Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Stan Wawrinka: «Il faut avancer en veillant à ce que le corps et le mental récupèrent en même temps.»
© LUKAS COCH/EPA

Tennis

Stan Wawrinka: «C'est une question de rythme, je dois avancer sans me précipiter»

A Monte-Carlo, où il s’entraîne pendant que ses collègues jouent, Stan Wawrinka évoque son retour imminent, raconte ses longs mois de reconstruction, ses attentes, ses doutes

Stan Wawrinka va mieux. Son moral, comme le ciel, est passé du gris au bleu. A l’exception d’un petit problème au mollet qui l’a empêché de s’entraîner comme il l’aurait souhaité ces derniers jours, le Vaudois suit sa feuille de route. A Monte-Carlo, où il peaufine sa préparation et prépare son retour, prévu début mai à Madrid, il a accepté de s’asseoir longuement sur la terrasse du restaurant des joueurs pour parler au Temps et faire le point, raconter ces longues semaines d’effort et de travail intense pour panser son genou afin de retrouver son tennis.

Le Temps: Avec le recul, était-ce une bonne chose de reprendre si tôt à Melbourne?

Stan Wawrinka: Oui. Je ne regrette pas cette décision. Pour plusieurs raisons. D’un point de vue médical, c’était important de pouvoir tester mon genou en compétition et à l’entraînement, de voir comment il se comporterait en situation réelle. C’est aussi pour cela que je suis allé à Sofia et que j’ai enchaîné trois semaines de tournoi. Moralement aussi, c’était important de retrouver le soleil et la compétition, de pouvoir me tester et voir si mon niveau de jeu était là. Mon erreur a peut-être été d’ajouter encore Marseille. En même temps, c’est là-bas que j’ai eu la confirmation qu’il valait mieux ne pas aller à Indian Wells et à Miami. Je n’ai donc aucun regret car je n’ai jamais fait de pas en arrière avec mon genou. Et ça, c’est essentiel. Notre but depuis le début est d’éviter de devoir faire marche arrière parce qu’on aurait trop forcé.

Marseille a été un moment difficile?

Oui, c’était dur. Parce qu’on a toujours envie de plus, envie que ça avance plus rapidement. Mais malheureusement une blessure comme celle-là, avec une aussi grosse intervention, nécessite énormément de temps.

Que tire-t-on d’une aussi longue coupure? Cette blessure vous change-t-elle comme joueur et comme homme?

C’est une expérience de vie. Le rythme que l’on a l’habitude de suivre depuis quinze ans s’arrête complètement. Pour le moment, je ne peux pas estimer ce que j’en retirerai parce que je suis trop dans l’instant présent à essayer de progresser et de trouver des solutions. Les journées sont remplies avec les entraînements, les soins, etc., et moralement, elles sont épuisantes.

Qu’est-ce qui est le plus dur?

De repartir de zéro et d’accepter de devoir faire beaucoup plus d’efforts pour des gains moindres. Pour une heure de physique, il y a deux heures de soins. Et paradoxalement, on n’a jamais de temps pour soi. Il faut répartir les obligations différemment. Et comme le corps n’est plus habitué, on dépense plus d’énergie pour faire moins. Le cerveau recherche ses repères et ça épuise. C’est pour cela qu’il est important de viser le long terme et de ne pas aller plus vite que la musique. C’est une question de rythme: il faut avancer en veillant à ce que le corps et le mental récupèrent en même temps pour qu’ils soient frais à chaque entraînement.

Avez-vous l’impression de devenir plus philosophe, d’apprendre à relativiser?

C’est clair que j’ai eu assez de temps pour penser à beaucoup trop de choses. On va dire ça comme ça… Le fait d’avoir été hors compétition si longtemps m’aura rempli d’une certaine énergie. Car même si cette période use mentalement, elle ressource. J’ai été obligé de ralentir, de calmer les voyages, je n’ai plus le stress des matches, donc probablement que cela m’offrira une certaine fraîcheur.

Quelles sont vos attentes?

Mon objectif, c’est de revenir à 100%, à mon meilleur niveau. Est-ce que cela va prendre un mois ou six mois? Cette année sera forcément une année de transition. Mon rêve est de pouvoir faire monter un peu la pression et d’arriver en fin de saison en me sentant bien, en ayant enchaîné des victoires. J’aimerais pouvoir me dire: «Peu importe le classement, je suis au top physiquement et je peux préparer 2019 sereinement.» C’est l’idée, mais peut-être que je vais gagner beaucoup de matches cette année ou connaître pas mal de hauts et de bas.

Connaissez-vous des moments de découragement?

Oui, bien sûr. Quand je pense aux efforts qu’il faut fournir, je me pose des questions. Il faut pousser, encore et encore. Je suis tout le temps dans le dur et oui, par moments, je me suis demandé si j’avais encore l’énergie et la patience de donner autant pour continuer.

Et dans ces moments-là, qu’est-ce qui vous aide à continuer?

L’envie de rejouer un match, la pression. J’ai vécu des moments incroyables. J’ai eu la chance de remporter de très gros tournois. C’est un tout qui me grise. Le stress d’avant-match, jouer devant du public, le jeu, trouver des solutions pour battre l’adversaire. Tout ça me manque.

Vous êtes toujours sans coach…

Il y a des pistes et des contacts mais rien de concret. Jusqu’ici, ça allait très bien avec Pierre Paganini [son préparateur physique, ndlr] et Yannick Fattebert [son entraîneur, ndlr]. Il n’y avait pas assez de tennis pour que l’absence d’un coach se fasse sentir. Maintenant, je commence à avoir besoin d’un deuxième regard parce que ça devient plus concret. C’est pour ça que je cherche plus activement.

Votre regard sur le circuit a-t-il évolué durant cette absence?

J’ai pris conscience à quel point je suis bien sur le circuit. Surtout quand tu gagnes des tournois et des Grand Chelems. Je ne crois pas que mon regard ait changé. J’ai envie de dire, heureusement que Roger [Federer] et Rafa [Nadal] (il fait un signe de la tête pour désigner l’Espagnol en train de jouer aux Parchis avec Carlos Moya et son père) ont tout raflé! Ça a donné du peps au circuit. Car sinon, à part l’Open d’Australie remporté par Roger qui était vraiment un beau tournoi à regarder, et Rotterdam où il récupère la place de numéro un, le reste était un peu fade.

Pourquoi?

On vit un tournant. Il y a quatre joueurs qui ont dominé le tennis pendant dix ans et quand ils ne sont pas là, il y a un manque. Paradoxalement, ceux qui sont censés prendre la relève n’en profitent pas. Est-ce qu’ils se mettent trop de pression? En tout cas, les tournois sont plus intéressants quand Roger et Rafa sont là. Quand je vois Roger jouer en Australie, je me dis que sa marge de tennis, de physique et de connaissance du jeu est énorme sur tous les autres. Et ça, moi, ça m’impressionne. Lui et Rafa font tout mieux que les autres. On le voit encore ici sur terre avec Nadal. S’il n’a pas de pépin physique, ça va être très très compliqué d’aller le chercher. Le tennis doit évoluer mais la transition n’est pas évidente.

Si vous deviez choisir une chose que vous rêvez d’accomplir?

Je ne rêve jamais d’accomplir quelque chose de précis. Je ne me fixe pas d’objectif, mais ne me mets pas de barrière non plus.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL