Il est 18h45 à Londres lorsque, sur un central coiffé de son toit rétractable, le public salue poliment l’intrusion gaillarde de Stanislas Wawrinka, dont il découvre la capacité de nuisance: après douze minutes: Andy Murray est mené 4-0!

Trajectoires profondes, prise de balle précoce et incisive, «l’autre Suisse» assomme l’assistance à coups de revers gagnants, dans des postures de fier-à-bras. Jamais il n’avait abordé un grand événement – à l’exception notable des Jeux olympiques, mais c’était en double – avec une telle intrépidité, les idées et le jeu bien en places. Au delà du bilan, il y a toujours le processus. Les perdants ne sont pas ceux qui échouent, mais ceux qui n’essaient pas. En cela, Stanislas Wawrinka a gagné beaucoup de crédit, lundi soir, dans le cloître de Wimbledon, où il était en phase avec ses prérogatives de compétiteur: convoiter, malmener, briller. Accabler sans vergogne.

Tout semble basculer au troisième set lorsque, fâché avec son service, Andy Murray maugrée rageusement, désespérément, devant le poing vengeur et les «c’mon» inquiétants de sa maman. Stanislas Wawrinka a la mine du vainqueur, il est porté par des allégresses de conquérant mais, arrivé aux portes de l’exploit, il a peur d’appuyer sur la sonnette. Il galvaude trois balles de break et, conscient de cet acte manqué, perd les trois jeux suivants.

Il est 22 h 40 à Londres lorsque, sur un central irradié de projecteurs survoltés, le public salue bruyamment la sortie de Stanislas Wawrinka, battu 2-6, 6-3, 6-3, 5-7, et 6-3. Tenace, adroit, entreprenant, le numéro dix-huit mondial est allé au bout d’un projet, aux confins d’une logique. «Je dois reconnaître que Stan a disputé un excellent match, commente Andy Murray. J’ai eu beaucoup de chance, notamment au troisième set.»

La centaine de journalistes anglais dépêchée dans le sillage de l’idôle respire enfin – le sale air de la peur, sous ce toit où les humeurs, peu à peu, macèrent. Stanislas Wawrinka arrive en salle de presse les yeux rougis, marqué par la fatigue. Il explique sagement: «Je suis très triste, évidemment. J’ai tout essayé et j’aurais pu gagner. Mon service était peut-être trop irrégulier.» Et d’avouer: «J’ai eu beaucoup de plaisir à évoluer dans cette atmosphère, même si la foule était totalement acquise à Andy Murray. J’ai adoré ça. J’espère le revivre.»