La sanction est tombée hier. Le patron du Servette FC ne disposera plus de la concession lui permettant d'exploiter le Stade de Genève. Elle a été résiliée mardi par la Fondation du Stade pour le 31 janvier 2005. Motifs invoqués: la Société d'exploitation du stade (SESGE) n'a pas honoré le paiement de la redevance en dépit d'une mise en demeure formelle établie au début octobre et échue au 15 décembre.

«Un acte de défense»

Dès le mois de février, c'est donc la Fondation qui gérera l'infrastructure de la Praille, et c'est à elle que le Servette FC devra verser les 40 000 francs par match pour couvrir les coûts d'utilisation de l'infrastructure. Pour le ministre de tutelle de la fondation, Laurent Moutinot, cette résiliation n'est que la conséquence logique des avertissements donnés par le passé. «La décision de la Fondation n'est qu'un acte normal de défense des intérêts publics. Il y a quelques mois, nous avions dit à la Fondation que la fermeté s'imposait à l'égard de la SESGE. Le rapport de la commission de contrôle de gestion a abouti aux mêmes conclusions.»

A la fin de l'année, le montant de la redevance due s'élèvera à quelque 220 000 francs. Depuis l'arrivée de Marc Roger à la tête de la SESGE qu'il avait rachetée pour un franc symbolique, «le propriétaire du stade n'a pas touché un seul centime», déplore l'avocat de la Fondation, Philippe Burnand. Mark Schipperijn est pour sa part catégorique. Il est impossible de maintenir les relations avec la SESGE. Plusieurs engagements ne sont pas respectés, précise le président de la Fondation du Stade: «Hormis la redevance impayée, les accords passés entre la Société d'exploitation et les prestataires du stade n'ont pas été respectés. Aucune activité n'a été développée depuis l'arrivée de Marc Roger. Les principes de gestion en matière de sécurité ont été bafoués, et enfin la SESGE ne s'est pas donné les moyens tant matériels qu'humains nécessaires à une exploitation professionnelle du stade.» D'autres griefs s'ajoutent à cette litanie d'engagements non honorés. Marc Roger n'a toujours remis aucun business plan au propriétaire de l'enceinte de la Praille.

Malgré cette mesure énergique, Mark Schipperijn ne cache pas que la Fondation se trouve dans une situation difficile, qu'une anecdote permet d'illustrer. La Société d'exploitation de Marc Roger n'a pour l'heure toujours pas rempli les citernes de mazout. En soi, cette omission n'aurait rien de dramatique d'un point de vue financier, puisqu'un remplissage ne coûte que quelques milliers de francs. Elle provoque pourtant un risque d'explosion des conduites et des sprinklers en cas de gel.

«Congé représailles»

Du côté de Marc Roger, la résiliation de la concession d'exploitation ne laisse pas de marbre. Pour son avocat, cette résiliation viole des dispositions du droit du bail à ferme. Me Dominique Warluzel précise que Marc Roger a saisi le Tribunal des baux et loyers pour exiger une baisse du loyer du stade, jugeant le stade non conforme à l'usage promis. «Une résiliation dans ces circonstances équivaut à un congé représailles. Elle est annulable», estime Me Warluzel. Une plainte pénale sera dès lors déposée contre la Fondation du Stade qui a pris une mesure «destinée à punir un locataire». Ce dernier épisode dans le feuilleton du stade pourrait avoir des conséquences en cascade. Au niveau de la gestion du stade et au niveau politique.