Un triple axel qui passe en toute beauté. Et c'est un horizon inespéré qui s'ouvre, surtout lorsque ce saut est suivi d'une combinaison parfaite quadruple tooloop + triple (pas le moindre grattage à l'atterrissage). C'est ce qui est arrivé hier soir à Stéphane Lambiel, devant une patinoire de Moscou debout. Le Valaisan du Club des patineurs de Genève a remporté le programme court des Championnats du monde. Comme Lambiel avait déjà remporté, lundi, la première manche de cette compétition, il creuse son avance avant la troisième étape de jeudi, le programme libre: 5,62 points de plus que Brian Joubert. Troisième: Evgueni Plushenko, le grand «Plush», triple champion du monde, aigle à l'amplitude jusqu'ici inégalable mais usé par une saison de galas.

Le matin, dans le camp suisse, brillants entraînements. Mais l'impression, au moment de déchausser les patins, raconte son entraîneur Peter Grütter, «d'avoir les jambes en bois». «Le soir, en entrant sur la glace, je me suis dit qu'il fallait que je leur montre que je pouvais être le meilleur. Aux premières notes, j'ai senti que tout irait bien, que c'était bon», dira Lambiel. Evoluant sur «Spanish caravan», le Suisse a commencé par expédier son triple axel, le saut qui lui a longtemps causé de la peine, le même sur lequel Plushenko s'en est allé chuter lourdement. A partir de là, encore plus délié, Lambiel a pu démontrer qu'il est toujours le roi des pirouettes, non seulement pour leur rapidité mais aussi pour les prises de risques qu'il est le seul à maîtriser. Sans oublier cette façon de regarder le public dans les yeux, ce supplément d'âme qui manque à un Joubert, par exemple.

Supériorité technique

Le Francais Joubert, justement. Patinage d'acier, mental de béton, sauts de métronome (quoique sans l'ampleur d'un Lambiel ou d'un Plushenko). Lambiel n'avait jamais battu deux jours de suite le Français à qui l'on prédit un avenir de leader mondial. Suffit que le Suisse passe ses sauts, comme lundi et hier soir à Moscou, et toute sa supériorité technique éclate: meilleure glisse, meilleurs petits pas, meilleurs enchaînements.

Si Stéphane Lambiel a maintes fois délivré des programmes aussi parfaits et emballants qu'à Moscou, jamais il n'avait réussi à les aligner la même semaine. Sa condition physique tiendra-t-elle jeudi? Demain, la compétiton finale est dotée d'un coefficient élevé, tout peut donc se renverser.