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Steve Guerdat, portrait d'un champion

Le Jurassien pourrait devenir le premier cavalier de l'histoire à conserver son titre olympique. Alors qu'il participe aujourd'hui à la première manche de la compétition de saut d'obstacles par équipe aux JO de Rio, voici son portrait, réalisé lors de sa victoire de la finale de la Coupe du monde

Steve Guerdat fait partie de ces athlètes qu’on a promis à la gloire dès leur plus jeune âge. De ceux à qui on a décerné d’avance toutes les médailles. Ecrasés par la pression, ces jeunes talents ne parviennent pas toujours à répondre aux espoirs placés en eux. Steve Guerdat, si. Il est un des cavaliers les plus talentueux du monde et déjà, à 32 ans, un des plus titrés.

Le champion est né dans l’écurie familiale de Bassecourt, dans le Jura. Son père, Philippe, est cavalier professionnel de haut niveau, sa maman, Christiane, femme au foyer. Il a un frère plus âgé d’un an, Yannick. Il prend ses premiers cours d’équitation au manège de Glovelier à l’âge de 9 ans avec Roger Bourquard. Très vite passionné par les chevaux, il rate souvent le déjeuner dominical pour partir à l’aube, en train, donner le foin à ses protégés.

Steve passe sa licence à 11 ans, avant l’âge légal, et un mécène lui confie immédiatement son premier champion, Lampire. Les copains d’école sont un peu jaloux de ce petit champion à la réussite insolente. «Certains disaient que j’étais un fils à papa et que c’est pour ça que j’y arrivais, avait confié le cavalier au Temps en 2009. Quand on est petit, ce sont des choses qui nous touchent.» Vite jalousé, vite adulé, Steve Guerdat devient un adulte pudique et introverti. Il participe rarement aux épreuves attraction des concours, goûte peu aux interviews et déteste les séances photo.

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Le jeune champion a appris très tôt que le métier de cavalier n’est pas une parade mais un sacerdoce. Son père s’est chargé de la démonstration. Il a envoyé l’adolescent passer toutes ses vacances en stage chez Beat Mändli. «La jeunesse sportive de Steve a été assez pénible parce que je tenais à lui montrer tous les mauvais côtés de ce métier, explique son père. Il a dû faire des stages, nettoyer les écuries, ce que ne font normalement pas des jeunes de cet âge-là. Il fallait être sûr qu’il veuille devenir cavalier parce qu’il était doué à l’école et que sa mère voulait absolument qu’il fasse des études.»

A 13 ans, Steve est un sportif très doué qui consacre presque toutes ses fins de semaine aux concours. Philippe abandonne alors sa carrière de cavalier professionnel pour l’entraîner. Il l’encadrera jusqu’à ses 20 ans et tous deux se parlent encore aujourd’hui quasiment tous les jours au téléphone. Philippe Guerdat ne s’est jamais mis en avant à travers le succès de son fils, mais sa réussite lui tient tellement à cœur qu’il est quasiment incapable de le regarder évoluer en concours. Trop stressant. Quant à Steve, il a offert sa première montre gagnée en Grand Prix à son père et lui a dédié ses plus belles victoires, de même qu’à sa mère et à son frère. Après le succès des Jeux olympiques de Londres, le clan s’est encore resserré autour du champion pour le protéger des sollicitations extérieures. Aujourd’hui, son frère aîné gère sa communication et sa maman s’occupe de son site internet.

Le Jurassien est un fidèle. Sur le plan sportif, il s’est entouré d’une garde rapprochée qui évolue peu. Il travaille avec l’ancien champion Thomas Fuchs, qui le conseille en concours et l’aide à trouver des montures. Sa groom, Heidi, prend soin de ses chevaux depuis près de douze ans. Est-il difficile à vivre, comme il le reconnaît parfois lui-même? Il est surtout exigeant. Avec lui-même comme avec les autres. Steve Guerdat dit très rarement non à une interview et s’arrange pour consacrer du temps à la presse, même si l’exercice l’embête. Mais mieux vaut avoir pris le temps de se documenter avant. Il goûte peu l’amateurisme.

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Steve Guerdat aime montrer sa reconnaissance. Il ne rate jamais une édition du CSI de Genève, qui l’avait invité à se mesurer au gratin mondial à ses débuts. Il y amène ses meilleures montures pour le plaisir du public et passe de longues heures à signer chaque année des milliers d’autographes au stand du cavalier romand. Mais il peut se montrer aussi rancunier. Il a boudé durant de longues années un journaliste alémanique qui avait monté en épingle quelques spéculations sur sa vie privée.

Le champion ne cherche pas à se faire aimer. Ni détester d’ailleurs. Il a traversé une période de vaches maigres en 2006 et en a déduit que seuls les amis qui restaient à vos côtés en pareils moments comptaient et qu’il y en avait peu. A l’époque, il avait quitté le marchand néerlandais Jan Tops, pour lequel il travaillait depuis trois ans et demi. Un richissime oligarque ukrainien l’avait alors invité à rejoindre ses écuries s’il voulait bien changer de nationalité. Le Jurassien n’avait pu s’y résoudre et était rentré en Suisse par la petite porte, sans monture ni mécène.

Aujourd’hui, et malgré son statut de champion olympique en titre, d’ancien numéro un mondial et de champion d’Europe par équipe, le Jurassien continue sans relâche à préparer l’avenir. Il passe beaucoup de temps à repérer des jeunes chevaux et à les amener au plus haut niveau. «Trouver de bons chevaux à des prix abordables demande un travail constant, confiait-il au Temps avant la finale de la Coupe du monde. Je prépare les quatre prochaines années, mais je vois aussi plus loin.»

Son écurie est une des plus étoffées du circuit. Il peut compter sur Albführen’s Paille et Corbinian, qui lui ont chacun permis de remporter une finale de la Coupe du monde, sur son champion olympique Nino des Buissonnets, mais aussi sur Bianca qui commence à s’illustrer au plus haut niveau.

Steve aurait théoriquement eu plus de chances de s’imposer à Las Vegas avec son meilleur cheval, Nino, mais il avait préféré le laisser au repos en prévision des Championnats d’Europe. Le cavalier ménage ses montures car il veut aller loin, mais sans doute aussi par affection sincère. Quand sa jument favorite, Jalisca Solier, est décédée d’une fracture début 2014, il a publié sur son site ce touchant hommage: «Tu es et tu resteras l’une des plus belles choses qu’il m’est arrivé d’avoir dans ma vie et je ne pourrai jamais te remercier assez pour tout ce que tu as fait pour moi. Tu vas me manquer ma princesse Lisa, je t’aime.»

Sentimental à ses heures, Steve Guerdat n’aime rien tant que la victoire. Tout autre résultat dans un grand championnat le déçoit immanquablement. Cette faim de succès est ce qui le pousse à travailler avec toujours plus d’acharnement alors que les titres s’accumulent. Pour compléter un palmarès décidément à la hauteur de son talent.

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