Steve Simon a mis ses menaces à exécution: la WTA a annoncé mercredi «la suspension immédiate de tous les tournois en Chine, y compris à Hong Kong», faute d’avoir obtenu des nouvelles suffisamment fiables et rassurantes de Peng Shuai.

Début novembre, cette joueuse de tennis de 35 ans avait accusé sur le réseau social Weibo un ancien haut responsable du Parti communiste, Zhang Gaoli, de l’avoir contrainte à un rapport sexuel. Son message avait rapidement disparu, et elle aussi, jusqu’à ce qu’elle refasse surface, sous la pression internationale, de manière visiblement très mise en scène dans un restaurant avec des amis puis lors d’un tournoi de tennis.

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Deux visioconférences ont par ailleurs été organisées avec Thomas Bach, le président du Comité international olympique, qui a ce jeudi encore revendiqué une «approche humaine» du dossier. Mais nombre de voix dénoncent une certaine complaisance de l’instance à l’égard d’un pays qui doit accueillir, dans deux mois, les Jeux olympiques d’hiver…

Un marché florissant

De toute façon, la voie diplomatique ne peut que passer pour timide en comparaison de l’approche adoptée par Steve Simon. Dès le début de l’affaire, le patron du tennis féminin avait annoncé la couleur: «Nous sommes tout à fait prêts à retirer nos activités [de Chine] et à faire face à toutes les complications qui en découlent. Parce que [ce qui se joue] est plus important que les affaires.»

La position est d’autant plus courageuse que l’Empire du Milieu n’est pas un marché anecdotique pour le tennis féminin. Lors de la saison 2019, la dernière à ne pas avoir été bousculée par la pandémie, il s’y était déroulé dix tournois WTA dont le Masters qui clôt la saison. En 2018, Steve Simon avait signé un contrat promettant l’événement à la ville de Shenzhen pour dix ans contre une dotation totale, juteuse de 30 millions de dollars.

«Bien agir est plus facile quand ça ne coûte rien. Respect», a écrit l’ancien numéro 1 mondial Andy Roddick sur Twitter, tandis que la légende Billie Jean King s’est déclarée «fière» du «leadership» affiché par le dirigeant qu’elle avait adoubé à sa nomination en 2015.

Un penchant pour l’innovation

Pour ceux qui, comme l’infatigable militante pour l’égalité des sexes, connaissent ce Californien de 66 ans, nulle surprise. Il est entré de plain-pied dans le tennis en 1989 en tant que commercial pour le tournoi d’Indian Wells, dont il a pris la direction en 2004 pour en faire le «cinquième Grand Chelem». Visionnaire, doté d’un penchant pour l’innovation et résolument progressiste, il est très apprécié du microcosme pour ses qualités humaines.

«L’une des choses qui doit se produire dans ce monde, c’est que des gens comme moi, de sexe masculin, fassent un pas en avant et prônent une véritable égalité, pour commencer à faire des changements parce que c’est la bonne chose à faire», déclarait-il en 2015. Pas sûr qu’il se doutait alors que son engagement le mènerait à devenir le premier dirigeant sportif à résister de manière aussi franche à une Chine que d’aucuns convoitent pour le marché qu’elle représente.