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Stan Wawrinka à l’US Open, le 11 septembre 2016.
© AFP

Tennis

Stan Wawrinka, la passe de trois

En battant le numéro un mondial Novak Djokovic dans une finale en 4 sets, le Vaudois remporte l’US Open et décroche sa troisième couronne en Grand Chelem. Un exploit au bout de l’effort. En repoussant encore plus loin ses limites, il a franchi un cap

Des larmes de joie, des larmes de décompression qui disent toute la tension qui l’habitait depuis quelques jours. La deuxième balle de match convertie, Stan Wawrinka peut se relâcher, savourer, pleurer. Le Vaudois vient de parachever cette œuvre démarrée il y a quinze jours.

Lire aussi: Le lien privilégié de Stan Wawrinka avec l’US Open

Dimanche, devant les 24 000 spectateurs d’un stade Arthur-Ashe plus que jamais impressionnant, il a sorti le grand jeu. Fort d’une maîtrise mentale, physique et tennistique encore plus impressionnante qu’aux tours précédents, il a vaincu la fatigue et la nervosité pour faire tomber le meilleur joueur du monde. Un duel titanesque de 3 heures 54 face à Novak Djokovic. Un match en 4 sets (6-7, 6-4, 7-5, 6-3) dont le niveau de jeu par moments aura été tout simplement exceptionnel. Un acte de maître. Stan Wawrinka a tout donné, est allé puiser très loin dans ses réserves pour remporter cet US open. A 31 ans, le Vaudois paraphe un 3e succès en Grand Chelem, après l’Open d’Australie 2014 et Roland-Garros 2015. Il ajoute son nom à une liste de 10 joueurs ayant remporté 3 des 4 Grand Chelems. Un exploit majeur.

«C’est hallucinant»

«C’est énorme», lâche-t-il, ému dans la salle d’interview pleine à craquer, le regard posé sur le trophée à côté de lui. Ce qui est énorme, ce n’est pas juste ce trophée, c’est de se dire que j’en ai trois. C’est hallucinant.»

Cette finale new-yorkaise a déroulé un scénario similaire à celle de Roland-Garros 2015 où Novak Djokovic avait remporté la première manche avant de finalement céder en 4 sets. Une finale sous haute tension au cours de laquelle Stan Wawrinka n’a encore une fois pas sourcillé. Il a su rester de marbre et ne montrer aucune faiblesse. L’US Open est le Grand Chelem le plus difficile pour les organismes et les nerfs en raison de la chaleur, de l’humidité et du bruit. Mais le numéro 3 mondial a su être «encore plus dur avec lui-même» pour aller au bout de son rêve. «Je suis fier de la façon dont je l’ai gagné, dit-il. C’est le Grand Chelem où j’ai le plus souffert, physiquement, mentalement. Celui où j’ai dû puiser au plus profond de moi. Surtout les trois derniers matchs. Des matches où je souffrais, où je n’étais pas loin de baisser et de laisser aller.»

«Je me suis fait mal»

Et il ne le cache pas, avec cette victoire-là, il a franchi un cap. «Je l’ai franchi à partir du quart de finale contre Del Porto. J’ai beaucoup plus souffert que ce que j’ai pu laisser voir. J’ai été beaucoup plus fort que lui physiquement et mentalement. C’était un match en 4 sets mais ça a été le plus éprouvant de toute ma carrière. J’ai réussi ensuite à reproduire ça contre Ishikari et contre Novak aujourd’hui. Sur ce tournoi, je suis allé bien au-delà de tout ce que j’avais fait auparavant. Dans tous les compartiments. Je n’ai pas joué des matchs en fermant les yeux et en mettant des winners partout. Je les ai cherchés à l’intérieur de moi. Je me suis fait mal comme je me fais mal à l’entraînement et lors de mes séances de préparation physique.

J’ai eu des visions à deux trois reprises pendant ces matches. Je me voyais aux séances avec «Pagan» (Pierre Paganini, son préparateur physique) où je suis sur le point de lâcher et on se dit «non, ne lâche pas. C’est maintenant que tu pousses les limites et que tu te donnes une chance de progresser et d’être plus fort. Donc tu ne lâches pas, tu te tais et du continues. C’est pour ça que c’est le Grand Chelem le plus difficile de ma carrière.»

Surpassement de soi

A la sortie du vestiaire, Magnus Norman, son coach, était encore très ému. «Je suis très fier. C’est incroyable. Il a eu pas mal de hauts et de bas depuis le début de l’année et on n’aurait pas rêvé de ça.» Le Suédois a avoué que Stan Wawrinka était particulièrement nerveux avant cette finale. «C’est un stade immense, un tournoi qui lui tient à cœur. Nous avons eu un moment émotionnellement très fort avant qu’il n’entre sur le court.» Des larmes déjà. Le Vaudois raconte: «C’était 4-5 minutes avant le match, j’ai pleuré. On se faisait un dernier point avant le match avec Magnus et je ne me sentais pas bien. Des larmes sont tombées. J’avais envie de vomir, je me sentais vraiment au bout de ma vie. Je me sentais encore un peu comme ça en entrant sur le court mais on a parlé deux minutes et au bout d’un moment tu dois te ressaisir. Tu te dis que tu vas en finale, que tu ne dois pas te laisser abattre. Je me suis dit: «Prends le positif et on verra ce qui se passe.»

Cette nervosité s’est traduite au début du match par un état frôlant l’épuisement. «Je ne me sentais pas bien, poursuit-il. J’étais fatigué physiquement mais quand je me sens comme ça, j’essaie de faire durer les rallies pour que ça fasse mal aux jambes, que ça fasse mal au souffle. Parce que je sais qu’une fois que je passe ce cap, ça m’évite de penser trop et je peux me focaliser sur le jeu.»

Un surpassement de soi dont seuls les grands champions sont capables. Cette concentration, cette détermination, cette capacité à tenir sa feuille de route sans dévier sont les nouvelles preuves de la dimension exceptionnelle de Stan Wawrinka.


«J’ai pleuré 5 minutes avant d’entrer sur le court»

Le Temps: Que ressentez-vous en regardant ce trophée?

Stan Wawrinka: C’est énorme. Ce qui est énorme, ce n’est pas juste ce trophée, c’est de se dire que j’en ai trois. Et que j’en ai trois différents. C’est hallucinant. Je suis fier de la façon dont je l’ai gagné. C’est le Grand Chelem où j’ai le plus souffert, physiquement, mentalement. Celui où j’ai dû puiser au plus profond de moi. Surtout lors des trois derniers matches. Des matches où je souffrais, où je n’étais pas loin de baisser et de laisser aller tout simplement. Je suis donc super fier de ce que j’ai pu faire ce soir.

– D’après Magnus Norman, vous étiez très ému avant d’entrer sur le court…

– Oui c’était 4-5 minutes avant le match. J’ai pleuré. On faisait un dernier point avec Magnus et je lui disais «je ne me sens pas bien, je ne me sens pas bien.» J’ai des larmes qui sont tombées. J’avais envie de vomir, je me sentais vraiment au bout de ma vie. C’était encore là en entrant sur le court mais on a parlé deux minutes et au bout d’un moment tu dois te ressaisir. Tu vas en finale, tu ne te laisses pas abattre. Je me suis dit: «Prends le positif et on verra ce qui se passe.» Je ne me sentais pas bien au début du match. J’étais fatigué, physiquement mais quand je me sens comme ça, j’essaie de faire durer les rallies pour que ça fasse mal aux jambes, que ça fasse mal au souffle, que ça fasse mal physiquement. Parce qu’une fois que je passe ce cap, ça m’évite de penser trop et je peux me focaliser sur l’essentiel, à savoir le jeu.

– Plusieurs fois pendant ce tournoi vous avez évoqué votre âge. Y pensez-vous plus qu’avant?

– Oui quand même. J’ai 31 ans et je sais que je suis plus proche de la fin. Je n’ai pas de limite d’âge, pas de limite de résultat mais j’essaie de plus profiter des bonnes choses, des titres. Comme à Dubaï où je gagne le premier tour dans la difficulté et derrière, je remporte le tournoi. J’essaie de prendre davantage le positif de tout ce qui se passe.

– Quelle est la part de Magnus dans cette victoire?

– Elle est grande, c’est un fait. On a commencé à travailler ensemble il y a 3 ans et j’ai 3 titres de Grand Chelem, un Master 1000, la place de numéro 3 mondial. On a une super relation. On a trouvé notre rythme. On rigolait l’autre jour car j’ai le plus petit team du tournoi. J’ai un coach, c’est tout. Je n’aime pas avoir trop de monde autour de moi. Après la grosse déception de Wimbledon, car ça a vraiment été une grosse déception, on a su remettre les choses sur la table. Et chaque jour qu’on a passé ensemble, on a travaillé dur et on a fait tout ce qu’il fallait pour être au top. J’ai la chance aussi de travailler avec Pierre Paganini depuis des années qui me permet d’être aussi fort et d’être l’un des seuls à avoir fait craquer Novak physiquement en Grand Chelem.

– Vous dites avoir puisé encore plus dans vos réserves. Avez-vous le sentiment d’avoir franchi un cap?

– Oui concrètement j’ai franchi un cap. Ça a commencé par le quart contre Del Potro. J’ai beaucoup plus souffert que ce que j’ai pu laisser voir. Mais j’ai été beaucoup plus fort que lui physiquement et mentalement. C’était un match en 4 sets, le plus éprouvant de toute ma carrière J’ai réussi à refaire ça contre Nishikori et contre Novak aujourd’hui. Sur ce tournoi, c’est clair que je suis bien au-delà de tout ce que j’avais fait auparavant. Dans tous les compartiments. Je n’ai pas joué des matchs en fermant les yeux et en mettant des winners partout. Je les ai cherchés à l’intérieur de moi. Je me suis fait mal comme je me fais mal à l’entraînement depuis des années et lors de mes séances de préparation physique. J’ai eu des visions à deux trois reprises pendant ces matches. Je me voyais aux séances avec «Paga» (Pierre Paganini, son préparateur physique) où je suis sur le point de lâcher et on se dit «non, ne lâche pas. C’est maintenant que tu pousses les limites et que tu te donnes une chance de progresser et d’être plus fort. Donc tu ne lâches pas, tu te tais et du continues. C’est pour ça que c’est le Grand Chelem le plus difficile de ma carrière.»

Y a-t-il eu des doutes pendant cette quinzaine?

Des doutes non mais la possibilité de perdre oui. A chaque match, tu sais que tu n’es pas sûr de gagner. Si je perds, je dis bravo à mon adversaire. Mais lors de ces trois derniers matches, je me suis rendu compte que je peux leur faire plus mal qu’ils me font mal surtout en Grand Chelem dans des conditions différentes, et que je peux être beaucoup plus fort mentalement et physiquement que des top joueurs comme ça.

Est-ce que le public ici donne une autre dimension à ce Grand Chelem?

C’est un tournoi particulier vu la grandeur du stade. Avec le toit, cette année, on entendait encore plus le bruit. C’est le court qui, excepté lors de la Coupe Davis, m’a procuré le plus d’émotion avec le public. Aujourd’hui, j’ai eu des frissons juste avant de servir pour le match. Ça fait tellement de bruit. Il y a tellement de monde. Il y a deux ans, j’avais joué Novak déjà en demi. J’avais perdu mais j’avais eu une standing ovation à la fin du match et là aussi j’avais eu des frissons. Vu le monde et l’intensité du public, ça rend ce tournoi unique, c’est clair.

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