Du désarroi à l'euphorie. Défait lors des trois premiers sprints de ce Tour de France, Mario Cipollini s'est adjugé les trois suivants. Le dernier succès, vendredi à Maubeuge, est le moins fracassant puisque l'Italien n'a été déclaré vainqueur qu'après le déclassement de Tom Steels pour sprint irrégulier. «Le coureur a nettement dévié de sa trajectoire. Il a ensuite gêné Jan Svorada qui s'est vu contraint de faire un écart dangereux en direction de la balustrade», explique Jacques Sabathier, président du Jury. Cette décision a été jugée sévère dans les coulisses par plusieurs anciens coureurs. L'équipe Mapei a déposé un recours, mais celui-ci a été repoussé.

«Les deux coureurs se sont frottés. Tom n'avait qu'une obsession prendre la roue de Mario Cipollini», s'insurge Serge Parsani, directeur sportif de la Mapei. Au moment des faits, les deux coureurs se trouvaient à la lutte derrière Mario Cipollini qui avait déjà lancé le sprint. Fidèle à sa tactique, le Belge a cherché à prendre le plus longtemps possible l'aspiration de l'Italien. Grand bénéficiaire de la situation, Mario Cipollini se félicitait de cette rigueur: «C'est une décision tout à fait justifiée. Un sprint doit être régulier. Il y a juste un mois un accident très grave en Espagne avait entraîné la mort d'un coureur.»

Le coureur en question, c'est Manuel Sanroma, 22 ans, professionnel depuis l'été 1998. Dans le final dramatique, qui lui a coûté la vie, il était justement à la lutte avec Jan Svorada. Marqué, le Tchèque peine à s'en remettre. Vendredi matin, avant l'étape, il confiait s'être enfin convaincu qu'il pouvait se mêler à la lutte de fin d'étape. Mais l'incident de course l'a probablement propulsé quelques semaines en arrière. D'ailleurs, après avoir évité la chute, il n'a pas insisté, pour terminer au 4e rang de l'étape.

Au-delà des arguments du jury, Mario Cipollini se frotte encore les mains pour deux raisons. La première, parce qu'il prend sa revanche sur Tom Steels qui depuis le début du Tour prend systématiquement sa roue pour profiter du travail de l'équipe Saeco. «Tom Steels est un grand sprinter, mais il serait bon qu'il prenne parfois la responsabilité du sprint.» Ensuite parce que plus personne n'avait remporté trois victoires successives dans le Tour de France depuis Gino Bartali en 1948.

Au classement général, Jaan Kirsipuu conserve sa première place avec 26 secondes d'avance sur Mario Cipollini et 38 sur Tom Steels. Mais le règne des sprinters touche à sa fin. Ce dimanche, après le contre-la-montre de Metz, la hiérarchie sera à coup sûr bouleversée. Après la bataille de la vitesse pure, le Tour de France aura enfin débuté.