Stéphane Lambiel commence à réaliser la portée de l'exploit qu'il a réalisé jeudi soir sur la glace de Moscou. Sacré champion du monde de patinage artistique – ce qu'aucun Suisse n'avait réussi depuis Hans Gerschwiller en 1947 –, le jeune Valaisan, dont le programme libre a été suivi en direct sur TSR2 par 253 000 téléspectateurs, a croulé sous les sollicitations médiatiques dans la journée de vendredi. Entre deux téléphones, le nouveau chouchou des Romands s'est prêté au jeu des questions-réponses.

Le Temps: Qu'avez-vous ressenti après votre victoire?

Stéphane Lambiel: J'ai d'abord éprouvé un sentiment mitigé. Sur le moment, j'aurais aimé avoir été meilleur. Puis tout s'est enchaîné très vite avec la cérémonie des médailles et les interviews pour les télévisions. Je n'ai quitté la patinoire qu'à 1 heure du matin. C'est seulement en retrouvant mon fan-club, une fois de retour à l'hôtel, que j'ai commencé à réaliser ce qui m'arrivait.

– Vous avez battu le record du Russe Evgeny Plushenko (251,75 points) en comptabilisant 262,42 points. Dans quels domaines pouvez-vous encore vous améliorer?

– J'ai énormément de travail à accomplir d'ici aux Jeux olympiques de Turin, en 2006. Je peux gagner des points dans plusieurs secteurs, comme les jeux de pieds, le style ou la maîtrise du patinage. Ma marge de progression est encore large.

– Votre entraîneur Peter Grütter a parlé d'un «goût amer» laissé par votre programme libre en demi-teinte, moins «fluide» que lors des qualifications. Comment interprétez-vous cette relative fausse note?

– Mon programme libre n'était pas parfait. J'avais confiance en moi, mais une énorme pression pesait sur mes épaules. C'était difficile à gérer. Pourtant, j'ai attaqué à chaque seconde du programme. Compte tenu des circonstances, je n'ai aucun regret à formuler.

– Parallèlement à votre carrière, vous êtes inscrit à l'Université de Lausanne, en faculté des HEC. Comment allez-vous concilier le patinage et les études à l'avenir?

– L'Uni va attendre un peu, car une carrière de patineur ne dure que quatre à cinq ans. Il faut savoir prendre sa chance quand elle est là et, en ce moment, je suis sur la bonne route.

– Face à un soutien insuffisant des organismes institutionnels, vous rencontrez des difficultés pour boucler votre budget annuel d'environ 130 000 francs. Votre victoire va-t-elle changer la donne?

– A moyen terme, je ne sais pas dans quelles proportions ma situation financière s'améliorera (ndlr: la prime versée au champion du monde s'élève à 45 000 dollars). Mon titre va m'ouvrir des portes, mais pas toutes les portes.

– Pendant ces Mondiaux, votre entourage direct –entraîneurs, chorégraphe, préparateur physique– est apparu très soudé autour de vous. Un encadrement optimal?

– Absolument. L'équipe s'est serré les coudes durant cette semaine. Nous avons été extrêmement forts. J'ai senti dans mon ventre, dans mes tripes, toute leur énergie et leur confiance. Je savais qu'il fallait le faire, que je devais gagner.