Tennis

Stan Wawrinka, quelques certitudes et beaucoup de flou

Le Vaudois a annoncé sa participation au tournoi de Gstaad fin juillet, mais il ne sait pas encore ce qu’il fera d’ici là. Jouer au tennis, bien sûr, mais où et à quel niveau, mystère

Niché entre les bureaux de l’UEFA et le bourg, le très coquet Tennis-Club de Nyon bruissait jeudi d’une activité inhabituelle. Objet officiel de cette agitation: une conférence de presse du tournoi ATP de Gstaad (21-29 juillet). Le genre de rendez-vous que la presse n’honore généralement que du bout des lèvres, et à condition qu’il y ait un buffet.

A Nyon, il n’y avait jeudi que quelques chips, des jus de fruits et pratiquement toute la presse nationale. Si l’on était venu de Zurich, si les organisateurs avaient délocalisé leur conférence, c’était pour Stan Wawrinka, qui s’entraîne actuellement sur les courts en terre battue du TC Nyon et qui devait y confirmer sa participation au tournoi de l’Oberland. L’occasion pour beaucoup de croiser le triple vainqueur en Grand Chelem (Australian Open 2014, Roland-Garros 2015, US Open 2016).

Lire aussi notre interview de Stan Wawrinka: «C’est une question de rythme: je dois avancer sans me précipiter»

Mon niveau de jeu est monté ces dernières semaines. Je vois enfin le bout du tunnel et c’est une sensation très agréable.

Stan Wawrinka

Peu porté sur les grands discours, le directeur du tournoi, Jean-François Collet, n’a pas fait attendre son auditoire. Il a rapidement annoncé ses têtes d’affiche, le Russe Andrei Rublev, l’Italien Fabio Fognini (vainqueur 2016), l’Espagnol Roberto Bautista Agut (14e mondial), et a précisé que «d’autres joueurs réputés sont susceptibles de venir s’ajouter». Il s’est félicité du retour de Stan Wawrinka cinq ans après – «Il est comme le sel, on ne remarque son importance que lorsqu’il fait défaut» – et lui a passé le micro. Fin de la conférence de presse.

Le reste n’a plus concerné que Wawrinka, son genou, son état de forme, son entraîneur, son calendrier. Le Vaudois a d’abord donné des nouvelles de sa santé. «Cela va mieux, beaucoup mieux. J’ai encore une petite douleur sur certains mouvements mais c’est normal. Je peux faire des journées de quatre heures de tennis sans que le genou réagisse. Mon niveau de jeu est monté ces dernières semaines. Je vois enfin le bout du tunnel et c’est une sensation très agréable.»

Suivi par Magnus Norman

A Nyon, Wawrinka s’entraîne en compagnie de Magnus Norman. Le duo, qui s’était séparé cet hiver de manière assez surprenante et totalement unilatérale (Norman ne voulait plus suivre Wawrinka sur le circuit), s’est reconstitué le plus simplement du monde. «Comme je m’entraîne désormais à 100%, j’avais besoin d’un regard extérieur. J’ai appelé Magnus, il a accepté de venir pour un bloc d’entraînement de quinze jours. Nous verrons ensuite quelle suite donner à cela, en fonction des envies de chacun.»

A Monte-Carlo, où Le Temps l’avait rencontré mi-avril, Stan Wawrinka expliquait qu’il devait «avancer sans [se] précipiter». Il a depuis déclaré forfait pour le Masters 1000 de Madrid qui débute lundi prochain. «Je me suis retiré parce qu’une petite blessure au mollet m’a fait perdre dix jours, mais je me réjouis de reprendre à Rome.»

A partir du moment où je reviens, c’est pour jouer des tournois, essayer d’enchaîner des victoires

Stan Wawrinka

«La suite?» demande quelqu’un. La réponse est affirmée mais vague: «A partir du moment où je reviens, c’est pour jouer des tournois, essayer d’enchaîner des victoires.» On parle de lui au tournoi de Lyon; Genève (aux mêmes dates) l’espère. «Pour l’instant, je ne suis inscrit nulle part. Je suis en plein entraînement, je vais revenir à la compétition la semaine prochaine. On verra ce qui se passera. On peut toujours prendre des wild cards au dernier moment.»

La perspective de Roland-Garros (il a été finaliste face à Rafael Nadal) ne l’effraie pas. «Les points, ce n’est pas important. Je risque de ne pas être tête de série, je peux tomber sur Rafa au premier tour.» Il ne dit pas non par avance à la saison sur gazon – «J’aurais peut-être envie de jouer, le changement de surface m’apparaîtra peut-être risqué» – et n’exclut même pas de revenir en Coupe Davis en septembre. Tout cela lui semble flou et lointain. Difficile de régler la focale quand on travaille comme lui à la fois sur le long terme et en adaptant son programme semaine après semaine.

Derrière l’hôpital, le désert

S’il y avait autant de monde à Nyon, c’est peut-être aussi parce que le tennis suisse n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent depuis deux mois. Roger Federer est en pause depuis son élimination précoce à Miami le 25 mars. Il ne reprendra la compétition que le 12 juin à Stuttgart, au lendemain de Roland-Garros. Victime d’une fracture de fatigue au pied, Belinda Bencic a déclaré forfait à Lugano, Prague, Madrid et Rome. Sa participation à Roland-Garros est incertaine. La situation de Timea Bacsinszky n’est guère plus réjouissante: des pépins physiques, seulement quatre tournois disputés en 2018 (pour quatre défaites au premier tour) et une déchirure au mollet alors qu’elle s’apprêtait à reprendre la compétition au tournoi de Rabat.

La joueuse la mieux classée est la laborieuse Stefanie Vögele, une contemporaine de Timea Bacsinszky qui n’a jamais réellement percé. Du côté masculin, il faut s’en remettre à Henri Laaksonen (26 ans, 137e mondial) ou carrément plonger dans les profondeurs du classement ATP: le deuxième joueur suisse le mieux classé actuellement en activité est Adrian Bodmer, 502e. Si rien ne change d’ici à la fin du mois de mai, Roland-Garros risque d’être très long.

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