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Le public américain - ici lors du Superbowl - n'est pas le même que celui qu'on trouve en Europe.
© Reuters/Richard Carson

C’est l’Amérique

Dans les stades modernes, le sport est secondaire

Outre-Atlantique, les disciplines les plus populaires comprennent des pauses qui incitent les spectateurs à profiter des nombreux à-côtés prévus pour se divertir. Cela contraste avec l’Europe, où le fan de foot ne va au stade que pour le match

En regardant attentivement la finale de la Ligue des champions entre le Real Madrid et la Juventus Turin, je me suis mis à observer à distance les agissements de la foule. Le stade était bondé de supporters des deux clubs, survoltés à l’idée de voir leurs favoris remporter ce match ultime. Et ils étaient également tous assis sur leur siège, fidèles et ponctuels dès les premiers instants de la partie. Ce qui attira particulièrement mon attention.

En effet, il existe plusieurs différences entre les habitudes des «partisans» en Amérique et en Europe au niveau de la culture, des traditions et de la manière de consommer le sport. Bien que tous souhaitent ardemment la victoire de leur équipe, les Européens accordent beaucoup plus d’importance au résultat de la rencontre, alors que les Américains, tout en désirant gagner, attendent davantage un spectacle et une expérience qui ne se limitent pas uniquement au score.

Investissements importants

En Europe, on semble prioriser la compétition; peu importe si le match se déroule dans un stade vieillissant sans technologie moderne et sans restauration alléchante. Les Européens sont moins habitués aux avant-matches à l’américaine, lors desquels l’audiovisuel et le spectacle sont des éléments cruciaux. Il y a plus de stades modernes aux Etats-Unis, et donc plus d’efforts consentis en matière d’écrans géants, de son et de lumière. La raison pour laquelle on investit autant dans les enceintes sportives: augmenter par tous les moyens la valeur perçue par le consommateur de sport.

Les responsables cherchent à accroître la diversité des spectateurs en attirant les moins passionnés, qui veulent simplement passer une belle soirée de divertissement. Souvent, l’expérience globale autour du match est la plus significative pour les consommateurs d’aujourd’hui, tant il est devenu facile de se distraire durant une compétition. On veut suivre un match tout en faisant du business, du réseautage, tout en utilisant les réseaux sociaux sur nos téléphones mobiles, en profitant du wi-fi disponible partout.

Avec les stades actuels, construits à coups de centaines de millions de dollars, les espaces hospitalité, restauration et vente de produits dérivés deviennent ultramodernes et très courus. Ils sont cruciaux afin de générer de fortes augmentations de revenus pour les propriétaires. On peut choisir au sein d’une immense sélection de boissons (café, bière, boissons alcoolisées) et de nourriture dans l’enceinte même des stades. Le supporter américain y vient non seulement pour suivre une rencontre mais aussi pour déguster un repas et boire un verre. Des points de vente, des coins «médias sociaux», et des activités organisées par des partenaires offrent d’autres sources de distraction.

Des pauses par dizaines

Les sports nord-américains – notamment le baseball, le basketball, le football américain et le hockey sur glace – sont eux-mêmes pensés pour que les spectateurs puissent profiter de tous ces à-côtés. Les rencontres ne s’y jouent pas de façon continue sans interruption. Ils sont structurés en périodes, en manches et en quarts de jeu. Le chronomètre s’arrête constamment, surtout au football américain, ce qui occasionne plusieurs pauses permettant aux entraîneurs de donner quelques consignes et surtout aux partisans de se balader dans le stade. Cette situation est encore plus évidente au baseball où il y a une pause naturelle, comme au tennis, entre chaque demi-manche de jeu.

Dans les sports nord-américains, les rencontres sont rythmées par des dizaines de pauses publicitaires obligatoires pour la télédiffusion, ce qui contribue à la tendance de porter moins d’attention au jeu en lui-même. Au contraire, le foot en Europe s’arrête uniquement à la mi-temps – pas question de rater un moment du match! Avec la popularité croissante de la Major League Soccer en Amérique, on peut imaginer que les partisans s’adapteront et seront petit à petit moins en mouvement lors des matches de foot…

Que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord, lorsqu’un fan de sport prend la décision d’assister à une compétition dans un stade, c’est qu’il souhaite partiellement se détacher du train-train quotidien. Il veut fuir la routine et se faire plaisir. Ses trois heures d’évasion représentent donc davantage un moyen de se départir temporairement des responsabilités qui l’attendent au boulot et à la maison, pour lui, qu’un enjeu sportif primordial. Dans les stades modernes, le sport a parfois un rôle secondaire et les amateurs s’y montrent plus tolérants avec leur équipe en cas de mauvaise performance.


* Ancien directeur du bureau NBA Europe à Genève (basket), vice-président des Canadiens de Montréal (hockey), président des Alouettes de Montréal (football américain) et membre du Comité olympique canadien, Ray Lalonde est consultant indépendant en management du sport.

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