Stanislas Wawrinka, 23 ans, a-t-il ressenti le besoin de se pincer en consultant le classement technique de l'ATP paru ce lundi 12 mai 2008? Le Vaudois y figure en dixième position, et ça fait drôlement bizarre. Pas parce que le finaliste «malheureux» du Masters Series de Rome - il a été battu dimanche par Novak Djokovic (4-6 6-3 6-3) - manque de talent, mais parce que son cheminement, assaisonné jusqu'ici à la mode «Hâte-toi lentement», vient de connaître une accélération foudroyante. En l'espace d'une semaine passée sur la terre battue du Foro Italico, le droitier de Saint-Barthélemy a troqué son étiquette d'élément prometteur parmi tant d'autres contre une carte de membre du prestigieux «Top ten».

Quatrième Suisse de l'histoire à intégrer ce cercle très fermé, après Jakob Hlasek en 1988, Marc Rosset en 1995 et Roger Federer en 2002, «Stan», fidèle à ses principes de travailleur de l'ombre, ne veut surtout pas se laisser perturber par les feux de la rampe: «Tout joueur rêve d'appartenir une fois au Top ten», déclare-t-il dans la NZZ am Sonntag. «Je veux continuer à m'entraîner dur et réaliser de bonnes performances. Mais mon classement, je ne m'en préoccupe que lorsque les journalistes en parlent.»

Vraiment? A partir de ce mardi, où il entrera en lice au Masters Series de Hambourg face à l'Espagnol Alberto Martin (ATP 132), il lui sera toutefois difficile de faire abstraction de son nouveau statut. «Je me réjouis de jouer, même si la répétition des matches peut peser. J'ai changé de catégorie et je suis impatient de voir si je le discernerai dans le nouveau regard qu'on pourrait me porter», explique-t-il à l'agence Sportinformation.

«Pour beaucoup de gens, je suis le Suisse qui perd», disait Stanislas Wawrinka il y a encore deux ans. Professionnel depuis 2002, entré parmi les cent meilleurs joueurs en avril 2005, puis parmi les trente en octobre de l'année suivante, il existe aujourd'hui à part entière dans le sillage de Roger Federer. Plutôt que de s'offusquer de l'ombre produite sur lui par le géant bâlois, ce qui aurait équivalu à combattre un feu de forêt au pistolet à eau, le Vaudois a toujours cherché à en tirer profit. Conscient de ses limites comme de ses qualités, il a trimé sec, sans jamais s'emballer dans la foulée d'un morceau de bravoure, ni lâcher prise au lendemain d'un vilain coup sur la cafetière. «Je reviendrai plus fort», avait-il promis en février 2007, alors qu'il venait d'être opéré d'une déchirure du ligament interne du genou droit. Promesse tenue.

Vainqueur d'un seul titre à ce jour sur le circuit ATP - sur la terre battue d'Umag en 2006, suite à un abandon de Djokovic -, le champion junior de Roland-Garros 2003 a gagné en variété, en constance et en solidité. Son revers fait toujours plus mal, son service claque plus fort et son abnégation ne faiblit pas: Marat Safin, Andy Murray, Juan Carlos Ferrero, James Blake et Andy Roddick, très vite contraint à l'abandon en demi-finale, l'ont constaté à leurs dépens à Rome.

S'il parvient à composer avec son nouveau statut sur le plan mental, et si son organisme parfois capricieux le laisse en paix, Stanislas Wawrinka pourrait reluquer encore plus haut dans les semaines à venir. Car, d'ici au tournoi de Gstaad, en juillet, le poulain de Dimitri Zavialoff n'aura que 45 points à défendre au classement ATP. De quoi saliver à l'idée d'un grand cru 2008, voire songer au Masters de Shanghai qui réunira en novembre les huit raquettes les plus performantes de l'exercice? «Tout est arrivé très vite, il est encore trop tôt pour que je me fixe de nouveaux objectifs», tempère sagement l'intéressé, qui s'était fixé pour but une place parmi les vingt meilleurs à Noël.

Pieds sur terre et tête sur les épaules, le Vaudois sait que la roue peut tourner brusquement, dans un sens comme dans l'autre. Mais aujourd'hui, à deux semaines de Roland-Garros, son tournoi favori, la tendance est très clairement à la hausse. Sa modestie et sa réserve naturelles dussent-elles en souffrir.