Emmitouflé dans son costume de guerrier intergalactique, Stéphane Lambiel a réussi son fantastique pari. Débarqué aux Mondiaux de Moscou avec une nouvelle chorégraphie, élaborée en moins de deux mois, le patineur valaisan a remporté jeudi soir la médaille d'or, à l'issue de son programme long, en dépit d'une crispation notable – Lambiel n'est pas parvenu à effectuer certains sauts.

Pour sa quatrième participation à des championnats du monde, le Valaisan monte directement sur la plus haute marche d'un podium inédit, où il devance le Canadien Jeffrey Buttle et l'Américain Evan Lysacek. Victime d'une inflammation aux adducteurs, Evgueny Plushenko a déclaré forfait – le Russe occupait la troisième place provisoire à l'issue du programme court. Quant au Français Brian Joubert, il a finalement dégringolé de la deuxième à la sixième place.

«Stéphane est un génie. Il fait tout plus vite que les autres», s'extasiait mercredi Cédric Monod, coentraîneur de Lambiel, auquel les faits semblent donner raison: opéré au genou gauche le 4 septembre dernier, puis privé de glace durant deux mois, le patineur valaisan a signé la plus grande performance de sa carrière, deux mois après une quatrième place prometteuse décrochée aux Championnats d'Europe de Turin.

Sensible et perfectionniste, le prodige confesse une personnalité complexe. «J'ai parfois le sentiment d'être sur la corde», avouait-il au Temps, le 10 janvier. A l'automne dernier, l'entraîneur Peter Grütter se séparait même de son protégé, devenu «difficile à vivre». Depuis la réconciliation entre les deux hommes, au lendemain même des Championnats de Suisse où il a décroché un cinquième titre d'affilée malgré une prestation médiocre, Stéphane Lambiel n'a cessé de progresser.

Le Valaisan est désormais suivi par un encadrement optimal, garant de son équilibre. Ces dernières semaines, il a énormément travaillé avec Majda Scharl, responsable de sa préparation physique. Centré sur son défi, le champion s'est souvent isolé à Villars, théâtre de ses premiers pas sur la glace avec Peter Grütter, où il a inlassablement répété ses gammes, loin de l'agitation que sa présence est susceptible de générer à Genève ou à Lausanne. «Pour qu'un athlète explose au plus haut niveau, il doit disposer de conditions idéales autour de lui», affirme Majda Scharl, qui ne cache pas son admiration pour le jeune prodige: «Quand je l'ai rencontré au mois de décembre, j'ai découvert un talent. Mais Stéphane a le privilège supplémentaire d'être un talent intelligent. La nouveauté le stimule. Il enregistre très vite et restitue aussi rapidement. Lorsqu'il éprouve du plaisir, tout s'enchaîne naturellement.»

A Moscou, Lambiel a présenté un programme libre davantage accessible au public qu'à Turin: «Question marketing, la nouvelle chorégraphie atteint son but, constate Cédric Monod. Elle dégage une impression de puissance qui valorise le programme. Stéphane s'est énormément impliqué pour atteindre son objectif. Il a choisi sa musique et imaginé le costume dans son intégralité.»

Les ajustements opérés pour tirer parti du nouveau règlement ont donc fini par porter leurs fruits. Entre autres modifications, davantage de sauts placés en fin de programme (où leur coefficient grimpe à 1,1) et de nouvelles variantes de pirouettes ont achevé de convaincre le jury.

Avant la délivrance, deux jours d'attente (entre le programme court et le programme libre) auront éprouvé les nerfs du jeune champion et de son entourage. Lambiel l'avoue volontiers, la patience n'est pas son fort. Habité corps et âme par la passion du patinage, le Valaisan ne tolère aucun temps mort, aucun relâchement dans sa quête insatiable de perfection. «Depuis mardi (ndlr: après le programme court), le temps passe à la fois très vite et très lentement, confiait Peter Grütter, la veille du programme libre. La pression est énorme. Dans cette situation, Stéphane a besoin de s'occuper.»

Entre les deux programmes, les proches de Lambiel ont surtout cherché à le canaliser, sur le plan mental et physique. «Dans ces moments de tension intense, nous mettons l'accent sur des exercices de relaxation et de récupération. Mais il faut aussi veiller à entretenir l'influx nerveux. C'est un dosage subtil», expliquait Majda Scharl. Et de souligner les excellentes dispositions mentales de son protégé, qui sait tirer parti de sa grande émotivité: «Stéphane cultive en permanence une attitude positive. De jour en jour, il devient plus fort dans sa tête. Je suis extrêmement confiante.»

«Après les qualifications et le programme court, Stéphane a vraiment pris conscience qu'il pouvait s'imposer», notait encore Cédric Monod. Il veut vraiment gagner.»

«Comme Stéphane, nous sommes très confiants, osait aussi Peter Grütter. Il est le favori. Et ses principaux concurrents patineront avant lui, ce qui nous laisse une marge de manœuvre. Cela dit, nous n'allons pas calculer. Comme à son habitude, Stéphane va tout donner. Et même s'il n'est pas à 100% le jour J, ça devrait passer.»