Grands rivaux des années 60, Gianni Rivera, ballon d'or 1969, aujourd'hui adjoint au maire de Rome après avoir été sous-secrétaire d'Etat à la Défense, et l'attaquant Sandro Mazzola (deux titres de champion d'Europe) demeurent les emblèmes du Milan AC et de l'Inter. Avant le match retour – score nul (0-0) à l'aller – de l'inédite demi-finale de Ligue des champions entre les rossoneri et les nerazzuri, ils analysent les caractéristiques des deux équipes de la capitale lombarde.

Le Temps: Comment expliquez-vous que Milan soit redevenue la capitale du football européen?

Gianni Rivera: Ce derby en demi-finale de Ligue des champions est un fait exceptionnel. Le Milan AC et l'Inter ont toujours été des équipes de haut niveau, mais pour arriver dans le dernier carré, il y a toujours des inconnues. Cela dit, les deux clubs ont conquis sur le terrain leur qualification en demi-finale, même si leur dernier match en quart de finale a été un peu imprévisible.

Sandro Mazzola: Les deux clubs ont simplement bien travaillé et ils peuvent compter sur de bons effectifs. D'ailleurs, la ville de Milan a toujours eu des équipes de qualité en raison de la situation géographique et économique de la Lombardie. C'est une province industrieuse, avec de très nombreux entrepreneurs et des employés très travailleurs. Cette tradition d'exigence a des répercussions directes sur les équipes locales.

– Que signifie, à Milan, être «tifoso» du Milan AC ou de l'Inter?

G. R.: Par le passé, on notait une grande différence. Traditionnellement, l'élite de la ville supportait l'Inter, tandis que le Milan AC recrutait davantage dans les milieux populaires. Mais au fil des années, cette distinction s'est estompée, même s'il reste une certaine division sociale.

S. M.: Les vieux supporters de l'Inter racontent que le Milan AC est devenu plus populaire dans les années 40, parce que l'équipe s'est installée au stade de San Siro, à l'extérieur du centre ville. Pour attirer les spectateurs, les dirigeants auraient fourni des places gratuites, recrutant ainsi davantage ses supporters dans les milieux ouvriers. Quoi qu'il en soit, le «tifoso» milaniste est moins critique. L'interiste est plus nerveux, il veut tout, tout de suite. C'est d'ailleurs la même chose au niveau de l'équipe.

– En termes de jeu, on note donc des différences?

S. M.: L'Inter a davantage l'habitude d'évoluer par à-coups. Le Milan AC a toujours eu un jeu plus recherché, plus harmonieux. Techniquement, je pense que j'aurais pu jouer au Milan AC. En ce qui concerne le tempérament, je suis un joueur de l'Inter. Aujourd'hui encore, les entraîneurs des deux clubs sont choisis en fonction de leur capacité à s'adapter à la tradition de jeu de l'équipe.

G. R.: On peut dire que le Milan AC a toujours cherché à faire le jeu, quel que soit l'adversaire, tandis que l'Inter s'employait davantage à exploiter les faiblesses de celui-ci. Cette tradition a été relativement maintenue. C'est vrai encore cette saison. La présence des deux équipes en demi-finale de la Ligue des champions démontre que l'on peut parvenir au même but par des voies différentes.

– Au niveau de leurs structures, les deux clubs se rejoignent-ils?

G. R.: Par le passé, on disait qu'il ne se passait jamais rien au Milan AC. Tout était tranquille. C'est l'inverse à l'Inter. Depuis toujours, chacun donne son opinion, le quotidien est très bariolé. En termes d'argent en revanche, il n'y a pas de grande différence. Dans les années 60, après le départ de l'entrepreneur Rizzoli de la présidence, il a été un peu plus difficile pour le Milan AC de s'assurer une couverture financière. Ce n'est qu'à cette période que le club a été économiquement plus faible que l'Inter, mais il a toujours reçu le soutien des supporters.

S. M.: Les deux clubs sont assez proches. Mais s'ils empruntent parfois la même route, ils ne se copient jamais.

– L'arrivée de Silvio Berlusconi à la tête du Milan AC, au milieu des années 80, a-t-elle changé profondément les choses?

S. M.: Silvio Berlusconi a ramené le Milan AC à un haut niveau, alors qu'il était tombé en série B. Son entrée en politique n'a pas changé grand-chose.

G. R.: Berlusconi n'a pas modifié le jeu du Milan AC. Il a offert une plus grande puissance financière à l'équipe. Même si, à mon avis, une recherche excessive du profit a mené à quelques dérives. Son entrée en politique, en revanche, n'a pas provoqué de bouleversements. Les tifosi d'une équipe veulent simplement gagner. Le fait qu'ils ne partagent pas forcément les opinions politiques de leur président ne change rien à cela.