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Stan Wawrinka et son coach Magnus Norma posent avec le trophée remporté par le joueur après sa victoire contre Novak Djokovic à Roland Garros le 7 juin 2015.
© Pool

Tennis

«Stan est encore imprévisible mais c’est aussi ce que les gens aiment chez lui»

Depuis deux ans, Magnus Norman est l’entraîneur qui fait gagner Stan Wawrinka. En marge des Masters de Londres, le Suédois s’est longuement confié au Temps sur sa relation avec le vainqueur de l’Open d’Australie et de Roland-Garros

C’était lundi 16 novembre, à The 02, la salle où se déroulent les Masters. Stan Wawrinka n’avait pas encore disputé son premier match, si sèchement perdu contre Rafael Nadal que beaucoup d’observateurs crurent qu’il avait «balancé» la partie. Entre un entraînement, un câlin à ses petites jumelles et la rencontre Murray-Ferrer à observer, Magnus Norman a accordé au Temps un long moment dans le salon des joueurs. Pour parler ouvertement de Stan, de son rôle de coach, de leur binôme. Avec toute l’humilité et la sincérité qui caractérise le Suédois. Si proche de son poulain…

– Il y a deux ans, alors que Stan Wawrinka disputait ici son premier Masters, vous nous disiez espérer de belles choses à venir. Vous imaginiez deux titres du Grand Chelem?

– Pas vraiment. Honnêtement, nous n’avions pas une victoire en Grand Chelem dans le viseur. Il y a tellement de bons joueurs en ce moment. Notre objectif était de progresser quotidiennement. Je savais qu’il avait potentiellement de belles choses entre les mains. Mais qu’il décroche deux Majeurs en si peu de temps, je ne m’y attendais pas.

– Sa progression depuis deux ans est-elle technique ou mentale?

– C’est une combinaison de plusieurs facteurs. Sa progression est due à tout le travail accompli depuis des années, avant même que je n’arrive, notamment avec Pierre Paganini. Et tout s’est bien mis en place grâce au fait qu’il est devenu plus fort mentalement et physiquement. Aujourd’hui, il joue clairement mieux au tennis. Il est capable de choses que je ne le voyais pas faire il y a un an. Et il gère mieux aussi. Il a dit être fatigué mentalement après Roland Garros mais malgré cela, il a joué plutôt bien au Queens et à Wimbledon.

– A-t-il mieux géré cette victoire parisienne que celle de Melbourne?

– Après l’Australie, il était vidé. Il a eu besoin de temps pour s’en remettre. Il a mieux digéré Roland-Garros parce qu’entre-temps, il a compris qu’une victoire en Grand Chelem ne change pas radicalement sa vie. Il y a toujours autant de joueurs décidés à le battre, il doit continuer à travailler, à se préparer le mieux possible, à développer son jeu, etc.

– Au début de votre collaboration, vous disiez vouloir lui apprendre à être plus méchant sur le court…

– Oui… à être comme un tigre. Et je pense que c’est quelque chose qu’il a intégré. Prouver à tout le monde et surtout à lui-même qu’il veut vraiment gagner. Avant, il montrait parfois des signes de fragilité sur le court et se laissait facilement déstabiliser. C’est quelque chose que j’avais remarqué lorsque j’étais le coach adverse. Il manquait d’agressivité sur les points importants. Les meilleurs ne font aucun cadeau; tu dois mériter ta victoire et pour ça, il faut être en mode agressif.

– Aujourd’hui, on a le sentiment que l’issue du match, gagner ou perdre, ne dépend que de lui.

– Peut-être pas de gagner ou pas le match mais de réaliser une bonne performance, oui, c’est totalement entre ses mains. Les trois meilleurs joueurs perdent parfois mais ne font jamais de mauvaise performance. Il arrive encore à Stan de faire de mauvais matches où il ne parvient pas à exprimer ce dont il est normalement capable. S’il parvient à améliorer ça, il trouvera la régularité. En même temps, ce côté imprévisible, c’est ce que les gens aiment chez lui. Ils se demandent si ce sera le bon ou le mauvais Stan. C’est intrigant. Et quelque part, il est comme ça. C’est dans sa personnalité.

– Comment gérez-vous cette inconstance?

– On s’adapte. Quand j’étais joueur, je n’étais pas le gars le plus facile à gérer. Avant un match, je pouvais être très dur. J’étais concentré, dans mon monde, et pas très avenant si on venait me déranger. Les joueurs sont sous pression en permanence, se doivent de réussir jour après jour. En tant que coach, on ne doit pas oublier ça. On doit apprendre à connaître son joueur et s’adapter.

– Vous avez pas mal de points communs tous les deux. Ça aide…

– Absolument. Je saisis bien sa personnalité. Parfois, nous n’avons même pas besoin de mots pour échanger. Je sais quand je peux rester en retrait ou quand au contraire je dois le pousser, être un peu plus dur dans mes paroles et mes gestes. Je perçois plein de similitudes entre sa manière de gérer la pression et la mienne à l’époque.

– Est-il important d’avoir été joueur?

– Ce n’est pas indispensable pour être un bon coach, parce que tellement de choses entrent en ligne de compte: comment tu communiques, perçois le jeu, enseignes, comment tu te comportes etc. Mais ce n’est pas un désavantage. Et avec Stan, je pense que c’est plutôt une bonne chose car je sais comment il peut se sentir avant un grand match. Cela m’aide à bien le comprendre.

– Sa victoire à Roland Garros, où vous aviez perdu deux fois en finale comme joueur puis comme entraîneur, fut très importante pour vous.

– J’ai regardé à nouveau sa finale il y a quelques jours. La manière dont il a réagi, le fait qu’il se rende compte de ce que ça représentait pour moi et qu’il ait ces mots à mon égard m’ont beaucoup touché. C’était un moment à part, vraiment.

– Plus fort encore que le premier titre à l’Open d’Australie?

– Oui parce qu’à Melbourne, même si nous étions super contents, on n’osait pas être trop démonstratifs sur le court et dans les vestiaires parce qu’on savait que Rafa était blessé. Tu n’as pas envie de gagner de cette façon. A Roland Garros, il a pu gagner «normalement», en battant le numéro 1 mondial, qui était le grand favori et qui était invaincu depuis un moment. Un exploit d’une grande valeur.

– Etes-vous d’accord pour dire que son «body langage» sur le court en dit long sur sa forme et son état d’esprit dans un match?

– Absolument. On voit immédiatement si c’est un bon ou un mauvais jour. C’est pour ça aussi que je veux qu’il ait ce côté tigre sur le terrain car c’est comme cela qu’il est bon. S’il est trop en dedans et ne montre rien, ça peut vite mal tourner. Et ça donne l’impression qu’il s’en fiche alors que ce n’est pas du tout le cas. S’il parvient à ne pas laisser filer ce qui est entre ses mains, il peut être redoutable. Même quand il ne joue pas très bien, s’il a l’esprit combatif, s’il est concentré et déterminé, Stan devient très difficile à battre.

– Comment abordez-vous les matches contre Roger Federer?

– Ils ont partagé énormément de choses, ils s’entendent super bien, on s’entraîne beaucoup avec Roger et son équipe. C’est forcément étrange d’affronter quelqu’un dont tu es si proche. J’ai connu ce genre d’émotions et de sentiments en tant que joueur. Tu n’oses pas trop manifester quand tu gagnes un point. En plus, avec Roger, on parle du meilleur joueur de tous les temps. Le jouer est compliqué pour Stan. Même si je sais que les émotions seront différentes, j’essaie de le préparer comme s’il devait jouer contre Djokovic, Murray ou Nadal. Tout en tenant compte du fait que Roger est capable de faire des choses avec la balle que personne d’autre ne peut faire.

– Que vous inspire Federer qui parvient encore à inventer de nouvelles choses comme son retour «sabre»?

– C’est fascinant de voir le meilleur joueur de tous les temps chercher encore de nouvelles solutions. C’est une source d’inspiration. Quand je jouais, j’ai pu observer la même chose avec Agassi. La manière dont il parlait des cordages, dont il s’impliquait pour évoluer.

– Stan est un de rares joueurs à vraiment gêner Djokovic. Est-ce quelque chose que vous avez travaillé?

– Non. C’était déjà en place. Le pas en avant est mental. Avant, il était capable de disputer un grand match contre lui mais pas forcément de le gagner. La différence est là.

– Et le déclic est venu après le fameux match perdu contre Djokovic à Melbourne…

– Il a cette grande capacité à apprendre de ses erreurs et défaites. Il parvient à voir les choses de l’extérieur, malgré l’aspect émotionnel. Il m’en parle en adulte et on en discute pour voir ce qu’il faut changer pour la fois suivante. Je n’avais pas cette capacité à prendre du recul.

– Si vous étiez joueur aujourd’hui, feriez-vous les choses différemment?

– Totalement. Mon expérience de coach depuis 7 ou 8 ans me fait réaliser tout ce que je n’ai pas fait juste. Notamment tout ce qui touche à l’entraînement, quand, comment etc. Je changerais énormément de choses.

– Le coaching varie-t-il beaucoup d’un joueur à l’autre?

– Oui parce que la relation est différente. Robin Söderling vivait dans la même ville que moi. Avec Stan, la distance géographique nécessite une organisation différente. L’âge et la personnalité sont aussi des éléments qui entrent en ligne de compte. Même si ma philosophie de coach reste la même, je dois l’adapter au joueur.

– Quel a été votre apport dans la progression de Stan?

– Il était déjà un excellent joueur. Si on compare son tennis entre sa défaite contre Novak en janvier 2013 et sa victoire contre lui un an plus tard, il est le même. Mais je l’ai aidé à gagner. C’est une question de confiance. Ça joue sur l’attitude, la manière d’aborder le match et de gérer les points importants. C’est à ce niveau-là que j’ai apporté quelque chose.

– L’année a été compliquée sur le plan privé et parfois ça a un impact sur ses matches…

– Ce genre de choses arrive malheureusement. Mais la vie continue et c’est mon rôle de coach de faire en sorte qu’il sente le mieux possible. Parce que je sais que quand il se sent bien, il peut réaliser de grandes choses.

– Quelle est sa marge de progression?

C’est difficile à évaluer mais c’est clair qu’il a encore soif de progrès et donc envie d’améliorer des choses dans son jeu. Nous savons déjà ce que nous allons travailler cet hiver. C’est aussi ce qui rend le travail avec lui passionnant.

Quels sont les points forts et les faiblesses du duo que vous formez avec Wawrinka?

– Notre force: être assez semblables. Cela me permet de vraiment bien le comprendre. Nous sommes tous les deux des bosseurs prêts à travailler dur pour arriver à nos fins. Notre timidité et discrétion peuvent être parfois un point faible.

– Il lui a fallu du temps pour vous convaincre de travailler avec lui…

– Pour des raisons familiales. Au début, je ne devais être là que quelques semaines par an. Mais ensuite, j’ai réalisé que quand je fais quelque chose, j’ai envie de le faire vraiment bien et m’impliquer complètement. Du coup, je passe plus de temps avec lui. Mais ma famille l’accepte bien et je les emmène parfois avec moi comme ici à Londres. Ça se passe très bien. Stan est très compréhensif et arrangeant. J’estime avoir beaucoup de chance de travailler avec quelqu’un comme lui. Il est honnête et quand quelque chose ne va pas, il le dit. C’est précieux. J’aime cette relation franche que nous avons.

– Auriez-vous déjà arrêté si les résultats n’avaient pas été aussi probants?

– Non parce que ce qui me nourrit, c’est l’engagement du joueur, sa volonté de progresser. J’aime l’idée d’un challenge. C’est une source d’énergie. J’ai déjà hâte d’aller à Genève en décembre et de travailler de nouvelles choses.

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