Aujourd’hui se déroule la Coupe des Nations à La Baule, l’un des plus prestigieux concours du circuit de saut d’obstacles. Pourtant, au palmarès, il y a comme un malaise.

Officiellement, le tenant du titre est le jeune Irlandais Bertram Allen. Mais sur la pelouse, c’est Steve Guerdat qui avait mené l’an dernier le tour d’honneur sur Nino des Buissonnets. Deux mois plus tard, en juillet, il avait appris que le contrôle antidopage de ses chevaux était positif à une combinaison de substances analgésiques. Il avait rapidement été démontré qu’une contamination accidentelle de la nourriture des chevaux aux pavots somnifères était en cause, et Steve Guerdat avait été blanchi. Mais la victoire lui avait quand même été retirée, et surtout Nino des Buissonnets avait été suspendu deux mois, ce qui l’avait privé de sa participation aux championnats d’Europe d’Aix-la-Chapelle.

Même si le cavalier a depuis remporté d’autres belles victoires dont un deuxième titre en finale de la Coupe du monde à Göteborg avec Corbinian, la blessure reste vive. Joint à La Baule avant les premières épreuves, Steve Guerdat a accepté de livrer ses impressions, même si l'interview n'a jamais été son activité préférée...

Le Temps: L’an passé, vous avez gagné ici, à la Baule, avant que vos chevaux soient déclarés positifs aux tests antidopage. Vous sentez-vous nerveux d’être de retour?

Steve Guerdat: Non, pas du tout, ça n’a absolument rien à voir avec le concours. J’aime beaucoup La Baule et je suis content d’être là.

– Et les tests antidopage, les abordez-vous différemment?

– Oui. Maintenant que je sais que même quand on est innocent, on peut tomber dans une arnaque comme celle-là, un sentiment de peur m’accompagne toujours. Même si j’ai été blanchi par la suite, j’ai quand même perdu la victoire et je suis passé par de mauvais moments. Alors ça fait peur. Des changements sont intervenus dans le règlement antidopage de la Fédération Equestre Internationale, mais pas encore assez pour que ce sentiment disparaisse.

– Sent-on au sein de l'équipe de Suisse un peu de fébrilité par rapport à la sélection pour les Jeux olympiques? D'excellents cavaliers resteront forcément à la maison...

– Non, l’esprit est très bon.

– Vous ne montez pas Nino des Buissonnets. Quel sera son programme jusqu’aux Jeux olympiques?

– Je ne sais pas encore. Il fait de petits concours pour le moment.

– Préparez-vous un autre cheval pour les Jeux au cas où Nino se blesserait?

– Mes autres chevaux ont encore beaucoup à prouver avant de pouvoir entrer en ligne de compte pour la sélection, alors je ne pense pas encore à ça.

– Et comment va Albführen’s Paille de la Roque, la jument avec laquelle vous avez remporté la finale de la Coupe du monde en 2015 et qui s’était blessée?

– Elle est encore en convalescence en Normandie, mais elle va bien. Je ne veux pas encore parler de son programme.

– Préparez-vous les Jeux de Rio avec un sentiment différent à présent que vous détenez le titre olympique?

– Pas du tout, on repart tous à zéro. Je ne me mets pas davantage de pression.

 – Entre vos victoires en Coupe du monde, deux de suite, et ce contrôle antidopage, vous avez eu une année en dents de scie émotionnellement, comment avez-vous géré cela?

– Je n’ai plus envie de répondre à ce genre de questions. 2015 est finie, je n’y reviendrai pas. Je préfère regarder vers l’avenir.

– Il y a eu plusieurs petits scandales dernièrement dans le monde du saut d’obstacles. Bertram Allen a été disqualifié d’une épreuve car son cheval avait été égratigné par son éperon, Pénélope Leprévost s’est fait durement critiquer car elle avait repris son cheval un peu fort devant les caméras après que celui-ci avait trébuché au paddock d’entraînement… Y a-t-il aujourd’hui une sensibilité exacerbée au bien-être des chevaux de concours?

– Non, je crois que c’est simplement dû au monde d’aujourd’hui avec tous ces réseaux sociaux. Si des gens qui connaissent notre métier, qui connaissent les chevaux et qui savent comment nos montures sont traitées ont des choses à dire, d’accord, je veux bien les écouter. Mais que des gens qui n’en ont aucune idée nous critiquent, alors là non. Quand on voit les millions de gamins qui n’ont même pas accès à l’eau potable et qu’on vient nous dire que notre cheval souffre parce qu’il est stressé ou qu’il a une égratignure à l’éperon… Tous ces malins qui nous critiquent mangent de la viande ou du poisson qui sont élevés dans des conditions qu’ils n’imaginent même pas. La plupart de nos chevaux sont traités d’une façon magnifique et si tous les êtres humains étaient traités aussi bien, le monde irait bien mieux. Il y a certainement des abus, malheureusement, on ne pourra jamais tout contrôler, mais je pense que ces histoires prennent une proportion ridicule.

– Vous avez plusieurs chevaux exceptionnels, mais vous n’occupez que la 16ème place du classement mondial. Pourquoi à votre avis?

– Nino ne participe qu’à 10 ou 12 concours par année quand les autres en font 25 ou 30. J’ai aussi Corbinian mais qui arrive seulement à maturité, et enfin, Bianca qui a sauté son premier Grand Prix il y a seulement 6 ou 7 semaines. Donc la route est encore longue. J’ai d’autres chevaux de huit ans, mais ils ne sont pas encore à maturité. Je ne cours pas tous les lièvres à la fois, mais j’essaie de me concentrer sur les objectifs qui sont à mes yeux les plus importants. 

– Ces objectifs, ce sont aujourd’hui les grands championnats?

– Je mentirais si je disais que je me fiche complètement de mon rang au classement mondial. J’aurais certainement pu me trouver dans les dix premiers, mais pas sans griller mes chevaux, en ayant gagné une finale de la Coupe du monde et en ayant deux ou peut-être trois chevaux capables d’aller aux Jeux. Pour moi tout ça est plus important. Si j’arrive à bien faire les choses, je dois avoir une écurie qui me permette aussi de progresser dans le classement mondial. Mais cela doit venir des bons résultats aux objectifs que je me suis fixés en Grand Prix et en championnat. Le classement mondial ne peut pas être un but en soi.

– En Suisse, les termes de recherche «Steve Guerdat petite copine» ou «Steve Guerdat Freundin» arrivent en tête des plus tapés sur Google juste derrière «Steve Guerdat Nino». Saviez-vous que vous rencontriez un tel succès?

– Non, je ne le savais pas. Moi j’aime bien la vie normale et naturelle. Je préfère les animaux et le contact humain à tout ce qu’on peut dire ou faire dans un monde virtuel. Du coup, ce genre de choses n’est pas très important à mes yeux.


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