Tennis

Stan Wawrinka, la force de l’habitude

Le Vaudois est à nouveau en quart de finale de Roland-Garros, il a encore battu Gaël Monfils (7-5 7-6 6-2), il n’a toujours pas perdu un set. Parce qu’il y a plus que du hasard dans ces séries qui se prolongent

Jour après jour, match après match, set après set, point après point, voici Stan Wawrinka en quart de finale de Roland-Garros. Comme il en a acquis l’habitude, le Vaudois a voulu prendre le temps de marquer le moment, quelques instants pour savourer l’instant. Tel un nageur reprenant sa respiration avant une nouvelle brasse coulée, il va ensuite très vite plonger dans le jour suivant, le match suivant: Marin Cilic, mercredi.

Depuis le début du tournoi, Wawrinka n’a pas perdu le moindre set. Cela aurait pu arriver, contre Gaël Monfils. Le premier, 58 minutes de jeu, où Monfils a mené 4-2, et le deuxième, 72 minutes de lutte, emporté au jeu décisif (9-7), ont été d’intenses batailles. De guerre lasse, Monfils a lâché le troisième (6-2 en 28 minutes). Cela s’est joué à peu, mais ce petit peu était solidement installé du côté suisse. Stan Wawrinka a toujours pris l’initiative, n’est jamais resté attentiste, et ce volontarisme a payé. 

Même lorsqu’il n’est pas étincelant, le Vaudois conserve une incroyable capacité à bien jouer les points importants. Il a concrétisé cinq de ses sept balles de break, Monfils deux seulement sur treize. «Stan a mieux joué, il a été plus opportuniste, reconnaissait le Guadeloupéen après la rencontre. Je sentais que je pouvais avoir la main mais je restais toujours derrière… Lui a grappillé petit à petit.»

Joueur français le plus régulier à Roland-Garros (demi-finale en 2008, quart en 2009, 2011 et 2014), Gaël Monfils semble se heurter à un plafond de verre dès qu’il est opposé aux tout meilleurs mondiaux, Murray, Federer ou hier Wawrinka. Son incroyable potentiel athlétique ne suffit plus à masquer ses manques tactiques. Interrogé samedi par L’Equipe, Andre Agassi a sèchement résumé le problème: «Gaël aurait été fun à coacher s’il avait été coachable… Mais il y en a qui veulent jouer comme ils l’entendent et puis c’est tout.»

Pas de hasard

A en croire Gaël Monfils, quelques détails ont fait la différence. «Il m’a manqué du réalisme», disait-il lundi soir. Appelé à répondre à la même question – qu’est-ce qui fait que les petits riens font toujours pencher la balance en sa faveur? –, Stan Wawrinka a fait une réponse qui, sans viser son pote Gaël, dessinait en creux son exact contraire. «Ce qui fait la différence? Le nombre de matchs où je ne laisse pas tomber, où je ne lâche pas. Le nombre de fois où je suis dur avec moi-même. Tout cela fait que j’accepte cette tension qui apparaît dans les moments-clés.» Il n’y a pas de hasard.

S’il est sûr du chemin à emprunter, Stan Wawrinka ne l’est jamais du résultat. De cette rencontre très attendue contre celui qu’il considère comme un ami, il a conçu beaucoup d’attentes et pas mal de nervosité. «Le match a été fatigant mentalement, a-t-il expliqué. On était très tendus tous les deux, chacun savait ce qu’une qualification représentait pour l’autre. Avec Gaël, on se connaît parfaitement, on s’entraîne souvent ensemble mais on n’avait plus joué l’un contre l’autre depuis un moment. Pendant deux sets, il y a eu énormément de tension. Pour moi, il importait de rester tout le temps présent, cela m’a pompé pas mal d’énergie.»

A ces conditions particulières est venu s’ajouter un vent assez perturbant. «C’était difficile lorsqu’on l’avait de face, soulignait Monfils. D’un côté à l’autre, il fallait rapidement s’adapter, faire le bon choix tactiquement.» Tout cela mélangé a contribué à ce que Stan Wawrinka se bloque le dos en début de rencontre. En début de troisième set, il a appelé le médecin et s’est fait manipuler sur le court. Rien de grave, à l’en croire. «Ça ne m’inquiète pas, j’ai l’habitude et ça ne m’empêche pas de bien jouer généralement. C’est sous contrôle», a-t-il résumé.

Déçu en bien

Pas de stress en revanche côté public. Wawrinka, qui avait noté que l’Espagnole Garbiñe Muguruza s’était plainte du chauvinisme du Central la veille lors de son match (perdu) contre Kiki Mladenovic, a été déçu en bien. «Je m’attendais à ce que le public supporte Gaël et c’était normal, mais j’ai reçu également beaucoup d’encouragements et c’était très agréable.» Pas si surprenant pour un joueur qui – une étude vient de le montrer – obtient le plus fort taux de sympathie sur les réseaux sociaux.

Stan Wawrinka partira sans doute avec les faveurs du public mercredi lors de son quart de finale contre Marin Cilic. Le vainqueur de l’US Open 2015 a profité du renoncement de Kevin Anderson (le septième abandon de ce tournoi) à 6-3 3-0 pour se qualifier sans forcer. Lui aussi est en forme. «Je l’ai souvent battu, mais souvent à l’issue de grosses batailles. Ça sera encore un gros match», se méfie Stan Wawrinka. Il en a l’habitude.

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