Groggy, Stanislas Wawrinka retourne aux vestiaires sous l'aile protectrice de son capitaine Marc Rosset. En pleurs. Le jeune Vaudois, qui a bénéficié de quatre balles de match face à Sjeng Schalken dans le dixième jeu du cinquième set avant de s'incliner (6-1 2-6 4-6 6-2 7-9), fait connaissance avec les émotions incomparables que peut générer la Coupe Davis. Son marathon – 4 h 01 de jeu – face au Hollandais, dimanche au Forum de Fribourg, aurait dû permettre à la Suisse d'égaliser à deux points partout dans la confrontation; offrir à Marco Chiudinelli – ou à George Bastl – l'opportunité de clore en apothéose un week-end éprouvant pour les nerfs. Il s'est terminé par une défaite très cruelle, synonyme d'élimination. A cause de deux détails, de trois petits riens et… d'un arbitrage peu avantageux.

«Nous avons été volés», peste Marc Rosset. «Sur la deuxième balle de match, Schalken sort un revers de dix centimètres, j'en mets ma tête sous le couperet! La Suisse est la seule nation au monde où un juge de chaise favorise le pays visiteur.» Sa colère passée, le Genevois n'aura aucun mal à tirer les éléments positifs de cette rencontre disputée sans Roger Federer: «En quatorze ans de Coupe Davis, j'ai eu l'occasion de voir bien des groupes, rappelle-t-il. Celui-ci m'a fait passer une semaine exceptionnelle. Fiables et motivés, les gars ont su se révéler malgré la pression. Cela faisait longtemps qu'on attendait ça. Je suis fier d'eux.»

Il y a de quoi. Dos au mur après les valeureuses défaites de Chiudinelli et Wawrinka lors des deux premiers simples vendredi, le double helvétique a renversé une montagne samedi. Menée deux sets à rien, la paire composée d'Yves Allegro et George Bastl est revenue de nulle part, sauvant trois balles de matches avant de l'emporter 9-7 au cinquième set. Le cœur et la hargne dont ils ont fait preuve ne pouvaient qu'inspirer leurs coéquipiers pour la suite des opérations.

Stanislas Wawrinka a longtemps entretenu la flamme. Le 118e joueur mondial, pas encore 20 ans, a entamé son match en patron face au routinier Schalken. Il l'a terminé horriblement déçu – il a mené 4 à 1 service à suivre dans l'ultime manche –, mais grandi. «A vif, j'ai évidemment du mal à retirer des points positifs de cette défaite», dit-il les yeux encore embués, dans un sourire retrouvé. «Mais d'ici à quelques jours, lorsque je repenserai à tout ça à tête reposée, ce sera différent.»

Sans doute. Au moment de renouer avec le quotidien, dans trois semaines au tournoi challenger de Naples, «Stan» pourra se dire qu'à un point près, il aurait battu lors d'un match de haut niveau celui qui était, il n'y a pas si longtemps, le 12e joueur mondial. Il se rappellera la qualité de jeu qui a été la sienne, le cran dont il a fait preuve pour sauver deux balles de match. Il se souviendra aussi des émotions qu'il a partagées avec le public et ses coéquipiers. Et il aura fatalement envie d'y goûter à nouveau. «Le groupe était tellement soudé ces jours que nous avons su nous surpasser, conclut-il. Jouer pour son pays est une expérience extraordinaire.»

L'occasion se représentera au mois de septembre. Dans le cadre d'un barrage probablement «piégeux», et dont l'enjeu ne sera autre que le maintien dans le groupe mondial. «Il n'y aura pas de problème», assure Stanislas Wawrinka. «J'espère que «Rodgeur» viendra nous filer un coup de main», lance Marc Rosset, un peu plus prudent. «Si tu prends «Stan», Marco, Yves et George, que tu rajoutes un Federer et que tu secoues le tout, cela peut donner un cocktail magnifique pour le futur. Avec ce groupe, la Suisse a la possibilité de réaliser des grandes choses et, pourquoi pas, de soulever ce fameux saladier d'argent dans les années à venir. Si je continue à en être le capitaine, je viens à la nage. Sinon, je serai son premier supporter.»