour les téléspectateurs suisses. Mais elle est à mettre en perspective. En effet, à partir de la saison 2018-2019, les horaires de la Ligue des champions seront modifiés. Certains matches se joueront à 19h, d’autres à 21h. La SSR ne sera donc en mesure de diffuser qu’un match sur quatre. L’offre sur le site internet sera également réduite au strict minimum. Les internautes ne pourront plus regarder une confrontation européenne différente de celle qui est diffusée à la télévision, comme c’est parfois le cas actuellement.

La SSR évoque une «surenchère»

Néanmoins, dans une vidéo publiée ce jeudi sur le site de la RTS, Massimo Lorenzi, le chef de la rédaction sportive de la RTS, répète ce qu’il disait déjà la semaine dernière: «Nous sommes la seule télévision de service public au monde à diffuser en clair les matches de Ligue des champions et d’Europa League.» Et ajoute: «Il y a une surenchère dans les droits du football à la TV. Nous ne voulons et ne pouvons pas l’alimenter.»

Enfin, il milite pour sa paroisse, en s’adressant directement aux téléspectateurs: «La SSR a une offre sportive unique par sa diversité. Si nous avons réduit notre offre dans le football, c’est pour continuer à vous proposer du ski alpin, du cyclisme, de l’athlétisme, de la moto, de la F1. […] Il faut penser à tous les publics, je crois que tout le monde peut s’y retrouver.»

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«Gagner quelques voix»

Un message qui, à l’heure de l’initiative «No Billag», trouve un certain écho. Cette «bonne nouvelle pour les fans suisses de foot», comme présenté dans le communiqué, irrite les opposants à la redevance. «J’ai envie de répondre: mauvaise nouvelle pour tous les autres qui vont devoir financer une compétition qu’ils n’apprécient pas», indique le conseiller national Philippe Nantermod (PLR/VS), membre du comité d’initiative. Le Valaisan se réjouit de la réduction du nombre de matches diffusés. Mais selon lui, l’annonce de cet accord n’est pas sans intérêt pour la SSR. Dans la perspective d’une votation, vraisemblablement en 2018, cet argument pourrait jouer en sa faveur. «Comme beaucoup de gens regardent le football, cela permet de gagner quelques voix», suppose-t-il.

Philippe Nantermod regrette par ailleurs le manque de transparence du service public sur la somme engagée. Le montant de ce nouvel accord reste en effet confidentiel, comme c’est la coutume dans ce genre de transaction avec l’UEFA. On ne connaît pas non plus la somme que versait la SSR jusqu’ici à la fédération sportive pour diffuser l’intégralité de la compétition. Selon plusieurs médias, Teleclub aurait déboursé 20 millions de francs pour rafler la mise.

«C’est révoltant»

Nicolas Jutzet, président du comité romand de l’initiative «No Billag», estime que le service public ne devrait pas interférer dans la bataille qui oppose Teleclub et UPC pour attirer de nouveaux clients. «Bien évidemment, la SSR n’est pas le problème en tant que tel, mais sa source de financement coercitive lui donne des avantages que d’autres ne possèdent pas. Aujourd’hui, c’est la victoire du rentier face à celui qui prend des risques. Le tout sur le dos du contribuable. C’est révoltant», juge-t-il.

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La SSR a dépensé 210 millions de francs pour l’ensemble de ses programmes sportifs en 2016. C’est 30 millions de plus qu’en 2015. Et cela représente 13% du total de ses charges annuelles. Un budget excessif pour ceux qui veulent la mort de la redevance. Avec une question lancinante: la diffusion de la Ligue des champions répond-elle à une mission de service public? Pour Nicolas Jutzet, la réponse est clairement non. «Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder ce qui est fait au-delà de nos frontières. Le football est diffusé sur des chaînes privées. Chacun doit payer pour ses hobbies. Personne ne trouverait normal que ce soit à la collectivité de payer les abonnements de football pour aller voir Lausanne ou Neuchâtel jouer à la Pontaise ou à la Maladière», affirme-t-il.

Quid des compétitions majeures comme la Coupe du monde ou les Jeux olympiques, qui voient des équipes nationales s’affronter et qui intéressent le plus grand nombre? Les opposants à la redevance peinent à définir une ligne claire. Pour le moment, Teleclub ne compte pas grignoter cette part du gâteau. «En ce qui concerne ces événements, la notion de service public reste importante», indiquait Sven Schaeffner, responsable de l’acquisition des droits sportifs pour la filiale de Swisscom.

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