Sans le faire exprès, il renforce chaque jour davantage son statut d'icône, augmente son capital sympathie et fait flamber sa cote de popularité. L'ingénuité de Roger Federer ne cesse de séduire. Le costume de numéro un mondial du tennis semble avoir été taillé pour ce jeune homme chez qui talent se conjugue décidément avec sincérité et humilité. Son aisance en société n'a d'égale que sa dextérité sur le court. «Disponible, souriant, sympathique, bien élevé» sont les mots qui reviennent systématiquement à la bouche de ceux qui font le panégyrique du Bâlois.

Mais ce qui frappe également c'est son patriotisme dévoué. Sans être cocardier, Roger Federer manifeste pour son pays un amour touchant. Un amour qui place les Jeux olympiques et la Coupe Davis en tête des priorités de son agenda chargé, au même titre que les tournois du Grand Chelem. Symbole de la Suisse qui gagne, il en incarne la plus glorieuse mascotte. Et personne ne fut étonné que Swiss Olympic le désigne comme porte-drapeau pour la cérémonie d'ouverture d'Athènes 2004. Personne, si ce n'est l'intéressé lui-même: «J'ai été surpris d'être choisi. Je suis très fier de l'avoir fait. Pour moi, c'est un grand honneur de représenter mon pays.»

Il suffisait, pour le croire, de lire l'émerveillement quasi enfantin sur son visage lorsque la délégation suisse a fait son tour de piste. Le Bâlois était comme un gamin, excité, envoûté par la magie de l'instant, mais prenant son rôle très au sérieux. «Ce que j'aime dans ce moment-là, c'est que toute l'équipe est réunie. Il n'y a rien à gagner ni à perdre. On est tous en communion. C'est une sensation incroyable. Pendant le premier tour, on a le public d'un côté et les délégations que l'on croise de l'autre. Au deuxième tour, c'est plus intime, on est entouré d'athlètes.» Des athlètes parmi lesquels des copains du circuit à qui il a serré la main et de nombreux admirateurs qui l'interpellaient.

Forcément, son statut de star internationale lui confère une aura non seulement auprès du public, mais aussi auprès des autres athlètes. Pendant la longue attente qui a précédé le défilé, le Bâlois a été assailli. Dans l'«Olympic indoor hall» où ils étaient rassemblés, il a passé son temps à poser avec des sportifs de tous horizons. «Dès qu'ils ont vu que c'était lui, ils venaient tous lui demander de pouvoir le prendre en photo. C'était impressionnant», rapporte Denise Paris de Swiss Olympic. Même attroupement dans l'immense cantine du village olympique où convergent quotidiennement tous les athlètes aux heures de repas. «Au resto, s'il y en a un qui vient me demander un autographe ou une photo, après c'est le défilé, raconte Federer amusé. Mais ça va. Ce n'est pas au point que je doive éviter d'y aller.» Comme le précise Yves Allegro, son partenaire de double, «le comité a demandé à Roger s'il préférait loger à l'hôtel pour ne pas être incommodé en raison de sa notoriété, mais il tenait à être au village. C'est sûr qu'il focalise beaucoup d'attention, mais il s'en accommode très bien.»

Si Federer se sent à l'aise dans cette immersion entre gens du sport, la convoitise qu'il suscite chez ses congénères n'est pas forcément réciproque. A Sydney, il espérait croiser Michael Jordan, mais la maturité acquise en quatre ans semble avoir effacé ce genre de rêve d'adolescent. «Pour moi, l'important, c'est de rencontrer les Suisses. Il y en a beaucoup que je ne connais pas.» Toujours et encore cette fibre patriotique mêlée à un fort sentiment de camaraderie. «Les autres athlètes, ça me suffit si je les vois à la télé. Serrer la main aux stars ne m'intéresse pas», dit-il en passant les doigts dans ses cheveux détachés. Depuis qu'il est arrivé à Athènes, mercredi dernier, le Bâlois est «relax». Ravi de vivre une nouvelle fois cette aventure. «Tout se passe bien. Le logement est sympa. Je trouve toujours un court de libre pour m'entraîner à l'heure que je veux.»

Pour lui, les JO ne sont comparables avec aucune autre compétition. «Il n'y a aucune épreuve où l'on mange tous ensemble et où l'on se retrouve au resto avec les autres athlètes. C'est pour ça que je suis ici. Pour vivre ça. La seule fois où j'ai connu quelque chose de similaire, à part Sydney, c'était au tournoi juniors à Wimbledon. On partageait le dortoir et la baignoire!»

Outre le simple messieurs, Roger Federer dispute le double avec Yves Allegro, son ami de longue date pour qui c'est la première participation aux Jeux olympiques (ndlr: il se situe au-delà de la 600e place au classement ATP). «On y travaille depuis un an. Aujourd'hui, le rêve d'Yves est devenu réalité. Je suis content pour lui et fier d'être son partenaire de double», déclare encore Federer avec cette modestie déconcertante.