Tennis

Stan Wawrinka en mission à New York

Le Vaudois, imperturbable face à Juan Martin Del Potro, est dans le dernier carré pour la troisième fois à l’US Open. Attitude, mental et tennis, tout laisse croire qu’il peut battre Kei Nishikori

«Demolition Man». Parmi les combinaisons possibles autour de son surnom, celle-ci colle le plus au sentiment laissé par le numéro 3 mondial au bout de la nuit, jeudi. Il est 1h20, «Stan The Man» vient d’étouffer les velléités d’un Juan Martin Delpotro carbonisé.

A force de se faire agresser dans la diagonale de revers, le colosse argentin au poignet encore fragile a fini par céder. 3h12 d’un combat dans la moiteur new-yorkaise et le Vaudois n’aura pas flanché. Ni du corps, ni de la tête. Plus encore que les frappes puissantes et le revers destructeur, c’est le mental de «Stanimal» qui est le plus éloquent. Un de ces matches qui donnent la sensation que rien, pas même un adducteur un peu crispé ou la perte du deuxième set, ne peut le déstabiliser. Une sérénité réfléchie et d’autant plus prégnante quand la tâche est ardue.

Wawrinka a son explication: «Je savais que ce serait un match douloureux, physiquement et mentalement. Parce Juan Martin ne lâche rien, ne montre rien. Il peut facilement te faire perdre ton jeu et ta tête, comme à Wimbledon (défaite au deuxième tour). Donc, c’était important pour moi de rester calme, concentré, de ne rien lui montrer.»  Des mots qui disent toute la détermination du numéro 3 mondial. «Je suis heureux de la manière dont je me suis battu avec moi-même, des solutions que j’ai trouvée dans les premiers et troisième sets pour prendre l’avantage. Dans ces matches-là, j’ai plusieurs vies.» Il sait son destin entre ses mains. Et l’air de rien, il avance.

Sacrifice de raquette

Depuis le début de cette quinzaine new-yorkaise, il insiste sur ses bonnes sensations à l’entraînement, sur sa conviction de mieux jouer que l’an dernier. Et même s’il a consenti des petites sautes de concentrations dans les tours précédents, même s’il a survécu à une sérieuse alerte face à Daniel Evans avec une balle de match à sauver, il sait son jeu en place. Et signe qui ne trompe pas, il n’a sacrifié qu’une seule raquette sur l’autel de sa frustration. 

Il monte en puissance, «StanTheMan». Comme souvent dans les Grand Chelems où, n’en déplaisent aux rabat-joie, il est d’une grande constance avec huit quarts de finale sur les 10 derniers majeurs disputés. Et, il s’apprête à disputer sa septième demi-finale en Grand Chelem depuis l’US Open 2013. Pas de quoi le blaser. Au contraire, il en concède une griserie plutôt saine. «En général, je suis très fort en Grand Chelem. Je sais ce dont j’ai envie. Je fais tout pour aller le plus loin possible. Mais pour moi, une demi-finale, ce n’est pas normal. Ça reste quelque chose de très positif. Ce n’est pas parce que je suis numéro 3 mondial que je dois penser que c’est anodin. Sinon, ça ne va pas le faire contre Nishikori. Il faut prendre le positif et savourer ce qui se passe car je sais que j’ai 31 ans et que ça ne va pas durer éternellement.»

Tous les feux ouverts

Les signaux sont au vert pour franchir, vendredi, une marche supplémentaire. Mais avant cela, il faudra se coltiner un Kei Nishikori finaliste 2014 et souvent à l’aise à l’US Open. Contre toute attente, le Japonais a sorti l’homme fort de la saison, Andy Murray. Cinq sets et une bataille mentale de fou pour effacer les rêves de numéro 1 de l’Ecossais. Le Vaudois n’y perd pas forcément au change. Il mène 3-2 dans ses confrontations avec le Japonais.

En Grand Chelem, il l’a battu en quarts de finale de l’Open d’Australie 2015 mais avait perdu au même stade de la compétition à l’US Open il y a deux ans. 2014. Dans un jour sans où la tête n’y était pas. «Ce sera intéressant, confie Wawrinka. Cela va dépendre de la forme du jour. C’est à celui qui sera le plus frais, le plus relâché, le mieux mentalement. Je sais ce qu’il fait. À moi d’avoir ma ligne de jeu et de la tenir.» Détermination, quand elle le tient.

Ca sera aussi une question de récupération. A l’heure où Stan Wawrinka quitte le Stade Arthur Ashe, il est 2h40 jeudi matin. Nishikori lui flirte déjà depuis longtemps avec Morphée pour des songes d’une nuit d’été teintés d’espoir de grande victoire. Pour le Vaudois, la nuit sera courte. «Je suis un lève-tôt. Mais je vais essayer de bien dormir et bien manger. Ce soir, j’ai fait un bain froid, des massages, des soins. Demain un peu de fitness après l’entraînement. Des choses simples mais essentielles.» Le petit sourire en coin en dit long. On ne le voit pas s’arrêter en si bon chemin.

Publicité