Pour l’occasion, Wimbledon l’avait convié dans la salle d’interview principale, hémicycle séculaire et solennel où même le verre est poli. Car c’est une grande occasion: aujour­d’hui, en fin d’après-midi, Stanislas Wawrinka défiera le demi-dieu d’une nation entière, le Britannique Andy Murray, dans un central archicomble.

Le Vaudois, intermittent de l’épopée, se produira sur la scène la plus prestigieuse du monde, devant des millions de téléspectateurs. Il jouera dans le cloître, au cœur d’une félicité aristocratique, où le mérite se mesure à l’aune de l’engouement. Les travées bruisseront d’une clameur fervente. Dans les loges, les critiques d’art (McEnroe, Becker, Cash, Stich) disséqueront avec déférence.

A ce degré d’exaltation, il sera inconvenant de s’en tenir à des velléités négligeables, comme aux temps reculés des défaites honorables. Il s’agira de perpétuer l’attente au-delà du quart d’heure de célébrité, mais aussi d’éprouver des inclinations à l’exploit, de s’affranchir d’une tolérance au renoncement.

Antithèse tennistique

«Je joue au tennis pour vivre ce genre d’occasion, s’enhardit Stanislas Wawrinka. Ce ne sera pas le match de ma vie car, à mes yeux, un huitième de finale ne peut égaler un titre olympique. Mais j’ai conscience des attentes.» Andy Murray est son ami. Il est aussi son compagnon d’entraînement. Il est surtout son antithèse tennistique, dans un style tout en variations et en faux rythmes. «J’ai affronté Andy au dernier US Open et j’ai perdu sèchement. En douze mois, il a réalisé des ­progrès énormes. Mais j’ai aussi ­amélioré mon service, et ce sera la clé.»

Le prologue n’a pas rassuré sur la forme (victoire 5-7 7-5 6-3 6-3 sur le gaucher Jesse Levine, nettement inférieur) mais a rappelé combien, fondamentalement, Stanislas Wawrinka est d’abord un travailleur exemplaire. Assez pour mériter les honneurs de la grande scène.